Esplendor Geométrico – Interview bonus Obsküre Magazine #10

22 Juil 12 Esplendor Geométrico – Interview bonus Obsküre Magazine #10

Retour sur la carrière du groupe industriel le plus influent de la scène espagnole, à l’occasion de l’édition 1980-81 Prehistoric Sounds : Necrosis en la poya & more, qui regroupe les tout premiers enregistrements du groupe, dont certains inédits.

ObsküreMag : Depuis vos débuts, l’élément analogique reste-t-il important dans votre musique?
Arturo Lanz : Bien sûr, nous aimons le son des vieux synthétiseurs analogiques, des vieilles boîtes à rythmes, etc., mais le numérique nous intéresse tout autant. Pour être honnête, aujourd’hui nous utilisons principalement du digital. C’est curieux : même si le temps a passé depuis la création d’Esplendor Geométrico, et bien que l’on ait changé souvent d’instrumentation, on peut reconnaître le même « son » instantanément.

Dans les enregistrements de la toute première période qui ressortent, on retrouve « Moscú está helado » qui est devenu une sorte de tube underground.
Cette chanson fut composée par Juan Carlos Sastre et Gabriel Riaza, très influencée par la pop. Je ne reconnais pas cette chanson comme appartenant à l’œuvre d’EG.

Après les premiers enregistrements, très marqués par Throbbing Gristle, vous décidez de laisser tomber le chant et les hurlements.
Nous nous sommes rendus compte que nous n’avions rien à dire, aucun message à faire passer.

Le retour du chant ne se fera qu’avec Mekano Turbo. Les paroles étaient, quant à elles, délibérément provocatrices, touchant à des sujets violents : la mort, la torture, la pédophilie… Généralement, l’inspiration pour les paroles venait d’où ?
De la presse à scandale, en grande partie.

Depuis El acero del partido, les rythmes sont devenus l’axe central de votre musique, toujours mécaniques et hypnotiques. Est-ce que cela venait du fascination pour les usines et les relations entre l’homme et la machine comme chez Vivenza, ou est-ce que vous étiez plus intéressés par l’idée de transe et de physicalité ?
Je préfère la seconde hypothèse : nous cherchions à créer une musique de transe, peut-être aujourd’hui encore plus qu’hier.

Les pochettes représentent souvent des hommes tout petits face à des machines démesurément grandes. En tant que musiciens, contrôlez-vous tout le temps les machines avec lesquelles vous travaillez ou sentez-vous parfois qu’elles vous contrôlent?
Les deux, parfois nous les contrôlons et parfois c’est l’inverse qui se produit : le hasard joue un rôle très important dans notre musique. L’équipement électronique a cette capacité de nous offrir d’intéressantes « surprises ».

Vous commencez toujours par les rythmes? Ils proviennent généralement de samples, de prises de son ou de sons préenregistrés sur des boîtes à rythmes ?
On commence toujours par les rythmes. Au départ, nous utilisions une boîte à rythmes que nous avions construite nous mêmes à partir d’un vieux synthétiseur. Plus tard, nous avons acheté une vraie boîte à rythmes. Plus récemment, nous avons composé les rythmes avec le synthé Ultrabeat puis nous les transformons en utilisant diverses techniques.

En 1985, vous avez créé votre propre label. Il était important de garder un contrôle artistique total ?
C’est notre ami et manager Andres Noarbe qui a eu cette merveilleuse idée, et ce fut et cela reste très important d’avoir quelqu’un pour nous aider dans ce domaine.

Quelle ambiance se dégageait de vos premiers concerts ?
Quand nous avons commencé, la réaction du public était de rentrer chez eux. Maintenant, les gens dansent…

Avec Sheikh Aljama, vous avez commencé à introduire des éléments orientaux dans la musique, ce que vous avez ensuite continué à développer notamment sur Compuesto de hierro et ses emprunts à la culture chinoise.
Nous avons inclus ces fragments et ces voix pour des questions d’esthétique, rien de plus.

Depuis le début des années quatre-vingt-dix, EG n’est plus devenu qu’un duo avec Saverio Evangelista. Est-ce que cela a changé beaucoup de choses ?
Ce qui a changé notre manière de travailler, plus que tout, c’est que depuis de nombreuses années nous vivons à des kilomètres l’un de l’autre et, comme tu peux l’imaginer, cela n’est pas toujours facile.

En 1998, des groupes comme Chris & Cosey, Coil, Muslimgauze, Sonar vous ont rendu hommage. Ce sont avant tout des amis ?
Nous en connaissons certains personnellement car nous avons joué dans les mêmes festivals. Nous avons beaucoup de respect pour la plupart de leurs travaux.

Le titre de l’album Pulsion est assez représentatif de l’aspect organique et physique que peut révéler votre musique, notamment sur scène.
La scène c’est très différent car tu peux mieux entendre la musique et dans de bonnes conditions. Chez toi, ce serait impossible de ressentir cette envie de se laisser complètement aller…

La couverture de Desarrollos geometricos semble faire écho à Mekano Turbo. Y a-t-il un lien entre ces deux albums ?
Je ne pense pas. Il faudrait que tu demandes à Andres Noarbe et Juan Carlos Sastre car ce sont eux qui sont responsables des choix de designs.

Est-ce que ce contraste entre des images très cliniques, scientifiques et une musique plus charnelle et sale fait partie d’une stratégie délibérée ?
Non, il n’y a pas de stratégie. Pour nous, l’image importe peu.

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