Eryn Non Dae. – Interview bonus Obsküre Magazine #11

11 Sep 12 Eryn Non Dae. – Interview bonus Obsküre Magazine #11

Suite du terrifiant Hydra Lernaïa, Meliora est la dernière chaostrophy des Toulousains d’Eryn Non Dae. : un dernier opus sentant le souffre, le bruit et la passion. En complément de l’entrevue parue dans dans Obsküre Magazine #11 (septembre/octobre 2012, en kiosques depuis samedi 8 septembre), www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec Mickael André, un des deux responsables de cette section rythmique assassine et Mathieu Nogues, vocaliste énervé et exalté.  

Obsküre Magazine : Avant toute chose, pourquoi avez-vous modifié votre patronyme, ce glissement d’END. vers Eryn Non Dae., avant la sortie d’hydra lernaïa ? Que signifie ce point final accolé à votre nom ? 
Mickael André : Ce changement était nécessaire du fait du nombre important de formations musicales utilisant le mot « end ». Notre ancien label nous l’a recommandé alors que l’artwork d’Hydra Lernaïa était finalisé et la prévision de sortie approchait. Personne n’a ri de cette situation. Quant à ce point indissociable de notre nom, il peut signifier la finalité mais dans le sens de l’accomplissement, de la plénitude et non comme une fin.

Vous avez exprimé dans diverses interviews certains regrets concernant le son d’hydra lernaïa. Quels ont été les changements entrepris à ce niveau et êtes-vous cette fois-ci satisfait par le ciselage sonore ?
Nous avions très tôt envie de plus d’air dans la batterie, nous voulions éviter ces sons trop traités. La richesse des parties de batterie nécessite de la précision, mais aussi de laisser les ambiances s’exprimer. Nous voulions donc une production un peu moins « claustrophobique » que sur Hydra Lernaïa, le principal souci d’amélioration venait de là : renforcer l’exposition des nombreux passages plus aérés de Meliora. Nous avons aussi accepté le fait que le groupe sonne à la base très dense et magmatique et je pense que ce sera présent encore longtemps dans notre son. Au final, je pense que nous sommes assez proches de ce que nous avions en tête pour cet album.

Votre nouvel album me semble plus orienté postcore, plus ambiancé tout en étant aussi torturé qu’hydra lernaïa. Le mal prend le dessus sur la folie furieuse d’antan, le rythme est moins rapide, la violence plus sourde. L’évolution est considérable, et à mon humble avis, salutaire. Cette mutation correspond-elle à une envie déterminée par avance, consciente ?
Dans la mesure où les morceaux sont construits sur de longues périodes, on ne peut pas vraiment parler de mutation déterminée. Mais il est sûr que certains aspects déjà présents sur hydra lernaïa ou même sur The never-ending Whirl of Confusion (N.D.L.R. : le premier EP, paru sous le nom END) ne demandaient qu’à être travaillés : c’est le cas des ambiances que nous développons sur la durée au gré du travail de composition. Nous avions aussi envie d’efficacité sans pour autant sacrifier l’aspect progressif.

Comment s’est déroulée la période studio en compagnie de Mobo ? Quelles ont été les étapes ?
Eh bien, cette période a déjà été repoussée de six mois puisque nous n’étions pas pleinement satisfaits des dernière prises, donc nous avons tenté de faire avec l’emploi du temps de Mobo… qui devient ministériel ! Nous tenions tellement à lui, pour son professionnalisme et sa personnalité, que nous nous sommes adaptés et avons attendu… les souvenirs toujours agréables des enregistrements lui doivent beaucoup ! Nous avons enregistré la batterie dans un surprenant studio situé à quelques rues de chez moi dont nous ne soupçonnions pas l’existence, un endroit très bien équipé avec de beaux volumes pour avoir ce son de batterie très aéré dont nous avions envie. Nous avons profité de l’avance prise sur la batterie pour enregistrer quelques guitares qui nécessitaient des reverbations naturelles et même quelques expérimentations qui ne figurent pas sur l’album. Puis nous avons migré chez Yann pour tout le reste, cette étape était assez intense au niveau boulot, nous ne pouvions pas nous permettre de prendre du retard par rapport au planning de Mobo, donc ce fut rondement mené. Pour les anecdotes, je me rappelle que Mobo, en grand consommateur de thé, a renversé un mug entier sur le PC destiné aux prises, ce qui en plus de la frayeur d’avoir perdu un PC, nous a valu une journée de off pour gérer le tout… sortir le sèche-cheveux et croiser les doigts ! Ça n’a pas été un moment très serein dans mon souvenir (rire) ! Il y a aussi cette prise d’une vingtaine de minutes durant laquelle nous étions tous dans la grande pièce, autour de la batterie. Nous nous sommes servis des différents éléments comme caisse de résonance pour des guitares jouées à l’EBow (N.D.L.R. : appareil électronique qui émet un champ électromagnétique provoquant le mouvement des cordes), pendant qu’un autre jouait les cymbales à l’archet. Ce sont toujours les moments les plus fun en studio… peut être que ces prises figureront un jour quelque part.

Quelles sont vos sources d’inspiration (littéraire, cinématographique, philosophique, etc.) sur lesquelles vous vous appuyez pour écrire vos textes ?
Mathieu Nogues : Avant de répondre, je tiens à te remercier de cette question car je crois que c’est bien la première fois qu’on me la pose… et à vrai dire, j’ai toujours été frustré que personne ne l’ait fait auparavant (rire) ! Mes inspirations sont assez vastes culturellement parlant. Ma méthode d’écriture est un peu particulière car je dois avouer que je suis incapable d’écrire un texte de but-en-blanc. Je salue d’ailleurs ceux qui arrivent à le faire. Personnellement, j’aime maturer mes phrases jusqu’à ce qu’elles reflètent le morceau, qu’elles soient un concentré du thème abordé. De ce fait, mon processus d’écriture d’un texte est plutôt long. J’emmagasine énormément de choses en puisant influences et références dans tous les domaines. Pour Meliora, j’ai cherché tout ce qui se ralliait au thème de la métamorphose. Et ce qui est intéressant de souligner, c’est que lorsque tu es concentré, focalisé sur une certaine idée, une certaine démarche, les connexions se font de façon naturelle. J’ai découvert Olivier de Sagazan, artiste-performer que vous connaissez sûrement très bien chez Obsküre et je suis allé le voir à Bordeaux pour sa Transfiguration. Je me suis intéressé à l’I-Ching – The Book of Changes ainsi qu’à la discipline de l’alchimie et ses diverses théories. Niveau cinéma, Darren Aronofsky, mon réalisateur favori, m’a bluffé avec Black Swan. Et puis je reste un fan inconditionnel de mythologie : j’y ai donc encore puisé des références, notamment le mythe du Phénix. Pour finir, et sur un plan bien plus personnel, j’ai un problème de peau, je fais énormément d’eczéma et cela a influencé ma manière d’écrire.

Mathieu, tes textes semblent exprimer un dégoût ou un retrait vis-à-vis de l’humanité. La rage et la désespérance dominent mais les textes n’excluent pas l’espoir en un homme meilleur, à un changement d’état. « Chrysalis » peut évoquer cela. Pensez-vous à l’avènement d’un autre âge après un état confusionnel de troubles ?
« L’avènement d’un autre âge », certainement. Après, « un état confusionnel de troubles », non car la confusion et les troubles restent omniprésents, quotidiennement. Tout est une question de maturité et d’expérience en fait… Je n’ai pas changé de mentalité vis-à-vis de la race humaine. Pour moi, à l’échelle mondiale, je dirais que nous restons des êtres foncièrement nuisibles ou du moins inutiles, déambulant sans but, déréglant l’équilibre naturel qui nous entoure.

Quelles sont vos croyances sur la fin, la mort ? Selon vous, la mort ouvre-t-elle des portes ?
Je n’ai aucune croyance vis-à-vis de la mort, ni appréhension ni espérance. Je ne sais pas si elle t’amène au Paradis, en Enfer ou si tu te réincarnes…  en fait, je ne crois en rien de tout ça. Et à vrai dire, j’ai du mal à comprendre les gens qui ont des certitudes à ce sujet, notamment les religieux et tous leurs textes sacrés. Ils ont juste réussi à nous imposer la peur de la mort. Je ne sais pas si elle ouvre des portes mais disons que c’est quelque chose d’inévitable et de ce fait, il faut l’accepter sereinement comme la fin d’un cycle.

Que représente la musique dans votre vie ? Avez-vous des passions artistiques autres que la musique et que vous aimeriez présenter à nos lecteurs ?
Mickael : La musique est indissociable de ma vie, je suis incapable de décrocher une journée. Mon énergie est entièrement dirigée vers les groupes, la création. Il s’agit de la forme d’art à laquelle je suis le plus réceptif, même si je m’intéresse beaucoup aux arts visuels en général, au design, à la photo, à la peinture, d’où l’intérêt de feuilleter Obsküre hein (rire) !
Mathieu : C’est pareil pour moi. Que cela concerne l’écriture d’un texte ou la découverte d’un artiste ou d’un groupe, il faut toujours que je sois dans la recherche artistique. Récemment je me suis essayé à la sculpture à l’argile – merci Olivier de Sagazan ! – et je dessine de temps en temps. J’ai besoin de cette stimulation artistique au quotidien, sinon je déprime.

On aimerez-vous connaître un peu plus, humainement. Avez-vous des centres d’intérêt inavoués, atypiques comme la collection d’images panini, le trampoline ou le chant dans une chorale de village ?
Mickael : Il y en a parmi nous qui passent beaucoup de temps dans les casseroles et les sauces, c’est tout à fait avouable et tellement agréable pour les autres que je le mentionne ! Un autre s’intéresse à l’histoire gallo-romaine d’une façon assez particulière. Chacun à une vie bien remplie et il ne me vient rien de vraiment atypique à l’esprit, ou bien… est-ce tellement inavouable que je n’en ai pas connaissance (rires) ?

Que faites-vous lorsque le besoin se fait sentir de décompresser ? Un secret pour relâcher la pression et vous extraire de ce « world of shit » ?
Mathieu : Le père de ma compagne habite dans un coin reculé de tout et à proximité de Limoges. Alors, lorsque le besoin se fait sentir, je pose congés et nous partons là-bas. C’est en pleine campagne, ça s’appelle Labrousse et je peux te dire que ça porte bien son nom (rire).

 

 

 

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