Gabi Delgado – Interview bonus Obsküre Magazine #20

06 Mai 14 Gabi Delgado – Interview bonus Obsküre Magazine #20

Supplément de notre entretien dans Obsküre Magazine # 20 à l’occasion de la sortie de Eins de Gabi Delgado, le mythique chanteur de DAF.

Obsküre Mag : Vu qu’il y a tant de morceaux sur l’album, quand as-tu commencé à travailler dessus et avec qui?

Gabi Delgado : J’ai réalisé la quasi intégralité de l’album tout seul : jouer les instruments, enregistrer, chanter, produire. C’est un vrai album solo. Deux ou trois morceaux ont été enregistrés à Berlin avec un ingénieur du son. Et c’est si long car je n’aime pas les disques où il n’y a que dix morceaux alors qu’on peut mettre dans les 70 minutes sur un disque aujourd’hui. J’ai voulu en donner le plus possible aux gens. Souvent les CDs ne comprennent que dix titres et il y en a juste deux ou trois qui sont bien, le reste c’est plus du remplissage. Je voulais donner beaucoup.

Et on retrouve ton style, ton utilisation de la langue allemande, et cette façon minimale et efficace de faire une chanson. Pour toi qu’est-ce qui fait une bonne chanson?

Une bonne chanson c’est avant tout de bonnes paroles. C’est de la musique, mais les paroles font souvent la différence entre une bonne et une mauvaise chanson. De bonnes paroles, une bonne ligne de basse et un bon rythme.

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Vous avez laissé tomber les guitares assez vite dans DAF pour vous lancer dans une musique purement électronique, percussions mises à part.

Quand on a créé DAF avec Robert, au tout début on n’était que deux. Mais on n’avait pas l’argent pour s’acheter des synthés et c’était très cher à l’époque. Donc on a fait appel à d’autres musiciens, et peut-être que l’on pensait aussi que pour faire un groupe, il fallait un bassiste, un guitariste et un claviériste. Mais dès que l’on a pu s’acheter notre premier synthé à un tarif abordable, on a commencé à passer de cinq à quatre puis à trois. Au final, il n’y avait plus que Robert, moi et les machines.

On a dit que vous avez inventé le techno punk et l’electro body music. Est-ce que ces termes reflètent bien ce que vous faisiez? Vous étiez des punks technologiques avec une approche très physique du son?

Oui, je crois qu’on était les premiers electropunks. On est apprécié par des scènes variées, de l’EBM à la techno à la house, la darkwave, l’industriel, l’electroclash, et j’en suis très fier. Du fait que la musique d’aujourd’hui ressemble beaucoup à ce que l’on faisait il y a presque quarante ans.

En parlant des thèmes, tu parles aussi de violence et de guerre dans Eins, penses-tu que la musique soit toujours un acte politique comme quand tu as fait « Der Mussolini », il y a plus de trente ans?

Oui, tout est politique. L’art est toujours politique. C’est toujours une déclaration.

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Il y a aussi ce morceau sur ton site « Liebe, Sex und Drogen », vois-tu ces éléments (le sexe, les drogues, l’amour) comme des besoins élémentaires?

Exactement. Je ne veux pas idéaliser les drogues. Mais elles ont toujours été importantes pour les artistes. Sans les drogues la musique serait bien plus pauvre. Il y a l’album Eins mais je veux aussi donner plus à mes amis et ceux qui me suivent, des morceaux gratuits que je donne, comme « Liebe, Sex und Drogen » ou « Bonnie & Clyde ». Je pense finaliser un album complet en téléchargement libre sur mon site web pour le milieu du mois de mai.

Ils ont été enregistrés en même temps que les autres chansons?

Je suis quasiment tous les jours dans le studio à faire de la musique. C’est quelque chose que j’aime faire. C’est comme jouer avec les mots et les sons. C’est mon jeu préféré. J’aime la PlayStation mais la plupart du temps je joue dans mon studio avec la musique. Je travaille de manière totalement libre et quand j’ai un produit fini, je vais voir un label. Quand j’ai eu terminé j’avais dans les trente ou quarante morceaux dans ce style. Donc j’ai essayé d’en mettre le plus possible sur l’album et le reste sera en téléchargement libre.

Peut-on s’arrêter sur la chanson « Science Fiction Liebe »?

Pour cette chanson, comme « Die Zukunft » (l’avenir), je me suis intéressé aux aspects du passé, présent et futur. Ce morceau est très romantique. Au départ, je n’avais que les mots, je n’avais pas la musique. C’était de la poésie stand out, car je ne suis pas du genre à être assis et à écrire des textes. Je me mets juste devant un micro et je dis ce que je pense. Les paroles sont venues. Elles parlent de ce qui adviendra de l’amour dans l’avenir. Même après ta mort, qu’est-ce que cela signifie? C’était une réflexion sur ça. On pense à tous ces clichés SF dans l’espace avec les satellites. Et j’utilise cela comme une métaphore pour le futur de l’amour. Que se passe-t-il quand tu es mort? L’amour disparaît-il ou reste-t-il quelque part?

« Friede den Hütten Krieg den Palästen »?

Cela veut dire la guerre aux palais et la paix aux chaumières. C’est une phrase de Georg Büchner. La guerre aux puissants, aux palais, aux rois et la paix aux petits foyers. C’est ce que fait l’impérialisme occidental, il attaque les chaumières et n’attaque jamais les palais.

C’est une affirmation anarchiste.

Exactement. Brûlez Buckingham Palace mais laissez en paix les maisons des petits travailleurs et des pauvres.

Est-ce que tu dirais que ta manière de travailler reste punk dans l’esprit, car tu as été totalement ds ce mouvement à la fin des années 70? As-tu la même attitude envers le business musical et le reste?

Pour moi c’est la seule manière de voir les choses. Je n’ai pas tant changé je dois dire.

Pour finir en revenant sur le livre Verschwende deine Jugend sur le punk et la new wave en Allemagne, c’était vraiment une période extrême en termes de créativité et de mode de vie. Il y avait toute cette drogue et les expérimentations sexuelles, le passage de la pauvreté à la richesse. Quel regard portes-tu sur cette période? C’était court et intense, mais ce n’était pas fait pour durer. As-tu de la nostalgie, est-ce que c’est très loin de ta vie d’aujourd’hui?

Non, je ne suis pas nostalgique. C’était une très bonne époque et j’ai beaucoup appris.

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