Gorod : Les chants vengeurs (interview bonus Obsküre Magazine #8)

16 Mar 12 Gorod : Les chants vengeurs (interview bonus Obsküre Magazine #8)

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #8 (mars/avril 2012, en kiosques depuis le 09 mars), www.obskuremag.net publie cet extrait riche et inédit de notre entretien avec Julien aka Nutz et Mat, respectivement vocaliste et guitariste des ambassadeurs du death metal français. 

Obsküre Magazine : A perfect Absolution est dans les bacs depuis quelques jours et pas mal de monde l’attendait. Confiants ? Des regrets peut-être ?
Nutz : Pour ma part, un regret peut-être pour une période plus longue entre la composition et l’enregistrement, mais l’urgence a aussi ses côtés positifs. Être entièrement satisfait est quelque chose qui ne m’est jamais arrivé, mais je pense que cet album est plutôt riche et réussi.
Mat : Oui, c’est vrai que tout s’est enchainé très vite dès que l’écriture de l’album a été bouclée, mais c’est un peu notre habitude en fait. Comme dit Nutz, le coté positif c’est que l’urgence aide à prendre des décisions rapidement, à l’instinct. Du coup l’album est très spontané et surprenant, bien qu’on n’ait négligé aucun détail et pris le temps pour peaufiner au maximum les titres en studio. J’ai complètement confiance en cet album, la réalisation ne me laisse que très peu de regrets, sinon que j’aurais peut-être rajouté d’autres morceaux qu’il me reste sous le coude, peut-être pas assez mûrs pour figurer sur cet album… sur le prochain, sans doute !

Concernant A perfect Absolution,  sur combien de temps s’étale sa période de composition ? Pourriez-vous me fournir quelques détails sur le processus et pourquoi ce choix d’invités pour pousser la chansonnette ?
J’ai commencé à composer après avoir terminé la prod de l’EP Transcendence, début 2011 on va dire… comme on a fait pas mal de choses en ce début d’année, notamment la tournée avec Kronos et Benighted et celle avec The Faceless, la plupart des titres ont été écrits pendant l’été 2011. Comme la tournée de Mars 2012 avec Obscura était déjà bouclée, il fallait absolument que l’album sorte à cette période pour que l’impact soit optimal. On a choisi de bosser avec Mobo à la production, justement pour gagner du temps et n’avoir à se concentrer que sur l’artistique, et surtout pour bénéficier de son talent quand il s’agit de gros son metal ! Les prises batterie ont été faites début octobre dans la maison d’un ami à la campagne, au calme… cinq jours de dur labeur acharné pour Sam qui, sans trop de préparation, a encore réussi à comprendre et à interpréter avec panache la musique de Gorod ! Ensuite, j’ai enchainé moi-même les prises guitare à la maison, avec Nicolas, les arrangements, etc. On a fait les prises chant dans le studio de la RockSchool Barbey, un gros complexe salle de concert / studio Bordelais. Et Mobo, bassiste lui-même, s’est occupé personnellement de Barby, chez lui au ConkreteStudio. La basse est d’ailleurs vraiment réussie, c’est un élément souvent négligé mais qui a toute son importance, surtout dans notre musique qui se veut très harmonique et groovy. On a décidé d’inviter Guillaume, notre ancien chanteur, à venir faire les refrains et quelques growls sur « Birds of Sulphur », parce que c’est toujours un très bon ami. Il a quitté le groupe par nécessité et on savait que ça lui ferait plaisir de participer. Xavier, bassiste chanteur chez Jenx, un groupe d’indus-metal que nous côtoyons depuis nos débuts est aussi venu faire quelques lignes, notamment sur la fin de « Birds of Sulphur » et « The Axe of God ». Il avait vraiment une voix faite pour ça ! En fait on a voulu inviter des gens qu’on aime et qu’on respecte musicalement en somme, c’est la même pour Christian Muenzner (N.D.L.R. : membre d’Obscura) et Mickael Keene (N.D.L.R. de The Faceless) qui sont tous deux des gars adorables mais aussi des gens avec lesquels on s’entend bien artistiquement.

Votre visuel m’évoque l’esthétique de certains jeux vidéo, était-ce une volonté de votre part ? Ce visuel a-t-il une symbolique particulière ?

Nutz : Le visuel illustre un des épisodes les plus extraordinaires de la vengeance d’Olga. Il s’agit de la bataille finale qu’elle livre contre les Dreviliannes. Je n’en dis pas plus pour garder la surprise et peut-être pousser les lecteurs à se pencher sur le livret.

Vous êtes avec Benighted nos plus fiers représentants du death hors de l’hexagone. Quels sont les retours que vous avez du public étranger ? Quand vous jouez avec Immolation par exemple, quel est la réaction de ceux qui ne vous connaissent pas ?
Mat : Bah, merci beaucoup! On est vraiment fiers nous aussi de pouvoir s’exporter un peu en dehors de la France. En fait, je crois qu’on a dû autant voire plus jouer à l’étranger qu’ici au final… L’accueil du public étranger est excellent la plupart du temps, c’est souvent une surprise pour ceux qui ne nous connaissent pas. J’imagine qu’avec « Technical Death Metal » marqué sous notre logo, les gens s’attendent à cinq gars statiques qui s’efforcent juste de pas faire d’erreurs, en subissant le concert en quelque sorte. En fait ils se rendent compte qu’on prend vraiment du plaisir sur scène, qu’on s’amuse, et c’est très communicatif. Bien sûr, on a fait quelques bides, notamment sur la tournée The Faceless / Born of Osiris / Veil of Maya, où c’était pas vraiment notre public, mais plutôt un public deathcore, qui venait essentiellement voir BoO, pas du death metal, et on a fait le set devant des gars apathiques… pas très motivant. Après il faut savoir passer outre et donner la même chose, on ne joue pour l’instant que rarement devant un public conquis d’avance, on a encore tout à prouver, à chaque fois. Ceci dit, on est très heureux d’avoir maintenant des opportunités de vraies tournées européennes. C’est quelque chose qu’on avait toujours espéré et ce pourquoi on continue tous de faire de la musique.

On ressent notamment dans « Varangian Paradise » des influences autres que le metal et les musiques extrêmes : vous intéressez-vous au jazz manouche ou la world music ?
Oui, je m’intéresse beaucoup à la world music, plus spécifiquement d’Europe orientale et d’Asie, mais je suis curieux d’à peu prés tout en musique. Je trouve que dans ces musiques traditionnelles, créées à une époque où la communication entre les peuples était limitée, on a vraiment des choses hallucinantes, très différentes les unes des autres, avec souvent de très forts partis pris, des contraintes, qui rendent ça unique et tellement dépaysant… C’est ce coté qui m’attire le plus, les musiques actuelles ayant tendance à se ressembler toutes finalement, puisque tirées d’une seule et même culture.

Vous allez prochainement fêter vos quinze ans de carrière, préparez-vous quelque chose pour l’occasion ?
Hé ! C’est vrai ça! Je n’y avait pas encore pensé! Oui, ce serait pas mal de se retrouver pour un concert avec tous les gens qui ont un jour fait partie de l’équipe, pour jouer les morceaux des premières maquettes comme à l’époque, se raconter les galères, etc. Mais on ne va sûrement pas sortir un best-of en tout cas, si c’est ça que tu suggérais, peut-être plutôt donner une peau neuve aux anciens albums, les remixer (pas techno hein!) ou quelque chose comme ça, pour dépoussiérer un peu, pourquoi pas…

Sur ce dernier album, on trouve quelques influences progressives qui me rappellent Opeth et son titre « Buried », vous écouterez les soli… J’apprécie et ça habille parfaitement votre musique. Pensez-vous que pour le death metal, le XXIème siècle sera technique, progressif et coloré à l’image d’Obscura, Spawn Of Possession et de Decapitated ou brutal grind et sans concession comme l’exécute si bien Napalm Death ?
À mon avis il y aura les deux, forcément. Les deux styles évolueront chacun de leur coté, le death technique/prog de plus en plus imprévisible, compliqué et élitiste, et le brutal death de plus en plus rapide, agressif et frénétique, à l’image d’un Origin, par exemple. En tous cas ça ira toujours dans le plus, dans la surenchère, autant chez l’un que chez l’autre. C’est un peu le moteur de cette musique, et ce qui fait que les fans aiment le death. Je pense qu’il y aura toujours un public pour ces deux tendances, autant d’ailleurs que pour le death plus lourd ou plus basique… finalement, il y en a pour tous les goûts !

Une tournée se prépare pour promouvoir A perfect Absolution, y aura-t-il des nouveautés par rapport à vos anciennes prestations live ?
Bien sûr ! On a complètement refait notre setlist en intégrant les morceaux du dernier album, mais on a gardé les meilleurs des anciens, en tous cas ceux qui marchent le mieux en live. C’est de moins en moins facile avec quatre albums, il faut choisir de ne plus jouer tel ou tel morceau, même si on le trouve bon, pour faire de la place aux nouveaux. Là, comme je te le disais plus haut, on part en Europe avec Obscura, Spawn of Possession et Exivious début Mars, il y a cinq dates prévues en France, à Toulouse (le 27), Nantes (28), Paris (29), Rouen (31), et Dunkerque (30), il faut venir !

On souhaiterait vous connaître un peu plus humainement. Hormis la musique, qu’est-ce qui vous passionne ? Une passion inavouée comme le jardinage, la philatélie ou la gymnastique rythmique ?
Nutz : Je vais essayer de faire court, mais pour une fois qu’on peut parler d’autre chose, j’en profite. Mon premier diplôme est celui de moniteur de planche-à-voile (oui, et alors !) ; je continue mes études en histoire de l’art sur la peinture tchèque autour de 1900 ; j’ai un grand intérêt pour le symbolisme et la décadence dans les arts (littérature, peinture, sculpture…) et surtout… les gros « road trips », seul ou avec des potes, et de préférence loin de la France. En bref, vivement qu’on aille voir ailleurs si on y est !

 

 

 

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