Girl Band – Interview au TINALS

18 Juin 16 Girl Band – Interview au TINALS

Le festival This is not a Lovesong n’en est qu’à sa quatrième édition et pourtant il nous est déjà devenu indispensable. On ne va pas voir tel ou tel groupe, on va au TINALS parce que tout simplement ce rendez-vous n’a aucun autre équivalent dans le Sud de la France. D’ailleurs, quand les festivités s’achèvent, on se retrouve face à sa propre mélancolie après trois jours passés avec les ami(e)s, les habitué(e)s et les nouvelles rencontres. Puis on court beaucoup au TINALS aussi – et pas que pour éviter les moustiques. Quatre scènes, c’est déjà pas mal. De plus, on ne peut nier que le festival devient de plus en plus pro : attentes beaucoup moins longues, choix de nourriture plus varié, accueil impeccable… Et cerise sur le gâteau tous les artistes que nous avons rencontrés étaient particulièrement charmants…

Bon ce n’est pas le pays des Bisounours non plus – même si là bas la moitié du public porte des couronnes à fleur et semble être allé chez le même grossiste acheter des t-shirts du Unknown Pleasures de Joy Division -, il ne faut pas exagérer. Il y avait bien quelques filles éméchées particulièrement égocentriques et pénibles ou un homme nu – sûrement défoncé – en train de danser contre un tronc d’arbre, sans parler des slams ratés et des anecdotes de comptoir savoureuses. Mais dans l’ensemble, le nombre de gens ivres était bien inférieur aux années précédentes, sûrement en raison d’un nouveau système de carte de crédit rechargeable pour commander des bières, ce qui ralentit considérablement le service.

Niveau programmation, beaucoup se sont exprimés, certains déçus par des choix trop recentrés sur des vieilles gloires des années 90, par un ordre de passage déroutant ou par un esprit un peu moins éclectique que par le passé. Pourtant, il y avait à boire et à manger et au final la diversité, qui est la marque de fabrique du festival, était bien présente. Puis, comme chaque année, nous avons eu LA CLAQUE… et pas seulement une fois, mais deux ! Malheureusement, les deux meilleurs projets live se sont chevauchés, donc il a fallu rater une partie de l’un pour voir une partie de l’autre. Les grosses révélations de la cuvée 2016 furent la majestueuse et possédée Helen Money pour un show immersif d’une grande force émotionnelle (sur lequel nous reviendrons bientôt) et la prestation rageuse et totalement jouissive des jeunes Irlandais de Girl Band.

On avait déjà accroché sur leurs vidéos et leurs disques bien noisy mais c’est sur scène que le combo révèle toute sa puissance et son originalité. Si beaucoup ont évoqué le son No Wave et post-punk, les musiciens se réapproprient ces codes pour un style personnel, frais, nerveux, sur le brèche entre une musique viscérale et un chanteur hurleur à la voix cassée qui s’égosille sur des textes comiques et bien sentis. Sans s’embarrasser de notes superflues, chaque musicien a développé un style bien à lui et la combinaison est juste une bourrasque que l’on se prend en pleine face.

Nous avons pu rencontrer Alan (guitare) et Dara (chant, textes) avant le concert du dimanche soir, calmes, courtois, pas du tout l’image de bad boys que la musique laisserait supposer…

Crédit photos : Christophe Lapassouse

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Obsküre Mag : On va vous voir sur la scène du TINALS ce soir et votre réputation en concert vous a précédé. Du coup, est-ce que Girl Band est avant tout un groupe de scène ?

Alan : Notre premier album a été enregistré en live, nous voulions cette énergie brute. De nombreux groupes se révèlent vraiment sur scène. Mais nous nous sommes jamais dits que nous serions un groupe de scène, nous voulions juste être bons. Dans les groupes dans lesquels on était auparavant, nous n’étions vraiment pas bons en live, donc c’était important de répéter beaucoup. Mais pour le premier disque, c’est ce que nous voulions. Ce son live.

Quels sont les groupes que vous aimez voir en concert, qui vous montrent vraiment comment faire un bon concert?

Dara : J’en ai un qui me vient à l’esprit. J’ai vu récemment Peaches en Irlande. Elle était habillée avec trois vagins, c’était génial.

Alan : Quand j’avais 15 ans, j’ai vu Queens of the Stone Age pour la première fois. C’était la première fois que je voyais un groupe avec un son aussi lourd, ça m’a soufflé. C’est un concert qui a été important pour moi. Mais certains de mes concerts préférés, ce sont les groupes des potes. Les voir dans le bon environnement, ça fonctionne toujours.

Dara : Leonard Cohen a été un des mes concerts préférés. Je l’ai vu deux fois. Il avait joué trois heures. Ce sont des tickets très chers mais ça vaut le coup de faire un jeûne pour ça.

Dans le programme, ils ont mis en avant le caractère irlandais du groupe. Vous sentez-vous faire partie d’une tradition irlandaise?

Alan : Je pense que les textes sont très irlandais. Il y a beaucoup de références irlandaises comme le « chicken fillet » par exemple.

Dara : Il y a beaucoup de blagues personnelles.

Alan : Mais pour ce qui est de la musique, je ne suis pas sûr. Nous ne faisons pas partie d’une scène. Mais c’est plus dans les textes ou dans la façon dont on ne se prend pas au sérieux.

Vous parlez des textes, ceux-ci sont-ils très écrits ou y a-t-il beaucoup d’improvisation dans la façon dont ils se présentent?

Dara : C’est un peu les deux. Pour le premier album, il y a eu beaucoup de brouillons. À des moments, j’étais bloqué, et j’ai fini littéralement les textes le dernier jour d’enregistrement. Cela me gêne vraiment quand je vois des paroles fainéantes. Sur le premier album, je ne voulais vraiment pas de textes conventionnels. Je pense qu’il y a de l’humour, mais il se prête à différentes écoutes, différentes interprétations. Sur « Um bongo » et « Witch Dr », la première et la dernière chanson de l’album, les textes furent conçus comme un courant de conscience. Parfois c’est un peu comme du jazz, comme Sun Ra pourrait écrire. De la musique improvisée mais écrite d’une certaine façon. Faire sonner comme un flux de conscience alors que cela n’en est pas un. Je suis stupidement accro aux jeux de mots….

Oui, c’est vrai que les chansons peuvent donner cette impression de courant de conscience alors que cela n’en est pas…

Quelques unes, oui.

Et avez-vous une phrase que vous aimez en particulier dans un de vos morceaux?

Il y en a que j’aime bien, je ne sais pas comment elles sont arrivées là. Quand je dis « I look crap with my top off » pour la dernière fois, c’est comme si j’étais seul, on peut croire que je le pense vraiment. Aucun texte n’est embarrassant pour moi. J’ai travaillé dur pour les écrire. Ce sont des paroles amusantes à chanter.

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Vous aviez d’autres groupes avant Girl Band?

Alan : Moi, Dara et Daniel nous avions un groupe quand on avait dix-sept ans, c’était très mauvais. On s’inspirait des Strokes. On les aime toujours beaucoup mais nous ne sommes pas eux. Nous étions juste une copie. Adam était dans un groupe post-rock, Daniel Fox a joué dans plusieurs groupes ado.

Dara : J’ai des side projects avec des amis. J’ai un groupe qui se nomme Mister Willy notamment.

Quand avez-vous trouvé le son de Girl Band?

La première fois que nous répétions avec Adam à la batterie. Auparavant j’étais batteur puis je suis devenu chanteur. Et la première fois que j’ai chanté, je crois que nous jouions « In my Head », notre premier single, et c’est parti de là. Adam a joué et ça fonctionnait très bien. Puis j’ai commencé à crier, et les gars ont adoré. À partir de là, on a manipulé la façon d’écrire des chansons. La chanson « You’re a dog » sur notre premier EP n’avait pas de refrain et on a continué dans cette lignée. C’est venu assez vite.

En effet, vos morceaux ne sont pas des pop songs, ils ont des structures qui leur sont propres. Vous commencez généralement par quoi. Un son? Une phrase?

Alan : Ce peut être n’importe quoi. Pour le premier album, nous branchions juste les instruments dans l’espace de répétition. L’un de nous sortait un son avec ses pédales et on se disait ça sonne bien. C’est vraiment être là et essayer des choses.

Dara : Cela prend des mois. Nous n’avons rien terminé depuis l’album. Nous avons juste des idées en chantier.

Ce que j’apprécie c’est que les mélodies peuvent venir de la basse par exemple et pas de la voix, ou la guitare peut être utilisée de façon très percussive. Tout cela se mélange dans un maelstrom sonore. D’où vous viennent tous ces sons étranges? Vous créez certaines de vos pédales?

Alan : Le son principal que j’ai sur la guitare a été un accident complet. C’est comme si tu essaies de construire une maison mais qu’au final elle se retrouve à l’envers. J’assemblais la planche à pédales, je pensais aller dans le bon sens. Tu mets de la distorsion sur ta guitare puis tu ajoutes de la réverb sur ce signal mais je l’ai fait à l’envers. Donc il y avait d’abord la reverb puis le fuzz et cela a produit ce bruit blanc hallucinant. Je me suis dit hey le fuzz et la reverb c’est hallucinant! Mais je ne savais pas que j’avais fait le branchement à l’envers. Tout cela pour dire que ce n’est que du hasard. Tu es assis chez toi, tu écoutes les démos des pédales de guitares, tu en trouves des sympas. Tu t’en procures une pour essayer de reproduire le son et tu finis par sortir des sons cool avec de façon accidentelle. Et parfois tu as un son dans ta tête, et tu te dis que tu auras besoin de telle pédale pour le produire. C’est comme ça pour moi, je pense pour Fox ce doit être assez similaire.

Oui, j’imagine qu’il y a un aspect ludique à trouver ces sons?

Oui, on travaille vraiment sur les sons, non pas sur des accords ou des choses comme ça. On structure à partir des sons, mais ce ne sont jamais des changements de clé par exemple. En général, on se limite à deux notes. On ne sait pas écrire de la musique.

Dara : Avant qu’Alan branche toutes ces pédales, ça sonne vraiment merdique.

Alan : C’est arrivé à des concerts que les pédales ne fonctionnent pas, et ça sonnait vraiment très mauvais. Il y avait eu un concert où tout avait foiré. il ne restait que la basse et la batterie, c’était devenu un rythme jungle.

Êtes-vous toujours d’accord pour dire quand un morceau est terminé? Est-ce que ça vous apparaît comme évident quand une chanson a trouvé sa structure finale?

Généralement nous sommes d’accord, cela arrive que l’un d’entre nous pense que ce pourrait être un peu plus long, mais on en est jamais encore arrivé au vote ou aux compromis. On se fait confiance. En général, c’est surtout évident quand un morceau n’est pas terminé. Parfois, cela prend du temps, on essaie en concert et ça ne fonctionne toujours pas, alors on essaie encore de nouvelles choses.

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Le premier album était-il une forme de disque concept autour de la folie?

C’est plus au niveau des paroles.

Dara : J’ai écrit les paroles en dernier. C’était une sorte de parapluie pour moi. Mais eux ils faisaient juste la musique sans penser en termes de concept.

Alan : C’était juste des chansons que nous avions travaillées ensemble et sur lesquelles nous avions des mélodies.

Dara : De mon côté, j’ai un peu « archivé » ce qui s’était passé pour moi, et c’est devenu un album très personnel. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si intense. J’ai beaucoup parlé de la maladie mentale quand l’album est paru et les retours ont été fascinants, toutes ces discussions libres sur le sujet…. Oui, il y est question de folie dans certaines chansons plus que d’autres.

Avez-vous des idées sur ce sur quoi vous voulez travailler par la suite?

Alan : Oui, en ce moment, on écrit beaucoup. Nous sommes plus ouverts. Sur le premier album, il fallait que nous puissions tout jouer sur scène alors qu’aujourd’hui, nous essayons des tas de choses, faisons des demos, rien n’est défini, aucun morceau n’est terminé. Mais il y a deux morceaux qui commencent à prendre forme. C’est juste une progression, ce ne sera pas très différent de ce que nous faisons. Pour le premier album, nous nous sommes dits que ces morceaux que nous avions fonctionnaient bien ensemble et cela pourrait faire un album, alors que cette fois nous essayons vraiment d’écrire quelque chose. Ce sera peut-être au final un EP ou un album, mais nous sommes dans cet état d’esprit.

Nous avons tous nos albums préférés. Lesquels seraient les vôtres?

Alan : Je reviens souvent vers Revolver des Beatles.

Dara : Revolver est un bon album, c’est vrai. Bringing it all back home et Blonde on Blonde de Bob Dylan le sont tout autant.

Alan : Pour moi ce serait Another Side.

Dara : Highway 61, j’adore cette période Bob Dylan. Buy de James Chance, je l’ai écouté tellement de fois.

Alan : The Strokes.

Dara : Oui, je les écoute beaucoup aussi. Les trois premiers albums sont super.

Alan : Après, j’aime bien les classiques vers lesquels je reviens. Tago Mago de Can est un bon exemple.

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Merci à Christophe pour les superbes photos, à Jean-Philippe et Marion pour l’organisation de l’interview et à Dara et Alan pour leur gentillesse.

https://thisisnotalovesong.fr/

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