Festival de L’Homme sauvage – 28 et 29/09 (31)

12 Mai 18 Festival de L’Homme sauvage – 28 et 29/09 (31)

 

Le festival de L’Homme sauvage a dévoilé son affiche pour sa deuxième édition. Installé au pied des Pyrénées centrales, dans le 31, ce festival est appelé « cérémonie » par ses organisateurs, dont Yan qui invite des groupes à y jouer, qui y joue lui-même (dans La Breiche cette année) et qui propose une communion entre la nature et les hommes, entre les spectateurs eux-mêmes par le retour à des pratiques culturelles et peut-être même cultuelles. Cette année, pour en assurer la visibilité sur Obsküre, le choix s’est fait avec les organisateurs de donner la parole à des acteurs du festival : non pas les organisateurs, mais un choix de festivaliers. Parmi ceux-ci, un animateur de radio bénévole, une jeune femme de dix-huit ans, un photographe ou encore Stefan Bayle (Anorexia Nervosa, Au Champ Des Morts). Le processus pour cette discussion par mails a été une stricte égalité entre les interviewés. Coline est aussi importante que Stefan à nos yeux dans son ressenti. Les quatre ont répondu donc ‘en aveugle’. Une deuxième étape les a confrontés aux réponses des autres et leur a donné la possibilité d’interagir. Au final, on cerne un peu mieux ce qui s’est joué pendant la première édition et ultérieurement, sur les réseaux sociaux notamment, où l’on tentait de rendre compte, même plusieurs semaines après.

Pour suivre les actualités du festival, ce sera là-bas.

Sylvaïn pour Obsküre : Présentation : qui est qui ? Dans quel coin vivez-vous ? Quel est votre âge ? Venez-vous seul(e) à L’Homme sauvage ? Musicalement, quels groupes ou quels genres abordés dans la première ou la seconde édition vous ont poussé à venir ? Est-ce autre chose qui vous avait convaincus ?

Bonjour, je m’appelle Stefan Bayle, je suis vieux et Limousin. Nous venons jouer à L’Homme sauvage avec mon groupe Au Champ Des Morts pour l’édition 2018. Nous sommes culturellement marqués par les courants underground des années 80 et du début des années 90. Les affiches de L’Homme Sauvage font écho à cette culture marquée par le Heavy Metal sous de nombreuses formes ainsi que par la Cold Wave, des styles chers à nos yeux. Avec ACDM, nous avons fait le choix de nous produire sur scène uniquement dans des événements qui nous correspondent pleinement, et L’Homme sauvage en fait définitivement partie.

Je m’appelle Robin Levet, je vis à Vitrolles près de Marseille, je suis réalisateur et photographe et j’ai trente ans. L’année dernière je suis venue avec un ami (le musicien Nienn) et j’ai aussi retrouvé sur place un groupe de potes. Cette année je pense ramener au moins deux personnes en plus.

Sylvaïn : Robin, c’est important de venir à plusieurs ? Le trajet en voiture fait-il déjà partie de l’ambiance ?

Robin : Ce sont des événements qui se partagent, donc y aller en bande est forcément plus sympa. La première année on est partis à deux et on a pris en covoit’ plusieurs personnes dont certaines allant à L’Homme Sauvage, on a tissé des liens et on n’a pas arrêté de se recroiser. Musicalement, je ne connaissais que Stille Volk mais j’y ai découvert pas mal de bonnes choses, en particulier Neonymus, La Breiche et Gouffre. J’avais vu l’affiche mais voulais me laisser la surprise et ça a bien marché ! Cette année j’ai un peu plus potassé le sujet et j’avoue attendre avec impatience Hexvessel, Throane et Spectrale… mais aussi revoir Common Eider/King Eider. J’avais prévu de revenir, bien avant de voir l’affiche. La première édition m’avait séduit et je ne compte pas en rater une !

Salut, je m’appelle Rémy El Hakim, j’ai vingt-deux ans et je suis originaire de Montpellier. L’an dernier, je suis allé avec trois amis à L’Homme Sauvage, on y allait un peu en « éclaireurs », mais aussi en tant que bénévoles dans une radio.

Sylvaïn : Quelle radio ?

Rémy : Il s’agissait de Radio FM Plus, une radio protestante locale de Montpellier dans laquelle j’étais bénévole à l’époque. La directrice s’était montrée très intéressée par l’événement. On devait faire des interviews de tous les groupes présents, c’était une opportunité incroyable. Mais ce qui nous a poussé à venir, vraiment, c’est d’abord le concept-même du festival. Tout nous donnait envie, et quand on a écouté la musique qui allait être proposée, on a été convaincus immédiatement. Neonymus et Treha Sektori, notamment, nous ont mis une sacrée claque.

Je m’appelle Coline, j’ai dix-huit ans et je viens de Saint-Gaudens, je suis venue avec mon copain l’année dernière mais j’ai l’intention de venir en septembre prochain avec deux ou trois amis qui ont eu l’air intéressés. J’étais surtout venue par curiosité, je ne connaissais aucun des groupes mais on m’avait parlé de musique médiévale expérimentale : ça m’a donné envie de découvrir. Je dois avouer que l’emplacement du festival et le visuel des affiches m’avaient aussi convaincue.

Sylvaïn : Comment sentez-vous, comprenez-vous, entendez-vous ce nom de festival, L’Homme sauvage ? A contrario, si vous ne vous êtes pas posé la question, est-ce à dire que ce n’est pas le nom qui donne une couleur à un festival (Vieilles charrues, Hellfest, Motocultor, Villette sonique…) ?

Robin : L’Homme sauvage évoque pour moi un retour à notre vraie nature, à notre être primal. On n’est ni dans un festival de metal ni dans une fête médiévale, pas de style, pas de genre, juste une émotion, un moment pour se reconnecter à la nature, à soi-même par le biais de la musique. Du coup, je trouve que le festival porte bien son nom, mais on ne le comprend qu’après y être allé.

Rémy : C’est très vrai ce que tu écris Robin ! Dès le début j’ai senti que ce n’était pas un nom choisi au hasard, il était lourd de sens et collait parfaitement aux thématiques du festival. En fait, il était porteur de plein de choses. Des choses mystiques, païennes, primales… L’Homme sauvage n’est pas seulement le nom du festival, c’est aussi son essence-même.

Coline : « L’homme sauvage » m’évoque un retour aux sources, à la nature, en quelque sorte un « homme des bois » ce qui colle totalement avec l’image du festival, le lieu totalement ouvert sur les montagnes et la forêt et des musiques qui ne rentrent pas dans les « cases » habituelles.

Stefan : Les festivals que tu cites en exemple, Sylvaïn, portent des noms qui annoncent la couleur de façon générique pour le grand public, tout en restant finalement assez neutres quant aux possibilités de programmation ; ceci explique sans doute pourquoi avec le temps ces événements ne s’adressent finalement plus aux aficionados de tel ou tel style, et soient devenus des lieux pour les familles et les festivaliers. L’Homme sauvage évoque à la fois quelque chose de primaire, le cliché moderne du retour à l’état sauvage ; mais également de primordial, visant à nous détacher de ce monde moderne dépourvu de sens et de spiritualité. C’est un titre comportant de notre point de vue plusieurs niveaux de compréhension. Nous ne sommes donc pas ici dans un produit de consommation ciblé ; la programmation, qui plus est, fait appel à des artistes ressentant ce déséquilibre du monde moderne et l’exprimant chacun à sa façon.

Sylvaïn : Si tu parles de déséquilibre, dirais-tu que lorsque vous jouez vous réorganisez le monde pour lui donner pendant un temps un éventuel équilibre ?

Stefan : Sans prétention aucune, bien sûr, nous ne sommes ni des prêcheurs ni des prophètes, mais effectivement, à notre niveau, jouer est ce que nous pouvons faire de plus important pour rétablir une forme d’équilibre. Ce n’est qu’à travers la symbolique que l’on pourra rétablir les principes primordiaux, et nous essayons à travers notre musique de renverser la tendance. Nous avons déjà tous ressenti ces moments de grâce, d’épiphanie, lorsqu’une œuvre nous touche, qui vont bien au delà de cette réalité ordinaire qu’on nous décrit comme seule acceptable. Cela fait partie des choses les plus importantes de ma vie, et j’essaie à travers mes propres créations de rendre cela, c’est une forme de Sacerdoce. Aussi, oui, j’oserai parler de rétablir l’équilibre.

Sylvaïn : Que projetez-vous comme sensations ou comme visions lorsqu’on aborde le sujet des Pyrénées ? Pensez-vous que c’est anecdotique pour ce festival ?

Robin : Je connais peu les Pyrénées au final mais je vois ça comme un endroit magique et brumeux, chargé d’histoire tout en étant sauvage. Du coup L’Homme sauvage n’aurait pas pu voir le jour ailleurs.

Stefan : Non, ce n’est pas du tout anecdotique. L’attachement au « sol » est primordial. En tant que Limousin, je considère les Pyrénées comme un territoire proche de chez moi, j’y suis souvent venu et je trouve qu’il y subsiste beaucoup de magie. Il s’agit également d’un massif montagneux ; dans de nombreuses civilisations, la montagne figure l’axe du Monde, le pôle spirituel vers lequel tendre pour retrouver l’état primordial, au même titre que l’arbre. Ce choix n’a donc a priori rien d’anecdotique, qu’il soit assumé ou purement intuitif.

Robin : Stefan, avec ton groupe vous faites du Black Metal, pour moi, une fois passé tout le décorum du style, je rattache cette musique à la terre et aux bois… qu’en penses-tu ?

Stefan : Effectivement, les acteurs de la scène Black Metal font souvent référence à leur attachement à leur terroir, à leurs racines ; c’est un mouvement qui, au-delà de ses formes parfois caricaturales, ne fait qu’exprimer les dérives du monde moderne en les confrontant aux traditions perdues. Le rapport à la terre, à la forêt, à la Nature rappelle une part forte de ces traditions. En cela, le nom même de notre groupe évoque cet attachement à notre terroir. Concernant le décorum, comme tu dis, nous ne nous encombrons d’aucun artifice pour habiller notre musique : nous sommes à la scène comme dans nos vies. Il y a forcément une part de « cliché » dans le Black Metal, mais elle est importante, c’est elle qui permet justement de poser le genre pour pouvoir ensuite affirmer des choses plus personnelles, plus véridiques.

Coline : Moi, j’ai grandi en voyant les Pyrénées partout où j’étais, par la fenêtre de ma chambre ou celle de l’école et j’ai fait de nombreuses randonnées pendant les week-end et les vacances. Je suis très attachée à ces montagnes alors pour moi ça n’a rien d’anecdotique… Les hautes montagnes évoquent toujours quelque chose de magique et d’immortel, c’est un cadre qui se prête tout à fait à un retour en arrière grâce aux musiques médiévales et aux rituels païens.

Sylvaïn : Ce « retour en arrière » Coline, tu le pratiques dans tes goûts musicaux, culturels ou artistiques ? La musique traditionnelle, les artistes des époques passées ou plus simplement le plaisir pris avec le terroir, les noms des lieux, les activités manuelles (poterie, encres végétales…) ?

Coline : Je joue de la musique baroque et celtique à la flûte, depuis L’Homme sauvage j’essaye de me tourner vers le médiéval et le traditionnel, qui sont des genres beaucoup plus vastes que l’on croit au premier abord. Par ailleurs je couds aussi à la main, je suis fascinée par la manière dont on fabriquait les vêtements, les objets, les bâtiments… avant l’apparition de toutes nos machines actuelles, ça nous paraît presque impossible aujourd’hui, c’est tout un savoir-faire qui s’est perdu.

Rémy : C’est amusant parce que depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé les Pyrénées alors que je n’y suis allé que deux fois. Et cette sensation de bonheur que j’ai ressentie les deux fois où j’y étais allé m’est revenue de plein fouet quand j’ai revu ces montagnes magnifiques. Ça m’a évoqué des souvenirs confus mais très doux, puis il y a eu le festival, et maintenant les Pyrénées sont indissociables de L’Homme sauvage, à mes yeux. Et non, ça n’a rien d’anecdotique. Les montagnes parlent tellement aux festivaliers… C’est un peu dur à décrire, mais l’ambiance générale de L’Homme sauvage permet de se sentir vraiment relié à la nature et aux Pyrénées, à leur histoire et leurs souvenirs.

Sylvaïn : Qu’attendez-vous d’un festival en dehors du fait de voir plein de groupes pour pas cher en compagnie de plein de gens qui ont sensiblement les mêmes goûts que vous ?

Robin : Je me déplace principalement pour la musique. Cela dit, faire un festival en pleine ville, dans la chaleur et la transpiration humaine me branche de moins en moins. Je veux pouvoir flâner, m’emplir du lieu, comprendre l’esprit du truc et des gens qui l’ont créé…

Rémy : Rien. Pour moi le minimum qu’un festival doit proposer c’est : de la bonne musique, de la bonne nourriture et de la bonne compagnie. Le reste ce n’est que du plus. Par contre L’Homme Sauvage transcende tous ces aspects et ajoute, justement, tellement plus. J’avais de grosses attentes concernant ce festival ; et en plus de les combler, il les a devancées.

Stefan : Justement, en général, je n’attends pas grand chose d’un festival, à part la possibilité de voir des groupes qui, malheureusement, maintenant, ne tournent plus que dans ce genre d’événement. Là, au contraire, j’espère retrouver une forme de communion entre le lieu, les artistes et le public. Une forme de réel, de vérité, qui devient de plus en plus difficile à atteindre.

Robin : Stefan, est-il difficile de trouver son public ? J’ai l’impression que les gens ne sortent plus dans les concerts…

Stefan : Ecoute Robin, cela fait longtemps que j’entends parler de cette désaffection, mais je n’ai jamais été confronté à ce problème. Je pense que quiconque propose une œuvre sincère attirera toujours du monde. Le problème serait peut-être de définir de quoi cette sincérité retourne. L’époque est à l’uniformisation et à la consommation de masse, et en ce qui concerne les gros festivals, j’ai l’impression que l’événement est plus important que les groupes qui y jouent et que le public se réfugie sur l’événement en question, la substance plutôt que l’essence. Venant d’une époque où les choses ne se passaient pas de cette manière, tout ceci me parait complètement fou.

Coline : Je vais aux festivals surtout pour la musique, voir des groupes que je connais mais aussi en découvrir d’autres que je n’aurais jamais vus sinon. J’apprécie aussi quand il y a une cohérence entre les groupes, le lieu et l’image que le festival véhicule, je n’aime pas trop les gros événements comme Les Vieilles Charrues par exemple où on entend énormément de groupes qui n’ont rien à voir entre eux et où il n’y a pas d’idée globale du festival.

Sylvaïn : Qu’est-ce qui vous a ému(e) lors de la première édition du festival, si vous y étiez ?

Rémy : Beaucoup de choses, mais si je devais me montrer précis je pense que ce sont les concerts (et les interviews) de Neonymus et Common Eider/King Eider qui ont été particulièrement émouvants. Ça a été des moments très bouleversants, très intimes, principalement parce que ces artistes ont choisi de faire se rapprocher le public de la scène. C’était des instants de grâce et d’émotion intenses. La découverte du festival, du lieu, a aussi été puissante. Et le départ déchirant.

Robin : Pour moi qui viens de Marseille, la route fut longue, mais les derniers kilomètres étaient déjà un émerveillement, je vais souvent dans la nature et j’y prends toujours le même plaisir. Donc le cadre a beaucoup joué. Mais pour moi le grand moment d’émotion a été le concert de Neonymus. Le concert et le concept étaient déjà très forts mais la cérémonie du feu qui a eu lieu en même temps m’a bouleversé. J’ai beaucoup aussi aimé le fait qu’organisation, bénévoles, groupes et public vivaient la même expérience : les barrières étaient très fines entre nous tous et je pense que tout le monde a ressenti l’expérience avec la même force.

Coline : J’ai un très bon souvenir de la cérémonie du feu ! Tout d’un coup le festival s’est comme mis sur pause et tout le monde est allé se regrouper autour du brandon on était tous fascinés par le feu c’était un grand moment de cohésion. J’ai aussi été très émue par Neonymus : il était très communicatif avec le public et on était tous assis dans l’herbe devant lui à l’écouter comme s’il nous délivrait une grande leçon.

Rémy : Oui Coline, je crois que nous sommes très nombreux à avoir ressenti cet aspect « didactique », leçon de sagesse, pendant ce concert.

Sylvaïn : Le contact avec la terre, les arbres, leurs feuilles, le vent, la pluie, la paille, les jeux de lumières dans les feuillages, l’horizon découpé des montagnes, les prairies : est-ce que ça joue sur votre état d’esprit et sur la façon dont vous recevez la musique ?

Robin : Totalement ! Il n’y a pas de meilleur endroit pour recevoir la musique non ? L’été dernier je suis allé en Norvège… un après-midi je suis parti dans les bois, il s’est mis à pleuvoir et je me suis abrité sous une barre rocheuse et j’ai écouté plusieurs albums d’Enslaved d’affilée ! Musique et nature, que peut-on demander de plus ? On fait le vide, on se recentre, l’odeur de la terre et des arbres devient omniprésente. A la base c’est quelque chose d’intime. On retrouve ça à L’Homme sauvage, mais on le partage.

Rémy : Bien sûr ! Je déteste cette expression mais il y a une réelle « communion avec la nature » là-bas.

Sylvaïn : Pourquoi la détestes-tu ?

Rémy : Je déteste cette expression parce qu’elle m’évoque irrésistiblement l’image de hippies ou de teuffeurs qui pensent qu’il suffit de s’asseoir dans un parc en centre-ville et fumer un joint pour être relié à la Nature, à la Source. En fait, je crois que j’ai très peur que ce festival se retrouve envahi par des gens qui ne le comprennent pas. Je serai très triste si cette année je voyais de ces marginaux qui hantent tous les festivals un peu “nature” en t’assénant des discours tout faits sur le retour aux racines. Ces gens ont une conception trop différente (faussée, selon moi) de ce qu’est l’énergie de la Nature, je ne pense pas qu’ils soient fait pour L’Homme Sauvage.

Sylvaïn : C’est une peur que j’ai aussi…

Rémy : Si je reviens à ta question et à la façon dont j’ai reçu la musique, on sent dans son ventre, son cœur et son âme toute l’énergie de la musique et des artistes qui la jouent qui se mêle à celle du lieu. Et même, sur un aspect plus bassement matériel, c’est fantastique de prendre un repas entre deux concerts avec tout autour de soi la verdure, les montagnes, le ciel changeant. Ça ajoute au côté « sauvage ».

Robin : Rémy, as-tu vu les photos des lieux de la nouvelle édition ? Qu’attends-tu de plus pour cette année ?

Rémy : Oui, je les ai vus. C’est amusant parce que ça m’a rapidement fait penser aux steppes mongoles et je viens de voir que Auzas était jumelé avec une ville de Mongolie. En tous cas c’est certain que l’ambiance sera différente, c’est un “nouvel” Homme sauvage qui sera présent cette année. Je ne saurais pas trop dire ce que j’attends de plus, j’attends de voir, je sais que ce sera bien !

Stefan : Le cadre est évidemment d’une grande importance ; chaque cérémonie, Messe, rituel… dispose d’un environnement en lien avec la symbolique qu’elle représente. C’est peut-être ce qui participe à faire de cet événement quelque chose d’unique. Il devient très rare de trouver une cérémonie où la symbolique est complète, qui plus est une symbolique en adéquation avec ma nature.

Coline : Oui totalement, j’ai vu Stille Volk en concert depuis dans une salle de spectacle classique et ça a été une expérience tout à fait différente. En écoutant la musique à L’Homme sauvage, on peut regarder tout autour de soi et se laisser emporter. On reste des heures sous la pluie et dans le froid, quitte à attraper une pneumonie mais on n’y fait pas attention parce qu’on veut rester pour écouter la musique.

Rémy : Effectivement, tu as raison, Coline, je n’ai pas vu beaucoup de gens fuir les lieux du festival malgré le temps. La qualité des concerts suffisait à faire rester les festivaliers.

Coline : C’est totalement différent d’une salle de concert où tout le monde veut être le plus près de la scène possible, on est oppressés il fait trop chaud et on se marche sur les pieds… En extérieur, on est vraiment seul avec la musique.

Sylvaïn : Des cérémonies du feu, des lanternes et autres bûchers-feu collectifs, ça entretient la flamme ?

Robin : Le feu réchauffe le corps, ce qui est déjà beaucoup ! Mais il hypnotise, il fait réfléchir, il galvanise, il rassure. C’est un élément central de L’Homme sauvage. On se retrouve autour, ça crée du lien… Il nous recentre sur notre être profond tout en nous socialisant.

Coline : J’ai passé beaucoup de temps près des braseros, déjà parce que j’avais froid, mais aussi parce que c’était vraiment des endroits où on pouvait rencontrer des gens et leur parler, on voyait aussi les concerts de loin et on entendait la musique, c’était une autre expérience que d’être devant la scène… c’est très convivial et ça avait un côté réconfortant. La cérémonie par contre était plutôt fascinante et impressionnante, on prenait part à un rituel : ça rend ce festival vraiment unique.

Rémy : Pour être franc je n’ai pas tellement pu en profiter, je courais dans tous les sens et me suis assez peu posé au final. Mais les rares instants que j’ai passés près des braseros étaient très doux et réconfortants. Il suffisait d’un coup d’œil pour comprendre que c’était des endroits de rencontres et d’échanges, même quand ce n’était que quelques mots. “D’où tu viens ? T’as aimé tel concert ?”…

Stefan : Le feu n’est qu’un des quatre éléments issus de l’Ether ; dans ce lieu, le Feu s’unira à l’Air, à l’Eau et à la Terre afin de retrouver l’équilibre primordial. Symboliquement, cela prendra sens. Le Feu, pris individuellement, représente à la fois la Lumière et la Chaleur, le souffle et le sang. C’est un des éléments dominant dans Au Champ Des Morts.

Sylvaïn : Parmi vous, deux sont photographes, un fait officiellement de la musique. En quoi votre propre pratique artistique est-elle enrichie par ce festival ? Qu’est-ce qu’il remue en vous de fondamental ?

Robin : Dans un premier temps je dirais que sur place on est sur un vrai terrain de jeux : la nature, la lumière, les constructions en bois, la déco, la gueule des gens, la pluie, les groupes… on a envie de tout prendre, d’en ramener des putains d’images ! J’ai d’ailleurs fait un mini-clip avec mon ami Nienn en stop motion… Dans un second temps, il galvanise, c’est le genre d’expérience qui donne envie d’en faire plus. Je me partage entre le travail dit “alimentaire” qui me nourrit physiquement et une pratique plus artistique qui nourrit mon âme. Après L’Homme sauvage, je n’ai plus envie que de faire de l’artistique, sans compromis ! J’ai une rage bienfaitrice qui reste en moi des semaines ! Bien sûr, ce n’est pas le seul événement qui me fait ça mais il en fait maintenant partie.

Rémy : Il ouvre la porte à tellement d’idées… Personnellement je ne fais pas de musique et n’ai pas de pratique artistique « sérieuse », mais l’un de mes amis, musicien, a été bouleversé par L’Homme Sauvage et n’a de cesse de s’améliorer depuis dans l’espoir de pouvoir y jouer un jour.

Stefan : Il y a quelque chose de vital dans notre participation. Au stade où j’en suis de mon initiation, et où en est la dissolution du monde, ça devient une question de survie de pouvoir retrouver un peu de sens et de déchirer le voile du mensonge de la vie ordinaire. Comme évoqué précédemment, nous recherchons une forme de communion. Nous concevons notre musique comme une extension de nous-mêmes, une forme de transcendance. Participer à cet événement entre parfaitement dans cette quête.

Sylvaïn : D’après vous, comment L’Homme sauvage réussit-il à être autre chose qu’un festival ordinaire (programmation, lieu, public, ambiance, iconographie, idéologie) ? les organisateurs, eux, parlent de cérémonie…

Robin : L’Homme sauvage ne ressemble à rien d’autre. Bien sûr, il y a ce qui est palpable : ce n’est pas la croix et la bannière pour voir les groupes, on s’y sent libre, les groupes sont tous intéressants et différents, l’organisation et les bénévoles sont au top, on mange et boit sans s’empoisonner avec de l’industriel, on y rencontre des gens entiers et qu’il est difficile de mettre dans une « caste culturelle ». Mais pour moi le plus important est ce qui impalpable, cette sensation d’avoir vécu un séjour magique, hors du temps. Yan et les autres ont raison de ne pas utiliser le mot festival, il est bien trop réducteur et ne correspond pas à ce qui se passe là-bas.

Rémy : Cérémonie, oui… C’est clairement le terme. Ce n’est pas un festival ordinaire parce qu’il y a quelque chose de plus que la musique qui unit les gens. Il y a une sorte d’idéologie commune et pourtant beaucoup de gens très différents par tellement d’aspects. C’est comme si on avait répondu à un appel lancé par-delà nos conceptions individuelles de la vie, un appel primal que nous connaissions tous depuis très longtemps. Je ne pouvais pas ne pas aller à cet événement, à ce rituel, et je ne me vois pas en manquer une seule édition à partir de maintenant. Bien sûr, la programmation unique, variée et riche, le fait que tout soit fait avec passion et amour par des gens qui savent ce qu’ils font et où ils vont, que chaque recoin du festival dissimule un secret (comme cette télé un peu « cachée » qui diffusait un film étonnant), que l’équipe soit incroyablement présente et attentionnée (une pensée reconnaissante aux dames qui ont nourri les hordes boueuses de festivaliers avec des plats délicieux), que le lieu soit magique, qu’aucun incident (à ma connaissance [NDLR : Non, non : aucun]) ne soit venu perturber le séjour et qu’il y ait un respect de l’autre et de la nature très marqué… tout ça suffit largement à classer L’Homme sauvage parmi l’un des festivals les plus particuliers, uniques et merveilleux qui soient… Mais ce qui fait qu’il dépasse même le simple statut de « festival » c’est cette aura, cet arc électrique qui traverse tout le monde, cet Appel.

Coline : Je n’ai jamais assisté à un événement semblable, c’est à la fois un festival où on va voir des concerts et où on passe un bon moment entre amis mais c’est bien plus que ça : le lieu est magnifique et superbement aménagé – la scène en bois, les banderoles écrites en un genre d’alphabet runique, les rituels, les gens qui viennent déguisés – tout cela nous plonge vraiment hors du temps et dans un espace totalement nouveau, magique. Le terme de cérémonie est assez bien choisi, on va à ce festival comme on irait à n’importe quel autre, mais une fois là bas c’est une expérience totalement nouvelle au cœur de la nature.

Stefan : Nous serons juste au début de l’automne, l’Equinoxe aura été franchie, ce moment où le soleil se couche exactement à l’Ouest. Cela symbolise la fin du cycle, se terminant par le Solstice d’hiver, annonçant le renouveau via le Sol Invictus, la Lumière triomphant des Ténèbres. Il n’y a pas de moment dans l’année plus représentatif de la période dans laquelle nous vivons, les ténèbres devenant de plus en présentes, les jours sombres étant à venir, accompagnés de cette peur ancestrale que plus jamais la Lumière ne vienne nous illuminer.

Nous pensons donc que ce choix n’a rien d’anodin, et en cela, le terme « cérémonie » semble des plus appropriés.

Photo de Robin par Myss Terre

Photo du site par Yan

Pochette Au Champ Des Morts par Dehn Sora

Photo presse ACDM fournie par le groupe

Festival de L’Homme sauvage à Auzas, Haute-Garonne (31) les 28 et 29 septembre 2018

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