Fifigrot 2018, un festival du film grolandais (report)

02 Oct 18 Fifigrot 2018, un festival du film grolandais (report)

En exclusivité pour Obsküre, Marjöry Salles nous fait revivre son Fifigrot : une semaine du film toulousaine chapeautée par les rigolos de Groland – autant dire des parrains dont les yeux n’ont froid de rien.
La programmation s’en ressent, et le souvenir aussi. Certains Présidents ne meurent jamais, et la disparition de Christophe Salengro, Chef Suprême du Groland, était certainement dans l’esprit des festivaliers à l’heure des réjouissances. Rire, s’émerveiller, pleurer devant les images et rêver en compagnie des responsables de l’art : pas de meilleure manière que de continuer. Une nouvelle fois, l’organisation du festival a donné dans l’hétéroclite, l’iconoclaste, et tout ce qui peut se faire de plus aventureux et vivant.
Marjory parle. Voici son Fifigrot.


Quelques jours pour me remettre du Fifigrot 2018, septième édition de la semaine du film grolandais de Toulouse, et me voici à vous rédiger un rapport, en toute subjectivité s’il vous plait.
Une programmation dense, des choix à faire, des rencontres fatales.

Arrivée tardivement, je croise Hicham Lasri, réalisateur marocain enthousiaste, d’un amour pour le cinéma communicatif. Une trilogie de ses œuvres est programmée ainsi que son tout dernier film Jahilya, en compétition.

Mais je commence par Utoya d’Erik Poppe, en compétition officielle, sur les conseils de Nils Bouaziz des éditions Potemkine. Une immersion dans la fusillade du 22 juillet 2011 durant un long plan séquence en temps réel. Une réalité glacée, implacable, où durant 72 minutes, on retient son souffle, on ne respire plus… ou très peu. Une caméra au plus juste qui accompagne une tragédie sans pathos, un drame d’une tristesse absolue. Ce film sortira en salles en décembre et accompagnera sobrement la venue de l’hiver.

Pour se ragaillardir, courir au vernissage du photographe Arnaud Baumann pour l’exposition Baumann, Bête et Méchant avec une galerie de portraits puisée dans 40 ans d’archives : Cavanna, Choron, Cabu, Desproges, Bashung et d’autres. Un brin de nostalgie certes, mais un humour indispensable qui revigore en ces temps moralisateurs. Cette exposition se prolonge jusqu’au 6 octobre.

Puis croiser Xanaé Bove, adorablement radieuse, venue présenter Ex-taz : Citizen Cash.

Puis discuter avec Pacôme Thiellement entre ses deux ou trois dédicaces, ses présentations d’Hara-Kiri ou sa conférence sur son ouvrage Tous Les Chevaliers Sauvages.

Puis se dire de ne pas oublier la dernière séance de Climax de Gaspar Noé.

Puis râler d’avoir raté la soirée Erotisme bavarois avec la performance du Minigolf d’Helena Patricio.

Minigolf

Puis essayer de se rattraper avec la conférence de Bernard Joubert à propos de ses recherches inlassables sur la censure et précisément sur la bande dessinée érotique clandestine.

Puis enchaîner avec la soirée Naguère et Pets, ou les vents de la révolte au Musée des Abattoirs, animée par le pince-sans-rire Thierry Weyd, éditeur de La Société des Franc-péteurs et Bernard Joubert avec une session sur les Prouts et Trouducs dans la BD. Une projection de Faut que ça pète, un Œil du Cyclone de Stéphane Teichner et du reportage Les Sorciers péteurs d’Alain Baptizet, vient ponctuer cette truculente soirée, délicatement mise en musique par Marc Sarrazy et Lise Arbiol.

Franc-péteurs

Puis visiter l’exposition Fou de Trous concoctée par Michel Froideveaux des Editions Humus et feuilleter son catalogue décalé.

Puis, toujours aux Abattoirs, se délecter de l’installation performance Le théorème de l’eau des Hauts de Plafond, de retour en grande forme avec leurs boucles et looping suffoqués et fantasques.

Puis se poser devant Dorian Gray dans le miroir de la presse à sensation d’Ulrike Ottinger. Un ovni surréaliste des années 1980, imprégné d’expressionnisme, de science-fiction et transcendé par un opéra sur fond d’océan, copie en 35 mm s’il vous plait.

Puis découvrir le milieu de la Lucha Libre avec Marie Losier et Cassandro The Exotico ! Un film touchant et tendre, oscillant entre désespoir et merveilleuse vivacité. Marie Losier expose aussi ses photographies et dessins au centre d’art BBB jusqu’au 21 décembre, l’occasion de pénétrer dans sa fantasmatique, colorée et amoureuse.

Puis retrouver Bertrand Mandico venu présenter son dernier court Ultra Pulpe, un des trois courts métrages d’Ultra Rêve, réunissant Yann Gonzalez, Caroline Poggi et Jonathan Vinel.
Il fut question de sentiments, de liberté de créer, de résistance, de fantasme… ou non.

Yann Gonzalez, à travers sa master-class, sa trilogie : Un Couteau dans le Cœur, Les Rencontres d’après Minuit et Les Îles, ainsi que sa carte blanche dont Equation à un inconnu, fit souffler sur ce Fifigrot une brise d’érotisme inégalée et contagieuse.

Puis en finir avec en première partie le court métrage Possum Trot : The Life and Work of Calvin Black, une pépite sur un village improbable au cœur du désert Mojave en Californie, créé par un couple hors du commun. Témoignage d’une genèse d’art brut sans concession, une immersion dans un univers aujourd’hui disparu, démantelé sans état d’âme. Les courts métrages d’animation des Frères Quay clôturent cette dernière séance. Quelle belle idée que de partir imprégnée des ces images surréalistes et poétiques, projetées dans des conditions exceptionnelles avec des copies en 35 mm.

Bref, il fallait bien quelques jours pour se remettre.
Et pour feuilleter ce programme et pleurer de voir ce que l’on a raté.

– Marjöry Salles –


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