Goz Mongo Alliance

06 Juin 11 Goz Mongo Alliance

Présent lors de l’édition du Sonic Protest de ce début avril, le groupe Goz Mongo Alliance apporte un vent froid sur la scène post-industrielle venu tout droit de Suède. Se basant sur du vieux matériel analogique, magnétophones à bandes et boîtes à rythmes cheap, leur musique n’en est pas moins très rythmique, lorgnant par moment du côté d’un funk industriel comme des groupes comme Cabaret Voltaire ou 23 Skiddo ont pu en être les précurseurs. Nous avons rencontré Peter Kädergärd et Daniel Wendler, deux des têtes à penser de ce trio, le 9 avril 2011 et nous avons pu parler notamment de leur premier album, Passion of Decay. Henrik Bengtsson, le troisième membre était quant à lui absent, pour cause de paternité.

Obsküre Mag : Avez-vous fait beaucoup de concerts avec Goz Mongo Alliance ?

Pas tant que ça. Peut-être moins d’une dizaine. On joue à peu près deux fois par an.

Henrik n’a pas pu venir.

Oui, il vient d’avoir un autre enfant et il était très occupé par les préparatifs.

On vous a découvert avec le split LP avec Inyurmania, sorti il y a quelques années.

On a joué dans deux groupes auparavant et ça a évolué. Cela fait vingt ans qu’on se connaît, donc on a essayé de faire de la musique ensemble auparavant mais rien de très sérieux. Nous avons le même background, nous aimons le même genre de musique. Henrik est aussi un vieil ami et nous adorons ses capacités vocales. Être trois c’est très bien pour ce qui est de la démocratie. Au-delà, j’imagine que ce doit être compliqué. A trois, s’il y en a deux qui veulent faire quelque chose, ça se fait.

Vous êtes originaire d’où ?

Nous sommes originaires du sud de la Suède, une petite ville qui se nomme Helsingborg.

Vous participez aussi à ce groupe, Inyurmania ?

Oui, beaucoup.

Le LP est sorti sur Pripuzzi

Le label de Frank Maier de Vinyl on Demand.

Nous avions réalisé un single sur Skiboy Records, et il l’a distribué, tout comme Inyurmania. Il nous a contacté car il avait aimé pour qu’on sorte un LP. Il commençait son label à l’époque, il n’avait sorti qu’un disque avant.

Il est plutôt spécialisé dans les groupes plus anciens, des années 80 en particulier.

Nous étions fans de son label.

Il vous a choisi aussi peut-être car il y a un lien entre votre son et le son de ces groupes.

Probablement.

Qu’en pensez-vous ? Vous sentez-vous proche du son de certains groupes ?

Je ne pense pas que nous puissions citer un groupe en particulier mais nous avons toujours écouté toutes sortes de musique depuis notre plus jeune âge. Quand nous nous sommes rencontrés, il y a une vingtaine d’années, nous écoutions beaucoup de groupes que Vinyl on Demand publie. Ça a été une influence très forte pendant notre adolescence.

La vieille musique industrielle et minimale.

Oui. Mais nous n’écoutons pas que de la musique industrielle.

L’élément analogique est également très important dans votre musique, d’où vous vient cette passion ?

Les vieux synthés analogiques sont à la fois imprévisibles et accessibles. C’est si direct.

Notre passion a commencé très jeune. Nous connaissions le numérique mais nos groupes préférés utilisaient ces vieux matériels analogiques. En grandissant, nous avons voulu les collectionner. Puis nous les connaissons très bien, ça fait tellement d’années qu’on joue avec, ce qui nous permet de faire des choses très différentes avec un seul synthétiseur. Nous avons aussi grandi à une époque où il n’y avait pas encore le digital. L’analogique est plus direct pour nous, plus réel d’une certaine façon.

Quand avez-vous commencé à vous y intéresser ?

J’ai acheté mon premier synthétiseur quand j’avais 14 ans vers le milieu des années 80.

On a commencé avec des magnétophones, à faire des boucles avec du feedback, ce genre de sons. Puis quand on a eu de l’argent on s’est équipés. Il faut savoir que quand nous avons acheté nos synthés, c’était très bon marché. C’était avant l’arrivée de la techno. J’ai acheté mon MS20 pour 50 euros environ, et en plus on pouvait en trouver partout parce que personne n’en voulait.

Et il fonctionne toujours ?

On utilise toujours le même MS20.

L’autre caractéristique c’est ce rythme qui ne s’arrête jamais, comme un groove.

Ça vient du fait qu’on utilise beaucoup de boîtes à rythmes qu’on ne programme pas. On prend un rythme Valse ou Tango. On les mélange et on rajoute de la delay ou du phaser.

Dans certaines boites à rythmes, on peut supprimer des éléments comme la caisse claire par exemple. En studio, on improvise tout le temps, on fait démarrer les boîtes à rythmes et c’est parti. Si c’est bon, on enregistre.

Tout semble en effet basé sur les boites à rythmes, ce qui donne cet aspect groovy, presque funky. Et en studio, vous rajoutez de la basse et des cuivres, on peut trouver là un lien avec des groupes allemands du début des années 80 ou Cabaret Voltaire qui cherchaient à produire une nouvelle musique de danse. Là aussi, quand vous intégrez d’autres instruments, ça vient d’improvisations ?

La plupart de ce qu’on fait est improvisé. La trompette et le saxophone sont là pour apporter d’autres sonorités mais nous ne voulons pas de sons numériques. L’aspect acoustique est plus intéressant, ça devient plus dynamique avec ce contraste entre l’électronique et l’acoustique.

Sur scène, vous portez des masques, un peu dans le style Commedia dell Arte, qui donnent des expressions très étranges. Et sur votre premier véritable album, Passion of Decay, on retrouve encore un homme masqué.

Le fait de ne pas voir le visage donne un sentiment assez étrange. Les visages regorgent d’expression et là elles disparaissent.

Et cet homme pointe un fusil vers nous, il y a aussi une agressivité.

C’est lié au titre, Passion of Decay.

Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?

C’est comme un reflet du monde d’aujourd’hui, ce vers quoi il va, avec les hauts et les bas.

On éprouve un sentiment étrange quand les choses s’effondrent et se désagrègent. Les vieux bâtiments sont très beaux à regarder quand ils tombent en ruines. Les lieux industriels à l’abandon. Il y a une beauté qui s’en dégage et elle nous passionne. Comme avec les vieux sons.

Ce contraste se ressent dans votre musique qui peut avoir un côté groovy et léger mais il y a aussi une vraie noirceur en elle, les paroles semblent assez violentes aussi.

La noirceur est là au dehors mais nous l’avons tous en nous aussi.

Quel est votre état d’esprit quand vous êtes sur scène derrière les machines et derrière les masques ?

Très concentrés. On écoute la musique et le son. C’était différent car aujourd’hui nous n’étions que deux. C’est bien plus énergique quand on est trois, face au public. On a essayé quelque chose de différent.

Votre corps réagit quand même. Ce qui est intéressant avec ces masques c’est que ça vous donne un regard paranoïaque. A la fois effrayé et agressif. Où les avez-vous trouvé ?

Vraiment pas cher dans un magasin pour enfants !

Voyez vous une différence entre votre double single, l’album sur Pripuzzi ou le dernier Passion of Decay ?

Ils ont été faits dans le même esprit mais nous évoluons en tant que groupe donc il doit y avoir une différence. Nous ne voulons pas refaire la même chose, ça ne nous amuse pas. Quand nous improvisons, nous ne savons pas ce qui va sortir. Avec le temps, d’autres influences s’ajoutent et les choses évoluent d’elles-mêmes. Notre état d’esprit personnel joue aussi. Un nouvel instrument va nous donner un autre son.

Vous utilisez aussi des sons qui ne proviennent pas des synthétiseurs. Votre environnement vous influence-t-il ?

Nous utilisons beaucoup de discours sur nos deux disques. Ils peuvent venir de films, ça peut être des discours de leaders.  Nous avons utilisé Reagan aujourd’hui qui parle des menaces étrangères qui vont envahir le monde.

Vous aimez ces discours pour leur qualité musicale ?

Non, c’est plus ce dont ils parlent. Ils disent des choses incroyablement stupides. Nous aimons présenter ces pensées bizarres. C’est en contraste et à l’opposé de ce que l’on croit. C’est un humour ironique.

Le fait de le mettre dans votre musique, certains pourraient croire que ces discours vous intéressent, que vous les cautionnez.

Mais ces discours nous intéressent. Jusqu’où la pensée humaine peut aller. Nous aimons les double sens car on ne dit pas aux gens ce qu’ils doivent penser ou ce qu’ils doivent croire. Ils peuvent écouter sans que nous fassions de jugement. C’est intéressant de voir la réaction des gens, s’ils croient que c’est ironique ou, au contraire, s’ils pensent que nous partageons ces idées.

L’auditeur est libre, même de mal interpréter.

C’est intéressant aussi !

Passion of Decay est sorti sur UFO Mongo.

Passion of Decay est sorti sur le sous-label, UFO Mongo, de Börft, un label suédois.

Le sous-label existe depuis une dizaine d’années et Börft, le label, a commencé en 1987.

Vous sentez vous proche d’autres groupes en Suède ?

Principalement les autres groupes produits sur le label Börft.

Des groupes comme…

Frak, Enema Syringue, En Halvkokt i Folie, Kord, Njurmännen.

Des noms obscurs pour nous. Et le nom Goz Mongo alliance ?

On laisse les gens interpréter, c’est comme pour les samples. Nous avons notre point de vue, cela dit. Nous nous sentons un peu « mongo » d’une certaine façon. « Mongo » désigne une personne retardée, un mongol. Personne ne croit qu’on est sérieux avec un nom comme « mongo » mais ça nous permet de faire ce que l’on veut. On peu être à la fois sérieux et pas sérieux du tout.

Vous travaillez sur de nouvelles choses ?

Tout le temps. Nous enregistrons tout le temps.

De tous les synthés que vous avez, lequel possède le son que vous préférez ?

Le MS20, on l’utilise beaucoup sur tous nos morceaux.

En dehors de la musique, quels sont vos intérêts ?

Nous avons fait des études d’art à Helsingborg donc nous nous intéressons beaucoup à l’art, l’art sonore, nous avons fait des sculptures, des installations.

Je trouve que la manière dont vous interagissez et que vous construisez autour des boites  à rythmes, avec les sons qui arrivent et qui créent le morceau, cela agit presque comme une sculpture.

C’est une bonne description. Nous ajoutons les couches en se basant toujours sur du rythme qu’il vienne des boite à rythmes ou d’une guitare rythmique ou d’un synthé qui produit du rythme.

D’où vous vient cette attirance pour les rythmes ?

Nous aimons danser et nous avons écouté beaucoup de techno, d’acid et d’électro. C’est un sentiment qu’on apprécie. Un bon groove c’est essentiel pour nous.

 

www.myspace.com/gozmongoalliance

http://skiboyrecords.com/

Photos Couleurs : Marjory Salles

Photo Noir et Blanc : Max Lachaud

 

 

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