For Heaven’s Sake : « Paha Sapa / Mako Sika » et la suite (Pt 2/3)

30 Sep 11 For Heaven’s Sake : « Paha Sapa / Mako Sika » et la suite (Pt 2/3)

Deuxième partie de notre entretien avec Guillaume Nicolas, protagoniste principal de For Heaven’s Sake, dont le nouvel album chanté en français, Paha Sapa / Mako Sika, sature de vapeurs chamaniques. Un moment de l’entretien consacré à la langue et l’intimité du texte.

Exclus-tu l’anglais/l’américain pour l’avenir ? Es-ce une langue qui te tenterait sur la longueur d’une disque ou au contraire, le temps passant te renforce-t-il dans ta « conviction francophone » ?
Guillaume Nicolas :
Au fil du temps, la conviction francophone est en effet de plus en plus renforcée. Personnellement, j’envisage l’univers musical de For Heaven’s Sake exclusivement ancré dans une écriture en français. J’aime cette langue, j’aime ces mots, j’aime aussi le travail et le défi que ça représente de faire sonner cette langue dans un contexte musical fort et dense. Je pense sincèrement qu’il y a beaucoup à faire avec le français. J’ai toujours privilégié la sincérité et l’intégrité dans ma musique. Et écrire et chanter en français est pour moi le seul moyen de ressentir cette honnêteté dans mes propos, dans mon message. Pourtant, je n’écoute pratiquement aucun groupe, aucun chanteur français. À l’exception de mon amour immense pour les musiques du monde entier, les musiques ethniques et traditionnelles, notamment indiennes et orientales, je dirais que 99,99% de ma culture musicale, littéraire et cinématographique est américaine. De plus, j’aime énormément ce pays, j’y passe beaucoup de temps chaque année, j’adore voyager aux quatre coins des USA, donc je me sens profondément plongé, humainement, dans un feeling très américain. J’ai beaucoup d’amis là-bas et il est extrêmement agréable d’y travailler. Paha Sapa / Mako Sika a été mixé à New York en compagnie d’un de mes meilleurs amis, le formidable producteur Kevin Salem. Donc, pour beaucoup, il semblerait naturel que je sorte un album en anglais, et pourtant, je doute très fort que cela arrive un jour. Bien qu’aujourd’hui, je me sens quelque part plus influencé et plus touché par l’Amérique que jamais, j’aurais profondément l’impression de « voler » quelque chose si je chantais en anglais. Je suis tellement fasciné par l’écriture de Bruce Springsteen ou encore Bob Dylan… Il est hors de question que je m’essaie à écrire quelque chose de médiocre en anglais. Je préfère de très loin me servir de toute cette « influence » américaine que je porte aujourd’hui en moi, de toutes ces expériences, et faire ressortir ceci en utilisant ma langue maternelle que j’aime, le français. Ceci dit, je n’ai absolument rien contre les groupes français qui chantent en anglais. Certains font ça extrêmement bien. Mais je crois qu’au fond de moi, je suis toujours beaucoup plus touché par les « originaux », tu vois ce que je veux dire ? Je crois que j’ai vraiment besoin de sentir que le chanteur d’un groupe s’exprime, tant vocalement qu’au niveau de l’écriture, dans sa langue maternelle. Mais c’est un sentiment extrêmement personnel, qui ne regarde que moi et ma vision de ma musique, celle de For Heaven’s Sake. J’ai d’ailleurs de très bons amis français qui jouent dans d’excellents groupes et qui chantent en anglais. Ils sont tous très doués. Mais au fond de moi, j’ai toujours un peu plus de mal à être touché par le fond, par le propos lorsque j’entends un français chanter en anglais. Ceci dit, pour répondre à ta question un peu plus en profondeur, je dirais que bien que je n’envisage pas d’écrire et de chanter dans une autre langue que le français (tout en continuant, par contre, à donner à mes chansons des titres issus de différentes langues du monde ), certaines des nouvelles chansons que je travaille actuellement sont constituées, au niveau des mots, des textes, sur des dialectes très anciens, notamment amérindiens, des mots issus de processions chamaniques, des termes quasiment disparus et oubliés aujourd’hui. Il se pourrait donc très fort que cela ressorte un jour dans mon travail. J’aime la sonorité musicale de ces mots, et tout le mystère autour. Alors, il se pourrait qu’à l’avenir, il y ait parfois autre chose que du français sur mes albums, mais ce ne sera définitivement pas de l’anglais. Plutôt quelque chose de rare et qui repose plus sur des expressions symboliques et rythmiques que de véritables mots.

Pourquoi ne souhaites-tu pas trop t’appesantir sur le contenu des textes ? Leur intimisme doit-il nous opposer un mystère ? Devenons-nous en responsables, chacun de notre côté, au sens où nous devrions nous frayer le chemin ?
En effet, je n’aime pas trop parler du contenu de mes textes ou des titres de mes chansons. L’écriture est pour moi une étape extrêmement importante et personnelle, et une fois un texte terminé, je préfère de très loin l’idée que les gens s’approprient ces paroles, ces mots, à travers leurs propres yeux, leur propre vie, leurs propres expériences, leur propre sensibilité, leur propre vécu, leurs propres sentiments. C’est là toute la beauté et tout le charme de l’écriture, je trouve. Qu’un même texte puisse évoquer des choses et faire ressentir des émotions totalement différentes d’un individu à un autre. C’est magnifique. Et je pense que si je devais donner ma propre explication de ces textes, de ces paroles, de ces mots, si je devais donner la clé en quelque sorte, ça tuerait tout ce charme. Je trouve ça beaucoup plus magique, beaucoup plus profond et beaucoup plus intéressant de laisser les gens se faire leur propre interprétation et ressentir ces textes à leur manière, pas à la mienne. Donc, je pense que le contenu des textes doit rester extrêmement personnel, mystérieux, pratiquement secret pour celui qui les écrit.

Prenons-nous en charge cette intimité, chacun de notre côté, en découvrant cette musique ? En sommes-nous acteurs à ce point ?
Oui, il faut laisser le lecteur ou l’auditeur se « frayer un chemin ». Je trouve que ça donne beaucoup plus de sens à une œuvre que son créateur laisse libre cours à celui qui la recevra de la ressentir par ses propres moyens, avec sa personnalité, plutôt que le guider dans la direction personnelle qui l’a inspiré à donner vie et naissance à ses textes, ses mots.

Be Sociable, Share!