Gang Of Four

24 Jan 11 Gang Of Four

En complément de l’entrevue du leader et producteur émérite Andy Gill parue dans Obsküre Magazine #2, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de l’entretien donné par Gang Of Four à Emmanuël Hennequin, à l’occasion de la sortie du nouvel album studio des vétérans post-/funk-punk. C O N T E N T est un retour surprenant et expressif, plein de groove et de tranchant. On a vu des vieux en pire état.

L’aura politique du groupe reste réelle. De quelle manière vous définiriez-vous politiquement aujourd’hui ?
Andy Gill : Je le ferais de manière très similaire à ce que nous étions politiquement à la fin des années soixante-dix. C’est quelque part un peu intrigant de mêler musique et politique dans un discours, parce que touts chansons pop actuelles, signées par Kylie Minogue et tutti quanti, imprègnent un monde très étrange dans lequel le temps n’existerait plus réellement, la géographie non plus, l’histoire encore moins. C’est comme une « dimension suspendue », comme si on rentrait dans une grande abstraction par rapport à l’ancienne idée du monde. Je n’ai pas réellement de vrai problème avec ça mais ce que nous faisons de notre côté, c’est essayer de donner une image concrète de notre environnement. Nous en appelons à ce qui existe tout autour de nous. Il s’agit de la vie en tant que telle : le travail ou le manque de travail, la place de l’argent, le manque d’argent aussi, la pensée que nous dédions aux autres, notre manière de percevoir les gens ou ce qu’ils nous disent, par exemple à la télévision lorsque est abordé le thème du gouvernement des peuples. Des choses bien réelles. Et si tu commences à observer la manière dont se structurent les relations autour de toi, à commencer par celle avec ta petite amie, c’est, d’une manière ou d’une autre, quelque chose qui par défaut devient « politique ». Tu vis dans un monde parfait façonné par exemple par la musique pop, et dès que tu rentres dans cette réalité des choses, dès que tu veux l’aborder, tu deviens « politique ». Ca n’est pas comme si Jon et moi (N.D.L.R. : Jon King, chanteur et cofondateur de gang Of Four) proclamions notre amour du socialisme ou je ne sais quoi, ou que nous brandissions fièrement le drapeau rouge… ce n’est d’ailleurs pas le genre d’approche que nous avons choisie. Ce que nous faisons surgit par défaut. Discourt concret, musique concrète.

Tu restes aussi un producteur prolifique et assez renommé, d’ailleurs. Y’a-t-il à ton avis une « philosophie de la production », ou cette chose change-t-elle à chaque nouveau travail de production ?

Je crois que ça change à chaque fois. Un des secrets de la production et que j’ai appris, c’est d’écouter l’artiste au maximum, ne pas lui dire ce qu’il a à faire. Lorsque j’étais bien plus jeune et que j’ai commencé à produire d’autres groupes, c’était sans doute plus facile de dire à l’autre : « Non, tu te trompes, ne fais pas comme ci mais plutôt comme ça… » Mais bien sûr, le truc, c’est qu’il existe mille manières de faire les choses. C’est d’ailleurs pourquoi chaque artiste développe sa singularité. J’ai appris assez vite que lorsque tu produis l’album d’un autre, il ne s’agit pas de te produire toi (rire)… je ne dis pas que je ne m’investis pas au besoin, jusque dans l’écriture. Mais le principal, c’est de parler beaucoup, surtout au début ; essayer de comprendre où l’autre veut aller et le garder en tête, pour ce que tu vas l’aider à faire par la suite.

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