Gary Numan & Ade Fenton : Dead Son rising, nouveau bébé commun

06 Nov 11 Gary Numan & Ade Fenton : Dead Son rising, nouveau bébé commun

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #6, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec deux vieux compères : le compositeur du culte « Cars » et son fidèle collaborateur Ade Fenton, dont le nouvel exposé studio commun se nomme Dead Son rising. Dans l’attente du prochain album solo de Numan, Splinter, les deux hommes parlent de la genèse d’un disque ambivalent et très ambiancé, et où l’on retrouve ce mélange de rage froide et de mélodies musculeuses et démonstratives propres aux dernières œuvres de Numan.
(Photo : Ed Fielding)

Votre chimie commune imprègnera de nouveau le prochain album de Gary, Splinter, en cours de réalisation. Il est annoncé comme une puissante ode au riff. Dès lors, Dead Son rising, qui le précède, a-t-il une autre spécificité dans ce parcours à deux ?
Gary Numan :
Dead Son rising est une co-écriture, c’est en réalité une réalisation de Numan et Fenton. Splinter sera un album de Numan produit par Fenton. En vérité, la différence entre les deux approches est peut-être moins évidente pour l’extérieur. Nous travaillons en si étroite collaboration que les frontières ont tendance à se dissoudre. Je suis sûr que nous referons une co-écriture à la Dead Son rising, et je suis sûr qu’Ade fera aussi un autre album solo sur lequel je serai invité. Je l’espère, en tout cas. Et puis nous avons d’autres projets communs pour l’avenir : des musiques de films et d’autres choses de ce genre… quelques DJ sets aussi, de temps à autre ! Bien sûr et enfin, Ade fait aussi partie de mon management et de mon groupe live. Nous sommes liés de multiples façons.
Ade Fenton : le fait d’avoir développé une forte similarité de goûts en musique nous encourage certainement à œuvrer ensemble. Nous aimons tous les deux les musiques puissantes et dynamiques, ce qui rend le processus assez rapide la plupart du temps. Parfois, je vais arriver à quelque chose dont Gary n’est pas fan, mais ce n’est jamais un problème et nous passons à une autre idée. Sur Jagged mais aussi sur Splinter, le prochain album, je développe des idées de Gary sans changer la structure de base des chansons. Comme n’importe quel producteur, mon travail est d’organiser et de concrétiser l’idée sans m’égarer trop loin de la vision de Gary sur chaque chanson. Notre relation de travail s’est développée en parallèle à une amitié forte et les choses se passent dans la détente. Dead Son rising est différent de Jagged et Splinter en ce que nous avons écrit les pistes ensemble et… si naturellement ! Le résultat final découle d’un effort conjoint, de bien des façons.

Certaines des chansons figurant sur Dead Son rising sont des versions retravaillées d’anciennes compositions : « Dead Son Rising » (N.D.L.R. : remake de « What have I become » issu des séances de Jagged), « For The Rest Of My Life » – N.D.L.R. : « Always », issu de Pure, le disque sorti en 2000)… Existe-t-il à ce jour d’autres projets de réenregistrements, que cela concerne de titres épars voire des albums complets, comme certains artistes le font parfois ?
Gary :
J’en doute beaucoup. Dead Son rising est né d’une intention spécifique, et pas dans le désir de revisiter le passé. En fait, j’ai une aversion très forte pour le regard en arrière. De temps en temps, je vais revisiter live un vieil album, mais ça reste entièrement dû à un accord que j’ai avec les fans depuis quelques années. Je n’aime pas jouer beaucoup de vieux trucs quand je tourne ; pour cette raison je leur ai proposé de restituer live un vieil album de temps en temps, à condition que les fans cessent de se plaindre du manque de vieux morceaux sur mon répertoire « classique » (sourire)… En dehors de ce petit engagement en faveur du passé, je préfère passer mon temps à écrire de nouvelles chansons qu’à en retravailler d’anciennes.

Certains moments sont vraiment ambiants dans Dead Son rising. Pensez-vous tous deux développer dans le futur la composition de bandes-son ?

La musique de film est un domaine dans lequel nous sommes tous deux extrêmement désireux de nous impliquer. J’ai des amis ayant bien réussi dans le milieu du cinéma et qui, j’espère, seront capables de nous guider dans la bonne direction dans les prochaines années. Je sens que ma propre musique, et la musique que j’écris avec Ade, est bien adaptée pour le cinéma et le théâtre en général. Ça semble être une progression naturelle par rapport à ce que nous faisons aujourd’hui.
Ade : Nous parlons à quelques personnes alentour, d’un ou deux projets dans lesquels nous espérons être impliqués à l’avenir. Des titres comme « Into Battle » et « Resurrection », sur Dead Son rising, sont des exemples de notre aptitude à créer une musique racontant une histoire sans voix.

Dead Son rising sort dans une édition « super deluxe », en dehors de l’édition classique. Gary, crois-tu que les changements survenus dans les habitudes de consommation de la musique impliquent toujours plus de soin apporté à l’objet, du moins si le format physique veut survivre sur le marché ?
Gary :
C’est ce que nous croyons tous deux, oui. Avec les nouvelles technologies et la place prise par l’Internet dans nos vies, nous devons trouver des moyens permettant de revivifier un intérêt pour la musique. Les « packagings spéciaux » offrent une réponse de court terme mais je suis certain que des réponses innovantes et excitantes attendent juste d’être trouvées. C’est une période finalement très excitante pour le music business.

Que vous inspire, en tant que musiciens et producteurs, la dématérialisation de la musique ?

Du point de vue d’une carrière, c’est démoralisant et frustrant. Mais si ça doit avoir un effet bénéfique, c’est de rendre les gens plus ouverts et créatifs à plusieurs points de vue, que ce soit au niveau du packaging, du marketing, etc. Tout change, et ça devient de plus en plus dur d’être un musicien professionnel. C’est aussi moins gratifiant, mais tous ceux qui parmi nous ont mis l’art devant la gloire ou l’argent, pourront vivre avec ça. Combien de temps, ça, c’est une autre question…
Ade : la dématérialisation est quelque chose que nous devons apprendre à accepter. Même si tu vends des millions de downloads légaux, tirer un revenu des ventes en digital est quelque chose de très compliqué. Pour tout album que tu vends, dix autres ont été téléchargés illégalement, mais qu’y pouvons-nous ? Les gamins savent que c’est illégal, mais il n’y a aucun moyen de régenter ce phénomène et je ne crois pas que ça change de sitôt. C’est très frustrant car c’est un mépris pour les milliers d’heures de travail que peut nécessite en amont un disque qui veut sonner bien. C’est simple, pourtant, pour moi : si tu ne vas pas à HMV piquer un CD dans les bacs et t’enfuir en courant, pourquoi le download illégal devrait-il être considéré différemment ? Mais voilà, la pratique est désormais généralisée et tu n’as plus qu’à l’accepter… Ça te force à trouver des moyens originaux de toucher les fans avec des produits de haute qualité. Ce que nous avons fait avec Dead Son rising.

Ade, y a-t-il un second album solo dans les cartons, après Artificial perfect ?

Oui, j’adorerais, mais trouver le temps reste l’obstacle principal. J’ai quelques idées de chansons que je développerai prochainement. Que cela finisse sous la forme d’un nouvel album solo ou d’autre chose en compagnie de Gary reste à déterminer, tout simplement parce que nous avons Splinter à terminer avant que je me lance dans quoi que ce soit d’autre.

Gary, peut-on espérer de nouvelles collaborations avec Trent Reznor dans le futur ?
Gary :
Je ne sais pas encore dans quelles collaborations je vais m’engager, je n’ai pas de plan à long terme… mais je suis un grand fan du travail de Trent et nous avons convenu de renouveler notre collaboration dans le futur. J’espère réellement que ça arrivera à un moment donné, plus tard.

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