Guillaume Bergon – « La Spirale de la parole »

28 Mar 11 Guillaume Bergon – « La Spirale de la parole »

Le deuxième livre de Bergon vient de sortir chez l’éditeur caméras animales. Sa poésie faite de répétitions et d’avancées, de jeux phoniques et de références multiples nous a tapé dans l’oeil. Quelques jours après une soirée lecture remarquée chez le disquaire Souffle Continu, Guillaume a accepté le jeu de l’interview en complément à l’article paru dans Obskure Magazine # 3

Sylvaïn Nicolino pour Obskuremag : Quelles étaient les thématiques de ton premier livre, Amourir ?

Guillaume Bergon : L’amour et la mort. La mort d’un ami (au lycée) et l’amour d’une fille (en hypokhâgne). Les poèmes de ce livre ont été écrits entre quinze et dix-neuf ans. Le style demeure encore très « classique » et je crois qu’aujourd’hui, je modifierais complètement la structure de l’ensemble. Il y a cependant, me semble-t-il, une certaine énergie…

 

L’énergie semble au coeur de ton processus. Elle semble plus canalisée et donc plus forte dans ton nouveau livre. La Spirale de la Parole se présente en trois parties, comment et quand est née cette structure pour ce livre ?

La structure s’est imposée à moi au fur et à mesure du temps. Le texte a eu trois versions. 1) 2003-2005 : un manuscrit d’environ 400 pages, d’un seul bloc. J’ai écrit de façon frénétique, sans quasiment aucune discontinuité. 2) 2005-2007 : un manuscrit scindé en trois cahiers distincts d’environ 200 pages. J’ai épuré au maximum et j’ai séparé le tout en trois cahiers. [2008 : je n’ai pas touché au texte]. 3) 2009-2010 : un manuscrit d’environ 100 pages, en trois parties. Je me suis replongé dedans et j’ai réussi à unifier les trois cahiers. Les trois parties correspondent donc, formellement, aux trois cahiers de la deuxième version. Le processus de création du texte a duré à peu près sept ans. Les années les plus créatives ont été les cinq premières années (de 2003 à 2007) et, plus particulièrement, les trois premières. Les deux dernières (de 2009 à 2010) ont plutôt été de la mise en page et de la mise en forme. La raison essentielle à tout cela est que le texte (première et deuxième version) était en l’état, « inachevé », et donc impubliable tel quel. Il m’a fallu attendre la troisième version pour qu’il soit finalement, selon moi, totalement terminé. Le livre, maintenant publié par caméras animales, est la version définitive.

 

L’unité d’ensemble fonctionne et j’ai l’impression, que ça tient à une alternance assez régulière. Ton écriture oscille entre silence et explosions, composes-tu en musique ? Si oui, qu’as-tu écouté lors de l’écriture de La Spirale de la Parole ?

Non, pas du tout. Même si j’aime beaucoup la musique, je ne suis pas un musicien. J’irais même jusqu’à dire que je n’ai aucun sens de la musique. Peut-être d’ailleurs est-ce pour cela, paradoxalement, qu’il y a quelque chose de très musical dans La Spirale de la parole ? Le fait que je n’ai aucune « aptitude » musicale m’a peut-être permis de créer, avec les mots, une musique particulière (il me semble avoir lu, il y a longtemps, une phrase de Proust qui expliquait très bien cela mais je ne me rappelle plus où). La question du rythme, en tout cas, a toujours été fondamentale pour moi. J’ai écouté beaucoup de musique lors des différentes phases d’écriture, essentiellement Mozart et Beethoven, mais aussi du rock, du rap et de la musique électronique. J’ai des goûts assez éclectiques…


Et le name-dropping de l’extrait 91, partie III, à quoi te sert-il ? Un lien vers les autres, une façon de fixer ce que tu aimais, une définition de qui tu es par ce que tu apprécies ?

Oui, en quelque sorte. C’était une façon de montrer mes influences. Même si je me considère comme un autodidacte, il va de soi que je ne viens pas de nulle part. Mon travail s’est nourri de toutes ces lectures. Il me semble d’ailleurs que les écrivains, en général, ne mentionnent pas leurs références, ou seulement par intermittences, de manière détournée, indirecte, souvent en « dehors » de leur propre œuvre. C’était également une façon pour moi de stratifier mes influences en effectuant une sorte de classement par affinités. Je ne sais pas si cela est bien visible dans l’extrait mais l’énumération comporte trois phases. Grosso modo, en premier, mes influences majeures, en second, mes influences « médianes » et, en troisième, mes influences mineures. La liste, bien évidemment, est entièrement subjective et non exhaustive. Elle est toujours en évolution et il y aurait des nuances à apporter à propos de tels ou tels auteurs mais, en ce qui me concerne, l’essentiel est là. Enfin, le côté ludique de la chose m’a amusé.

 

En plus de cet aspect ludique, tu présentes l’écriture comme une expérience, un art et une cure : de quoi te sens-tu aujourd’hui le plus proche ?

De l’écriture comme expérience. Elle peut être une cure, au départ, avec la souffrance qui lui est inhérente, et devenir, au final, un art, quand la maîtrise de la matière parvient à sublimer la souffrance, mais il n’en demeure pas moins, pour moi en tout cas, qu’elle est avant tout une expérience. Une expérience vitale qui implique la totalité de l’être. Je ne le conçois pas autrement.

 

Avec La Spirale de la Parole, on se rapproche d’une certaine idée de la poésie : comment la définirais-tu par rapport au roman ?

Question très difficile. Je dirais deux choses. En poésie, le primat est accordé au mot en soi (à la lettre ou à la phrase) et à la position du poète (quelle qu’elle soit). Dans le roman, le primat est accordé à la création de personnages (fiction ou autofiction) et à la narration d’une histoire (quelle qu’elle soit). Je sais qu’il y a des contre-exemples dans la poésie et le roman mais cela me semble être deux différences assez significatives. Ceci dit, les frontières entre le roman et la poésie sont parfois extrêmement floues et la notion de genre, à part entière, n’est pas toujours pertinente lorsqu’il s’agit de définir un livre. Il serait peut-être plus juste de simplement se demander : est-ce de la littérature ? Je souhaite, en tous cas, de mon côté, « court-circuiter » ces notions. J’espère pouvoir le faire prochainement…

 

Merci !

(Photo de Valérie Jacquemin)

 

GUILLAUME BERGON

La Spirale de la Parole (caméras animales)

(mars 2011)

WEB OFFICIEL

http://www.camerasanimales.com/

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