Eternal Flight : Gérard Fois à propos de D.R.E.A.M.S

27 Fév 12 Eternal Flight : Gérard Fois à propos de D.R.E.A.M.S

Troisième album du groupe hexagonal Eternal Flight, D.R.E.A.M.S dévoile ses charmes, à mi chemin entre metal mélodique puissant et heavy prog,  en grande partie grâce à son géniteur et chanteur Gérard Fois qui a bien voulu répondre à quelques questions pour Obsküre.

Obsküre: Depuis 2007, Eternal Flight a connu beaucoup de changements au niveau de son line-up. Peux-tu nous expliquer cette désertion et surtout nous présenter les nouveaux membres ?
Gérard Fois : En fait, cela s’est produit l’été 2009 et non en 2007. En 2008, nous avions décidé de faire de notre troisième album un concept et de frapper un grand coup. Cependant, et malgré les prétentions affichées, ce line-up ne se réunissait plus qu’une fois tous les deux mois et j’ai trouvé cela déplacé à l’égard des ambitions pour l’album. Il s’est avéré que les membres ne voulaient, ne pouvaient pas s’investir plus en temps alors j’ai un peu poussé leur décision pour quitter le groupe car la situation devenait pesante.
J’ai alors décidé de composer l’album seul en faisant rapidement des démos que j’ai envoyé à Ricardo Confessori pour qu’il travaille ses parties batterie. Ensuite j’ai intégré Julien Bouvier pour qu’il enregistre les parties de guitare et sont venus ensuite Julien Racine à la batterie, Adrien Zoni à la basse et en 2011, Chris Gojon à la guitare. Nous utilisons désormais des séquences pour les parties de claviers. Récemment, Julien a dû quitter le groupe pour raisons familiales et professionnelles et c’est Christophe Offredi,  notre ancien guitariste qui est revenu. Cette fois tout va bien et on s’amuse !

L’orientation musicale est également différente, plus riche que jamais. D’où te vient cette belle inspiration puisque, si je ne me trompe , textes et mélodies sont ton œuvre ?
Et bien, je pense que cette belle inspiration, merci de la description au passage, vient en partie du fait de cette frustration évoquée précédemment. Je rongeais mon frein depuis deux ans, j’avais accumulé pas mal d’idées mais j’ai aussi été pris d’une sorte de frénésie créatrice comme j’en ai rarement connu ! Les idées se sont enchaînées de manière fluide et rapide et c’est vrai que quand tu t’occupes seul de l’écriture de la musique et des textes, tu ne perds pas ton temps à faire des compromis, à devoir adapter les idées aux desiderata des uns et des autres. Là, pas de conflits ou de discussions interminables, la musique devenant peut-être plus cohérente. J’écoute aussi d’autres styles de musique et parfois je fonds ces influences dans notre style ce qui enrichit le tout, sans non plus faire dévier ou dénaturer notre metal. J’ai aussi veillé à ce que la musique serve le concept et vice-versa.

Comment définirais-tu le style actuel d’Eternal Flight ? Ou plutôt quel style es-tu fier de revendiquer ?
Je pense qu’on peut dire qu’en général le groupe évolue dans un power metal mélodique emprunt de sonorités et d’arrangement progressifs, sans tomber dans la démonstration.

A l’inverse, vers quel style ne te verra-t-on jamais évoluer ?
Le neo, le hardcore, le black mtal. Je respecte ces styles et leurs publics mais ce sont des musiques que j’aurais du mal à incorporer dans EF je pense.

Tu t’es également collé à la tâche de la production et du mixage, pour un résultat, ma foi fort sympathique. Pourquoi ce choix ?
Eh bien les albums précédents avaient déjà été produits par mes soins mais à l’époque, j’utilisais du matériel mobile alors que depuis 2009 j’ai construit un vrai petit studio qui me permet de réaliser plus facilement mes idées et mes productions ainsi que celles d’autres groupes. En fait, j’aime la musique au sens large du terme et la production fait partie de ce processus de création. Au même titre qu’une idée musicale j’aime penser que l’on sculpte le son de manière créative et enrichissante quand on le produit soi même. C’est aussi la sûreté de ne pas voir son style dénaturé par un producteur ayant des idées différentes.

N’est- ce pas difficile d’avoir du recul face à ses propres compositions ?
Non, dans le sens ou lorsque tu crées tu exprimes tes désirs, tes sentiments, ton inspiration et même si le résultat ne plait pas à tout le monde, tu dois rester intègre et satisfaire tes envies. Sinon ce n’est plus vraiment de l’art. Après, il est vrai que parfois on peut douter de son mixage car comme on connaît tous les accords, les voix, les morceaux, ses arrangements on n’a pas toujours un recul nécessaire pour savoir si tel ou tel élément ou fréquence ressort comme il faut. C’est pour ça que je fais aussi écouter cela à des amis proches avant de finaliser.

Quel matériel utilises-tu ?
En gros Mac, Logic pro, Musikonnekt 48 de TC Electronic, des micros Shure, Sennheiser, Prodipe, des tranches de console préamplis-compresseurs Mindprint, Joemeek, une console numérique Roland  et des casques Beyerdynamic.

Quels sont selon toi les qualités d’une bonne production ou d’un bon studio, souvent parent pauvre de la scène metal française ?
Tout est relatif et subjectif. J’aime les productions avec un signal clair et puissant, organique mais j’ai parfois du mal quand tout est triggé, remplacé, quantifié, ré ampé (rire)… Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir du matériel haut de gamme pour obtenir un très bon son mais il faut aussi prendre du temps pour la prise de son et avoir un ingénieur du son à l’écoute du groupe, et sachant aussi faire bénéficier de son expérience quand il faut recadrer le son ou le jeu.

Pour cet album, tu as des invités de marque : Mark McGee (Vicious Rumors), Ricardo Confessori (Angra), Chris Caffery (ex-Savatage) ou Rob Love Magnusson (Dinazty). Vraies rencontres ou rencontres via studio interposés ? Peux-tu nous en dire davantage sur ces collaborations ?
J’avais contacté Ricardo en 2009 pour un projet annexe mais quand le split est survenu en 2009 je lui ai proposé de jouer sur l’album car je voulais avancer rapidement et je pensais qu’il pouvait apporter une certaine dimension aux titres. Je lui ai envoyé des prémixes au fil des mois pour qu’il puisse travailler les titres et il devait venir enregistrer dans mon studio après la tournée européenne d’Angra fin 2009. Celle-ci a été annulée et nous avons décidé qu’il enregistrerait au Brésil, à notre grand dépit. Mais financièrement c’était la solution la plus viable aux vues du prix des billets d’avion ! J’avais enregistré des démos avec Rob pour un projet annexe plus dans un style hard rock à la Whitesnake mais par manque de temps, nous n’avons pu concrétiser cela avec un album et comme je trouve que c’est un guitariste formidable, je lui ai proposé de jouer sur deux titres dans un registre plus heavy que celui de son groupe Dinasty. Je suis fan de Mark et j’ai toujours pensé qu’il n’était pas reconnu à sa juste valeur. Je l’ai contacté par Internet, tout comme Chris. Ils ont enregistré dans leur pays respectifs et m’ont envoyé les fichiers que j’ai ensuite édités et mixés. Bien sûr, nous aurions tous préféré être réunis en studio mais la note aurait été salée et je ne suis pas millionnaire… loin de là !

Qu’ont-ils selon toi apporté à tes compositions ?
Ricardo a apporté un jeu groovy aux influences parfois sud-américaines mais sans dénaturer notre style et les morceaux, il a changé certaines parties de batteries notamment sur « Release… » « Fantasea » « The Tower » et Nightmare King », sans oublier «  Black Sun » qui m’a donné envie de rallonger le morceau ! Mark a eu l’idée de la guitare slide sur l’intro de « The Meeting » et a vraiment posé sa marque et sa classe sur les deux morceaux auxquels il a participé et il m’a d’ailleurs affirmé que cela faisait partie de ses meilleurs enregistrements ! J’avais demandé à Chris de rendre hommage dans son solo à Criss Oliva son frère d’arme au sein de Savatage décédé il y a près de vingt ans déjà ! L’outro de « Goodbye » fait donc très Savatage comme une bonne partie du morceau d’ailleurs ! Pour Rob, je lui ai simplement demandé de botter les culs comme à son habitude, ses solos sont remarquables ! En général le jeu des invités confère une variété d’interprétation qui apporte de la richesse à l’ensemble.

DREAMS est basé sur un jeu de mot porteur d’un concept, peux-tu nous le décrire brièvement ?
Chaque lettre se rapporte au titre complet de l’album qui est « Diminished Reality, Elegies And MysterieS ». Le concept tourne autour des rêves de personnes dont le point commun est le Morphoenix, notre mascotte : être mi phoenix, mi humain capable de les visiter dans leurs rêves, de les relater ou d’y participer. Il y a sur l’album des thèmes plus sombres que par le passé où métaphysique et romantisme peuvent aussi se côtoyer.

Vous avez déjà joué quelques dates afin de promouvoir l’album. Quelles ont été les réactions du public face aux nouveaux morceaux ?
Les gens accrochent très bien à ces morceaux ! Les titres directs permettent de s’éclater et les plus longs ou épiques permettent au public de profiter d’ambiances différentes et d’apprécier le talent des musiciens d’Eternal Flight.

Les groupes français semblent très productifs ces dernières années et la qualité est grandissante, quels sont tes groupes hexagonaux favoris ?
Je suis content de voir que la scène se développe quantitativement et surtout qualitativement. Cependant j’avoue n’être pas le mieux placé pour juger les autres !

Un petit mot sur la reprise de Dio, pourquoi « Night People » ?
Elle se plaçait très bien dans le concept de l’album par son thème et puis je voulais rendre hommage à Ronnie James. Le gimmick marrant de cette chanson est dans le texte ou Dio scande plusieurs fois « Hey Dream Child » qui est le nom de mon ancien groupe ! Ce titre a aussi permis au nouveau line-up de s’exprimer, d’autant que nous avons personnalisé certains arrangements… mais sans dénaturer le morceau.

Tu évolues également au sein d’un groupe de reprises de Led Zeppelin. Est-ce que cela te permet de vivre de ta passion ?
Oui, en grosse partie. Je fais aussi partie d’autres groupes de reprises rock mais je considère Vonzepp comme un véritable hommage, un tribute et pas un groupe de reprises. Cela nous a permis de faire de grosses scènes, des chouettes plateaux et cela va aller encore mieux car nous investissons tous pour propulser le groupe encore plus haut.

Participer à Vonzepp, te permet peut être également de faire un travail d’exploration vocale. Je trouve d’ailleurs que ta voix a mûri sur ce nouvel opus…?
Oui c’est un honneur et un réel plaisir car depuis tout jeune j’admire Led Zeppelin et Robert Plant. Cela me permet de chanter de manière plus rock, plus bluesy mais il y a des points communs avec Eternal Flight car le travail vocal de Plant est aussi axé sur un chant aérien et aigu ! J’ai essayé pour ce nouvel album de varier encore plus ma voix et de bien coller aux textes ; et le fait d’avoir composé la musique entièrement m’a permis de savoir ce qu’il fallait pour ma voix, ce qui rend le tout plus mature peut-être.

Pour finir quels sont tes projets à venir : tournée, vidéo, festivals ?
Des concerts, effectivement un projet de vidéo pour le printemps, pas mal de promo encore et d’interviews et bien sûr plus tard un quatrième album !

(Photo : Laurent Barrilliot)

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