Freitot – interview avec Arno Strobl

17 Juil 18 Freitot – interview avec Arno Strobl

Freitot (comprenez : ‘mourir en homme libre’) est un projet death metal old fashioned et groovy porté initialement par Étienne Sarthou (AqME), rejoint, chronologiquement, par Arno Strobl (Carnival In Coal, CinC, We All Die (Laughing), 6:33) puis Fabien « Fack » Desgardins (Benighted, Infected Society, et comparse de Strobl dans CinC et We All Die (Laughing)).
C’est l’histoire, depuis 2015, d’une progression. Étienne seul a posé toutes les instrumentations de base du premier album (batterie, guitare, basse), Strobl a fait son entrée pour le chant death, puis est intervenu Desgardins, sur une phase de travail ultérieure, pour un fignolage ultime : de l’ornementation solo.
Des compétences, l’entente, et le fruit : le premier opus des trois compères, confondant de savoir-faire, est sorti chez Mystyk Prod. en mai. Prenant notre courage à trois mains, nous sommes partis à la rencontre du growler de service. Moins méchant qu’il semblait en avoir l’air, il répond pour de vrai aux questions sur ce son au physique monstrueux et terriblement prenant.

Obsküre : Lorsqu’Étienne Sarthou s’adresse à toi, hors les soli de guitare et le chant, tout est prêt ?
Arno Strobl :
Absolument. Il a tout préparé. Après cette première période de travail en totale autonomie pour Étienne, Freitot devient une collaboration en binôme ; et ça, ça se joue entre nous deux. Ça dure pendant environ six mois, vers 2015 – six mois pendant lesquels nous discutons et avançons sur les ajouts de voix ensemble. Fabien Desgardins, alias Fack, arrive par la suite, sur ma suggestion (NDLA : Strobl et Desgardins étaient comparses en musique avant Freitot – cf. notre introduction), pour les solos de guitares.

Et le live, ça se met en place comment ?
Ça reste le futur, tout simplement. Nous vivons tous à distance les uns des autres et pour cette raison, pour l’instant, nous ne nous sommes jamais retrouvés à trois dans la même pièce. La distance nous obligera à une certaine organisation : les répétitions se feront sur des périodes concentrées, et nous préparerons le live plus tard dans l’année. Dans le viseur : apparitions sur scène en 2019. Ce sera évidemment avec Fack, mais aussi deux autres musiciens. Ils sont d’ores et déjà choisis. N’ayant pas encore éprouvé l’alchimie de cet ensemble, Freitot ne dévoilera que plus tard les identités de ces musiciens live.

Étienne a posé toute la base des titres, que ça concerne les batteries ou les guitares, à une époque où il ne s’était pas encore entouré de membres supplémentaires et où, donc, il n’avait pas forcément de certitudes sur le devenir de cette musique. C’est beaucoup de choses à assumer seul, à mon sens… Est-ce que ça a représenté une étape stressante pour lui, ou au contraire une réalisation personnelle ?
L’album a une histoire et une résonance particulière dans la vie d’Étienne : sa réalisation fait suite à un drame personnel, familial, et il a fait ça pour se sortir l’esprit de cette situation. Ne pas devenir fou.

La domination d’Étienne sur le projet, dans ce contexte, semble naturelle… et destinée à perdurer, dans ta perception ?
Je pense que oui. Pour moi, il restera le patron. Fabien et moi sommes devenus ses plus fidèles contremaîtres mais pour le prochain album, à mon avis, Étienne restera le compositeur principal. Ce qui n’empêchera pas forcément Fabien d’amener quelques idées. Mais Freitot est le projet d’Étienne. Chacun d’entre nous, de toute façon, a ses propres « choses » à lui : Fabien a Infected Society, et j’ai CinC – voilà.

Freitot, et on le rapporte au drame personnel d’Etienne, doit être compris comme « mourir en homme libre ». Étienne a son histoire – mais toi, cette expression, tu la rapportes à qui, à quoi ?
À Guillaume Decherf, mon ami, qui est mort en homme libre au Bataclan lors des attentats. L’album lui est dédié ainsi qu’aux autres victimes. Il y a derrière cette expression l’idée de mourir en faisant quelque chose qui rend heureux. C’est noir et en même temps un message très positif, du moins j’espère.

Etienne Sarthou

Le son de Freitot a son cachet, sa tenue. Le premier effet à l’écoute de l’album, c’est celui d’un groupe qui n’en rajoute pas, qui veut groover à partir de choses essentielles. Du plein, mais assez peu de couches.
Ce peu de couches est totalement assumé et volontaire, et le groove est une ligne directrice de ce premier album. On peut groover quand on fait du death comme quand on fait du funk… Et puis Étienne a senti les choses comme ça : revenir aux racines du truc. Il ne s’agissait pas de sonner trop moderne. Le son devait certes être propre, pas question de faire le truc dégueulasse pour faire dégueulasse ; mais par contre, il fallait revenir à la racine du Mal (rire). À comparer avec ce qu’on fait pour certaines voitures de course, si tu veux : virer un maximum de choses dedans pour qu’elles soient moins lourdes et qu’elles aient davantage la patate.

Parlons de ton chant. Intéressant de te voir évoluer dans ce registre unique du growl sur un album death metal typique. Tu as expliqué par ailleurs que le growl est quelque chose que tu as acquis après recherche et travail : trouver cette tonalité où tu peux agir « sans te faire mal ». Quel a été ton chemin ?
Ça remonte à il y a assez longtemps, puisque j’utilisais ce type de voix dans la démo et le premier album de Carnival In Coal. C’est donc quelque chose que j’ai essayé d’acquérir dès le début des années 1990, à une époque où le death était en plein essor, et ça me titillait de réussir à obtenir ce genre de résultat. Acquérir ça à l’époque, s’est fait par tâtonnement en ce qui me concerne. Lorsque tu n’as personne à disposition pour te montrer, tu cherches – et j’ai cherché quasiment un an, en passant par divers stades. Et un jour, voilà, j’ai trouvé cette voix hyper-gutturale. Tout vient de la gorge chez moi, clairement. J’ai affiné la chose jusqu’à ce que je ressente du confort sur des durées étendues. Et après, la pratique fait que tu t’améliores.

Fabien Desgardins

Entre ton chant clair et le chant guttural que tu remets en œuvre pour Freitot, quelle différence de fonctions pour le ventre et la fameuse colonne d’air ?
Une différence fondamentale : je chante beaucoup plus du ventre et je pousse beaucoup plus en mode chant clair. Honnêtement, c’est beaucoup plus confortable de chanter en growl que de chanter en clair : dans ce dernier cas, le chant m’impose beaucoup plus de concentration, de justesse… Le growl correspond surtout à un placement rythmique, duquel il ne faut pas sortir. Il peut renvoyer un effet de puissance à l’écoute de prises studio ou de performances live, mais en fait le growl n’implique pas forcément de chanter fort, pour moi. Après, c’est mon expérience mais chaque chanteur a son petit truc. Pour Julien de Benighted par exemple, tout passe par le ventre, même pour le growl.

Tu as un fort référentiel death metal. Y’a-t-il des growls que tu aimes plus que d’autres et pourquoi ?
Oui, bien sûr. J’ai d’ailleurs travaillé mon chant death en fonction des références auxquelles je me raccrochais, et qui m’émouvaient. Pas vraiment un scoop, puisque je les ai citées déjà anciennement : Ludovic Loez de Supuration, Dan Swanö d’Edge Of Sanity et le Mikael Akerfeldt des débuts d’Opeth.

Arno Strobl

Le morceau « Father » est l’un des plus écrasés et ambiancés du premier album de Freitot. Assez fascinant en ce qui me concerne. D’où vient ce titre ?
D’Étienne d’abord (rire) ; et pour le texte, disons que c’est la première fois j’essaie de poser par des mots ce qu’est réellement la religion pour moi.

Et alors ? Quelle est-elle ?
Je laisse à chacun le soin de disséquer les textes mais je peux résumer la chose de cette manière : c’est dommage, ça aurait pu être une super-idée, mais je ne crois pas en toi.
J’ai été élevé dans la plus pure tradition catholique. Jusqu’en terminale j’ai suivi un enseignement religieux. La conclusion que porte « Father » est le fruit de pas mal de questionnements, non seulement sur la religion mais aussi et surtout sur ce que les hommes en font. Je respecte la foi d’autrui, mais j’ai un problème avec ceux qui veulent imposer une croyance. Par contre, j’envie ceux qui éprouvent avec sincérité la foi en Dieu. Certaines questions se retrouvent plus facilement solubles pour eux, peut-être, que dans mon univers à moi. Mais bref. Au bout du bout, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’y avait pas de place pour ça dans ma vie.

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Premier album homonyme sur Mystyk Prod. (sortie : juin 2018)

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