Gary Numan – Interview exclusive

10 Nov 15 Gary Numan – Interview exclusive

Porté par le succès public et critique de son somptueux dernier album, Splinter, Gary Numan peut aujourd’hui appréhender sereinement la première phase de sa carrière, lorsque trois de ses disques révolutionnèrent le paysage musical et se hissèrent consécutivement à la tête des charts britanniques (1979-1980). Pourtant peu enclin à la nostalgie, Numan vient ainsi de célébrer cette période « Machine Music » par une mini-tournée en Angleterre et en Irlande.
Première étape, une résidence de trois soirs au Forum de Londres. Chaque album fut joué dans son intégralité : d’abord Replicas, puis The Pleasure Principle et enfin Telekon. Trois œuvres qui avaient marqué l’avènement de la synth pop (voire de la new wave) et restent aujourd’hui essentielles de par un songwriting unique, un étrange univers d’aliénation (sous-tendu par une voix poignante), et une utilisation totalement originale de l’électronique. Pour l’occasion, Beggars Banquet a ressorti la trilogie en éditions vinyle limitées. Les concerts londoniens étaient également agrémentés de titres provenant du premier album de Gary Numan, enregistré (comme Replicas) sous le nom de Tubeway Army (titre éponyme, 1978), et à la tonalité très punk-glam. Deux autres shows, à Manchester et Cork, ont ensuite mixé les quatre opus. Nous avons assisté aux concerts de Londres et Manchester. Ambiance euphorique… La présence scénique de Numan est impressionnante. Performances intenses, mises en valeur par une scénographie lumineuse très travaillée. Les arrangements sont aujourd’hui plus électriques, et le son, extrêmement puissant. D’habitude peu disert sur scène, Gary s’est adressé au public au cours du show consacré à Telekon. Il a chaleureusement remercié ses fans pour leur soutien ; l’émotion était palpable parmi les Numanoids, à l’issue d’un concert particulièrement magique.

Nous avons rencontré Gary Numan lors de sa « residency » londonienne. Il a notamment évoqué pour Obsküre son prochain album et différents side-projects prometteurs.

 

Photographies : Gary Numan live @ The Forum, Londres et @ Manchester Academy, 21-24 octobre 2015 © Louise Barnes

 

Tu viens de recevoir une récompense importante : le prix de l’Innovation sonore (Award for Innovation in Sound), décernée par le magazine musical Q. Félicitations !
Gary Numan : Merci, j’en suis très fier. Le son, les bruits, sont un aspect très important de mon travail, peut-être le plus important. Et c’est sans doute celui qui me procure le plus de plaisir. Recevoir un prix pour l’innovation sonore est donc vraiment appréciable.

Cette récompense est enfin un signe de reconnaissance de la part de l’industrie musicale…
Oui ; comme je l’ai dit lors de la cérémonie, il y a peut-être là un soupçon de compassion… Malgré tout, c’est positif. J’avais déjà obtenu un prix décerné par le magazine Mojo, relatif à mon influence sur d’autres musiciens (N.D.L.R. : Mojo Inspiration Award, 2011). Mais j’ai globalement reçu peu de récompenses, si l’on considère le fait que je travaille depuis trente-sept ans – peut-être deux ou trois en tout, c’est une collection assez modeste (rires) !

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Tu interprètes actuellement tes trois albums classiques Replicas, The Pleasure Principle et Telekon dans leur intégralité, au cours de trois concerts londoniens successifs. Je sais que tu détestes la nostalgie ; pourquoi ce choix ?
Il y a trois raisons en fait. Tout d’abord, bien que je n’apprécie pas la nostalgie, je fais de temps en temps des concerts consacrés à mes anciens albums. Beaucoup de fans sont là depuis le tout début de ma carrière, je ressens cela comme un devoir envers eux.
Ensuite, j’ai terminé l’an dernier, à l’Hammersmith Apollo de Londres (voir notre chronique de ce concert ici), une tournée de deux ans destinée à promouvoir mon album Splinter. Mon prochain disque ne sortira pas avant un an environ ; j’ai donc profité de cette période intermédiaire pour organiser ces concerts « classiques. »
Mais il y a une troisième raison – la plus importante. Le succès que j’ai rencontré au tout début de ma carrière a été énorme, vraiment massif. À tel point qu’il a longtemps éclipsé tout ce que j’ai pu faire par la suite. Cela m’a rendu très puéril ; j’ai presque totalement rejeté cette partie de mon catalogue, car j’avais l’impression qu’elle m’empêchait d’avancer, qu’elle générait plus d’attention et d’intérêt que mon travail récent. Quoi que je produise de nouveau, je n’arrivais pas à sortir de l’ombre de cette gloire initiale. En outre, je n’aime pas regarder en arrière. La seule chose qui m’intéresse, c’est le futur, ce que je vais créer demain.
Mais à la sortie de mon dernier album Splinter, l’accueil critique a été enthousiaste. Beaucoup de chroniques affirmaient qu’il s’agissait du meilleur disque de ma carrière. J’ai eu le sentiment d’être débarrassé de cette ombre… Les gens évaluaient enfin ma production actuelle au même niveau que ces albums dits « classiques. » Il m’a semblé avoir réussi là quelque chose. J’étais finalement reconnu en tant qu’artiste contemporain, je n’étais plus perçu comme une ancienne gloire des années quatre-vingt.
Cela m’a permis d’appréhender mon travail passé sous un autre jour. J’ai compris que je pouvais être fier de ces disques, les apprécier. Ils ont été à l’origine de ma carrière, ils ont influencé ma vie, ma personnalité, la musique que je crée aujourd’hui. Ces concerts sont donc une façon de célébrer ces albums. C’est aussi une manière pour moi de reconnaître qu’ils sont considérés comme novateurs et comme ayant eu une grande influence – et d’apprécier cela pour la première fois.

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Jusqu’ici l’atmosphère a été absolument incroyable… Que ressens-tu sur scène pendant ces concerts ?
C’est fantastique (sourire) ! J’adore ça ! D’habitude, quand je joue des morceaux anciens, j’ai un peu l’impression de régresser. Pas cette fois, puisque je perçois aujourd’hui ces albums comme un maillon essentiel ayant abouti à Splinter, et aux territoires que je vais explorer par la suite. Tout part de là ; à l’époque, j’étais encore en train d’apprendre à écrire des chansons, d’apprendre la technologie (studio…). Ces disques sont très importants. Je ne m’étais jamais autorisé à vraiment apprécier la crédibilité que j’ai obtenue grâce à eux. En ce moment, je la savoure.
Mais dès que ces concerts seront terminés, je rejoindrai Los Angeles pour m’atteler à l’écriture de mon prochain album. Ce que je vais créer demain est encore ce qui me tient le plus à cœur, ce qui m’enthousiasme profondément. Ces concerts « classiques » me procurent beaucoup de joie, je me sens comme un enfant dans une fête foraine, mais le véritable travail commencera à mon retour en Californie.

As-tu déjà commencé à élaborer ce prochain album ?
Non, j’avais déjà écrit un certain nombre de choses il y a quelque temps, mais je les ai utilisées pour un projet télévisé sur lequel je travaille également.
J’ai décidé de sortir mon prochain album via Pledge Music. Ce ne sera pas vraiment une campagne de crowdfunding, car je n’ai pas de problèmes de financement. Mais c’est pour moi un moyen de rester réellement indépendant. Je souhaiterais pouvoir me passer de la distribution, et je ne veux pas signer avec une maison de disques. Je veux pouvoir contrôler ma propre destinée, en quelque sorte. Cette campagne Pledge sera avant tout une plate-forme de prévente.
Nous allons essayer de la rendre aussi attrayante que possible. Par exemple, un fan achète, en fin de parcours, un album parfaitement terminé, sous emballage plastique. Mais il n’a aucune idée du travail d’élaboration, qui est un véritable voyage. Un jour, j’entre en studio et je joue la toute première note. Je trouve une première idée de texte, un premier rythme… Et puis tout cela progresse. Il y a de bons jours, et beaucoup de mauvais jours. Je veux impliquer les fans dans ce processus, dès le début. Je vais donc filmer mon travail, prendre des photos, poster des extraits sonores…
Toutes les deux à trois semaines – ou chaque mois, selon l’avancement de l’écriture -, je publierai des vidéos de vingt à trente minutes, auxquelles les fans inscrits à la campagne Pledge auront accès. Ce seront des reportages sur les nouvelles chansons créées au cours du mois précédent, la façon dont elles se sont développées : pourquoi telle chanson a ensuite évolué d’une manière différente, pourquoi telle autre a été abandonnée… Comment m’est venue une idée de texte, qui n’a finalement pas fonctionné, mais dont j’ai gardé une ligne, que j’ai réutilisée ailleurs. On pourra me voir en studio, contrarié et frustré quand les choses ne fonctionnent pas, en train de lancer des objets à travers la pièce, mais aussi dans les bons jours, lorsque ce que je viens de créer m’enthousiasme… Je veux capter tous ces moments et les faire partager aux fans, pour qu’ils y participent. Ainsi, quand ils recevront l’album terminé, ils auront une idée plus nette du processus que cela a représenté. Ils pourront comprendre pourquoi l’élaboration d’un disque est si éprouvante – car c’est ce que je ressens à chaque fois. Et je souhaite que les fans soient plus directement impliqués.
C’est donc l’idée de cette campagne Pledge. Ce qui est très positif avec les médias sociaux, c’est qu’ils permettent un contact direct avec les fans, ce qui était impossible auparavant. Je suis parti de ce concept pour faire partager ma vie et mon travail en studio, plutôt que de me contenter de rédiger des posts.

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En ce qui concerne les réseaux sociaux, ils ont aussi des aspects plus problématiques : l’intervention des fans obsessionnels par exemple, ou de ceux qui ont une idée bien arrêtée de ce que l’artiste devrait créer…
C’est un problème uniquement si on le laisse en devenir un, et je me refuse à cela. J’utilise souvent Twitter par exemple ; dans une demi-heure environ, je vais publier un Tweet. Mais je ne lis aucun commentaire, je n’interagis pas réellement. C’est la même chose avec Facebook, je ne lis jamais les différents avis. Cela peut, une fois de plus, donner l’impression que je suis quelqu’un de distant, mais ce n’est pas le cas. Je vois les médias sociaux comme un outil informatif. Le public peut ainsi être au courant de mon actualité : sortie d’un nouvel album, concerts… Je n’ai pas besoin de connaître l’opinion de chacun sur mes faits et gestes. Les commentaires sont en outre souvent désagréables…
Internet a donné une voix à chacun, mais si peu de gens savent quoi faire de cette voix. Beaucoup montrent très vite énormément d’amertume. Il est si facile d’affirmer derrière un clavier : « C’est de la merde ! » Je n’ai pas besoin de ça. Les réseaux sociaux sont pour moi un moyen d’informer le public, et non une façon de dialoguer.

Effectivement, certains forums consacrés à ta carrière sont assez effrayants…
Oui, ces échanges sont inutiles, pas du tout constructifs. Ils sont plein d’amertume, de rancœur, chacun veut marquer des points : si quelqu’un publie un commentaire positif, une autre personne va riposter avec un message négatif, etc.
Un exemple : je voulais acheter de petites voitures électriques pour mes filles, et je cherchais des avis sur Internet afin de pouvoir choisir. Un père avait publié une courte vidéo, montrant simplement son fils au volant d’une de ces voitures. Le film ne faisait pas plus d’une minute, mais dès le troisième commentaire, les choses avaient dégénéré. Les gens se disputaient, juraient… Et tout cela à propos d’un jouet ! Les gens semblent se battre ainsi de manière permanente sur Internet, sans aucune raison. C’est pathétique.

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Sais-tu déjà quelle direction va prendre ton prochain album ? Sera-t-il très différent de Splinter ?
Je n’en ai aucune idée ! Je n’ai même pas de titre de travail pour le moment. D’habitude, lorsque j’élabore un nouvel album, je commence par créer des centaines, voire des milliers de nouveaux sons. Je me promène, muni d’un enregistreur numérique, et j’enregistre tous les sons qui me paraissent intéressants – des crissements, des chocs, le bruit du trafic, des conversations dans un restaurant, absolument tout, constamment. Y compris mes instruments de musique, bien sûr. Ensuite, j’entre en studio et je manipule ces différents sons, je les distords, j’en fais autre chose. Ainsi, quand je débute l’écriture de l’album, je possède une énorme collection de sons nouveaux que j’espère transformer en musique. Mais je n’ai même pas entamé cette première étape…
La campagne Pledge Music sera lancée en novembre, je pense. Je serai alors devant une page absolument blanche, et je verrai comment les choses se passeront. Je n’ai jamais procédé de la sorte; auparavant, j’ai toujours eu une idée très claire de la direction que je souhaitais prendre, et au moins une idée générale du concept de l’album. Cette fois, j’ai consciemment décidé de ne rien préparer. Je veux que ce disque naisse et se développe aux yeux de tous.

Sur scène, tu t’immerges dans un son très puissant, réglé à un volume élevé. Travailles-tu de cette manière lorsque tu crées un album, avec une même immersion sonore ?
En temps normal, au stade de l’écriture, je travaille seul, au piano, et je crée tout d’abord des mélodies. Les mélodies sont extrêmement importantes. Un morceau de musique qui ne comporte pas de mélodie… Ce n’est différent que pour la musique de film, qui est basée sur l’atmosphère et la mise en valeur des images. Ensuite, il y a le travail du son, qui est toujours crucial pour moi – c’est pourquoi j’ai été heureux de recevoir ce prix pour l’Innovation sonore. Je me mets devant mes machines et je crée alors des grooves, des bruits qui viennent enrichir ces mélodies.

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Tu viens de t’associer à Jean-Michel Jarre pour une chanson, qui sortira en avril 2016 sur son album collaboratif Electronica 2. A-t-il été facile de travailler avec lui ?
Il est charmant, c’est l’une des personnes les plus sympathiques que j’ai rencontrées. Je l’apprécie beaucoup. Le fait de travailler avec lui semblait donc très facile. Il avait composé une chanson, et il m’avait notamment demandé d’écrire les paroles et d’intervenir au chant. Mais il est en réalité très exigeant, il m’a poussé à modifier énormément de choses. J’ai dû réécrire intégralement les paroles, retravailler une grande partie des mélodies… Avec le recul, il est en fait difficile de travailler avec lui, puisqu’il est si exigeant ; il sait exactement ce qu’il veut. Mais il procède de manière tellement charmante, que l’on n’a pas du tout l’impression d’être bousculé (rires) ! Et en fin de compte, toutes ses suggestions étaient justes, elles ont amélioré le morceau. J’ai vraiment beaucoup de respect pour lui.

Tu as également fait allusion à un side-project avec un autre musicien ?
Oui, il y en a deux en fait ! L’un est un véritable side-project, le second est un demi-mensonge.
Je veux tout d’abord développer un side-project qui n’impliquera que moi-même, mais dans un style très différent, même s’il n’est pas encore défini. J’ai décidé d’expérimenter. J’ai l’intention de sortir un disque sous un autre nom, peut-être avec des collaborateurs extérieurs, mais en tout cas dans un autre type de musique, et de voir comment les choses se passent. Y aura-t-il une certaine résistance à ce projet, ou justement moins de résistance ? Je veux vérifier s’il y a des préjugés à mon égard, du fait que je suis aujourd’hui plus âgé, que je fais de la musique depuis longtemps et que je suis un artiste établi. Pour toutes ces raisons, certaines personnes peuvent d’emblée ne pas être intéressées.
Le second projet est une collaboration. Je ne collabore pas souvent avec d’autres musiciens, mais je viens d’écrire avec un ami la musique d’une très importante série télévisée, qui sera diffusée l’an prochain. Je ne peux pas en dire plus pour le moment… À l’occasion du lancement officiel, nous avons prévu la sortie d’un EP quatre titres. Nous espérons que le thème musical deviendra populaire ; il s’agira ainsi de notre carte de visite. Pendant la diffusion, nous continuerons à travailler à d’autres morceaux, ce qui fait qu’à la fin de la saison, nous aurons terminé un album entier. Et si cette série a du succès, nous espérons que cela suscitera un véritable intérêt envers notre travail. Cela pourrait engendrer beaucoup de développements positifs : nous pourrons peut-être partir en tournée en tant qu’entité bien distincte de ce que nous faisons tous deux habituellement, travailler ensuite à d’autres projets pour la télévision ou le cinéma…
En outre, parallèlement à ces différents projets, j’essaie d’avancer dans l’écriture de mon livre.

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As-tu encore le temps de te consacrer à ce projet de roman ?
Pas beaucoup, mais j’essaie malgré tout. J’ai personnellement pris en main mon management ; je n’ai à présent plus de managers extérieurs. Mon emploi du temps est donc très serré.

On entend ta fille Persia (N.D.L.A. : qui a aujourd’hui dix ans) chanter sur la bande originale du film d’animation From Inside. Quant à ta fille aînée Raven, elle est en train d’enregistrer son premier album. Tes filles vont-elles finir par rejoindre ton groupe ?
Je ne suis pas sûr qu’elles en auront envie, mais je l’espère ! En tout cas, j’espère vraiment qu’elles feront une carrière musicale, d’une manière ou d’une autre. Je ne suis peut-être pas totalement objectif, mais Raven est incroyablement douée en tant que songwriter. Elle n’a que douze ans, et elle écrit des chansons depuis l’âge de dix ans. Ses morceaux sont vraiment accrocheurs, avec des hooks géniaux. Les textes correspondent à son âge (ils évoquent surtout les garçons…) mais ils sont très bien écrits. Sa compréhension des mélodies et des structures est fantastique, elle sait construire une chanson. Elle est en outre vraiment autoritaire. Lorsque nous étions en studio et que je lui proposais quelque chose, elle répondait « Non ! » d’un ton cassant. Elle en est impolie… Elle n’a absolument aucun tact (sourire) ! Elle m’a dit : « Je ne crois pas que tu sois la personne adéquate pour m’aider. » « Quoi ?? » J’étais vraiment choqué (rires) ! Elle sait exactement ce qu’elle veut. Elle est fan de Katy Perry et Ariana Grande, et elle écrit des chansons dans cette veine. Elle veut devenir une pop star ! Voilà pourquoi elle pense que je suis un mauvais choix en tant que producteur ! Elle chante également très bien.
Mais c’est Persia qui est exceptionnelle dans le domaine du chant – la manière dont elle contrôle sa voix, son vibrato… Elle est bien meilleure que moi, et elle n’a que dix ans, c’est incroyable. Même son école a remarqué ce talent. Quant à Echo, la cadette, elle ne montre pour le moment aucun signe particulier, à part son aptitude au bonheur. J’espère que mes filles formeront plus tard leur propre groupe, j’adorerais ça !

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Tu as donc coécrit l’an dernier la superbe bande originale du film d’animation de John Bergin From Inside. Souhaites-tu continuer à explorer la musique de cinéma ?
Oui, je l’espère. C’est l’une des raisons qui m’ont amené à m’installer aux Etats-Unis (N.D.L.R : Gary Numan a quitté l’Angleterre pour la Californie en 2012). D’un point de vue créatif, c’est fantastique, et j’adorerais continuer, mais je suis moins enthousiaste en ce qui concerne le côté « politique » des choses. Si tu rencontres un cinéaste qui apprécie ce que tu fais et te laisse travailler librement, c’est génial. Mais il semble y avoir beaucoup de conflits entre réalisateurs et producteurs, ils ont souvent des points de vue différents. Le compositeur se retrouve alors coincé entre ces deux personnes, à essayer de deviner ce qui pourrait fonctionner : car l’un veut des cordes, mais l’autre déteste les cordes… La musique doit fréquemment être écrite à la fin du processus, et les dates butoir peuvent être impitoyables. Je veux pouvoir m’amuser ; composer a toujours été pour moi un plaisir. Je ne veux pas travailler dans le stress, l’anxiété et la peur – je ne sais donc pas si ce métier est fait pour moi.
Par contre, je souhaite vraiment parvenir à écrire des livres. C’est ce que je voudrais faire quand ma carrière sera terminée – si elle se termine. Actuellement, créer des albums et partir en tournée me passionne, plus que jamais. Je ne souhaite pas arrêter. Mais je pensais passer à la musique de films quand l’âge se ferait sentir, ou si mes idées se tarissaient. Je n’en suis plus si sûr… Cependant, j’adore toujours autant jouer live – au contraire, je ressens cela avec une intensité accrue, et je ne suis pas en panne d’idées. Donc, peut-être que ma carrière de compositeur de cinéma ne se matérialisera jamais, et que je deviendrai plutôt romancier.

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