Editions Rouge Profond – Interview bonus Obsküre Magazine # 17

12 Oct 13 Editions Rouge Profond – Interview bonus Obsküre Magazine # 17

A l’occasion des dix ans de la maison d’édition Rouge Profond, nous vous proposons ici les extraits inédits de notre entretien avec son maître d’œuvre Guy Astic.

ObsküreMag : Peux-tu revenir sur la genèse de la maison d’édition?

Guy Astic : Cela a commencé avec la revue Simulacres qui avait été créée avec Jean-Baptiste Thoret en 1999 jusqu’en 2003. On avait fait huit numéros. Et ensuite Jean Baptiste a créé une autre revue plus mensuelle mais moi je ne pouvais pas le suivre sur ce terrain là parce que j’étais enseignant, je ne pouvais pas être journaliste à plein temps. Par contre, j’ai toujours voulu faire une maison d’édition. La structure qui éditait Simulacres est devenue éditrice des livres. Le premier livre était Why not? sur le cinéma américain qui était transgenre. C’est à partir de là que nous sommes rentrés en distribution-diffusion avec Harmonia Mundi. D’une certaine façon c’est facile de faire des livres entre guillemets mais ce qui est important c’est la diffusion dans les librairies. A partir de ce moment, j’ai pu développer un catalogue, d’abord avec une personne qui s’appelait Christian Tarting mais depuis 2008 je suis tout seul.  Les deux premiers titres ont été 26 secondes l’Amérique éclaboussée de Jean-Baptiste Thoret sur l’assassinat de JFK dans le cinéma américain et le livre des scénarios inédits de Jacques Tourneur avec un DVD où j’avais pris le seul entretien filmé avec Jacques Tourneur en français. C’est pour te montrer les deux pôles de Rouge Profond, il y a une approche patrimoniale, histoire du cinéma, perspectives et aussi voir comment il y a des figures, notamment dans le cinéma, qui traversent les époques.

Raccords est la collection la plus active de la maison d’édition, mais il y a eu d’autres déclinaisons et il y en aura sûrement d’autres.

Il y a eu Birdland qui était la collection de jazz avec mon collègue Christian Tartaing, qui était une collection qu’il avait déjà créé chez POL et qui a duré jusqu’en 2008, date à laquelle il a arrêté la maison d’édition. Il y a à un moment donné la collection Débords qui m’est venue assez naturellement car j’ai commencé à avoir des propositions de manuscrits, qui n’étaient pas simplement liés au cinéma mais aussi à des approches artistiques, transversales, etc. Par exemple, sur Tueurs en série, Thierry Jandrok c’est à la fois quelqu’un qui est un universitaire, qui a fait un mémoire sur le fantastique, mais qui est à la fois praticien psychiatre, ce qui fait que le livre est à la fois une approche de l’imaginaire du tueur en série mais aussi une approche psychiatrique très forte. Même chose pour Lauric Guillaud et Le retour des morts, où il s’intéresse à la fois à la littérature et aux représentations artistiques et le cinéma autour des morts. Et aujourd’hui nous lançons la collection Décors dès le mois d’octobre.

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En tant que maison d’édition, quelles sont les qualités à avoir et les questionnements et difficultés auxquels on se confronte en permanence?

Je suis assez particulier, je suis une maison d’édition qui travaille assez professionnellement, avec des maquettistes excellents et un vrai distributeur-diffuseur, mais moi en tant que tel, je suis prof, donc je ne suis pas avec une équipe de tout un tas de relecteurs. Je suis le relecteur mais je travaille en relation très étroite avec les auteurs. La qualité c’est la complicité avec les auteurs et la proximité. Ils participent beaucoup à l’élaboration du livre, ils peuvent changer ce qu’ils veulent contrairement aux gros éditeurs où à un moment donné la mise en page arrive. C’est une qualité qui vient du côté artisanal, humain.

Deuxième chose, c’est la cohérence du catalogue. Cela fait deux trois ans que je reçois vraiment beaucoup de propositions, j’en ai une à deux par semaine. Parfois tu as envie d’aller vers des choses mais il ne faut pas y aller, pour ne pas qu’on te perde. La cohérence est liée au genre, comme on l’a dit. Mais on a souvent dit aussi que je n’aimais pas le cinéma français, même si j’ai publié un livre sur Bruno Dumont. Là on m’a proposé un livre sur Brisseau. Je suis en contact avec Albert Dupontel, j’essaie de développer cet aspect là, et aussi hors genre, tout ce qui est lié au cinéma hollywoodien, etc. Et aussi trouver des livres sur des cinéastes qui n’ont pas encore leur livre ou qui l’ont eu mais qui sont épuisés, et qui sont pour moi des grands cinéastes, comme Paul Verhoeven par exemple. C’est l’autre aspect, d’être en contact au plus près avec les cinéastes via les auteurs. Pour le livre sur Joe Dante, Frank Lafond est allé à Los Angeles, le livre sur Kurosawa contient aussi des entretiens, même chose pour Paul Verhoeven ou pour Guillermo del Toro. J’ai reçu les corrections de Gillermo lui même.

Autre aspect important, c’est l’image, en citant les films via des photogrammes, ou en allant chercher des photos particulières – cela m’est arrivé d’acheter des photos de plateau ou autres. Au niveau photogrammes, on a encore la possibilité en France du droit à la citation.

Les difficultés?

Le fait que je sois tout seul. La faiblesse de Rouge Profond c’est que je ne suis pas assez fort financièrement pour engager une personne en communication. Je repose beaucoup sur la volonté des uns des autres. Il y a des organisations de signatures mais si j’avais quelqu’un pour cela, je serai beaucoup plus performant. Quelqu’un travaille sur un nouveau site, mais la communication c’est une difficulté majeure. Avec les années, tu avances dans le catalogue, les livres sont toujours présents, et cela te prend de plus en plus de travail. L’aspect positif, c’est que le catalogue est toujours disponible et les vieux titres se vendent encore. Je suis dans le long-seller. Les mois où les livres sortent, ils sont placés, ça va, mais ensuite ils prennent une sorte de rythme et j’ai vraiment un catalogue qui tourne.

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Les grands succès?

Le Twin Peaks. C’est la mode Lynch. Je l’avais tiré une première fois à 3000 exemplaires. Je l’ai retiré à 2000 et ça continue à se vendre. Pour les livres de cinéma, on n’est pas dans des quantités de romans. Pour le cinéma, entre 600 et 1000 exemplaires pour des livres d’études on te dit que c’est déjà pas mal. Depuis cinq, six ans, c’est de plus en plus difficile de vendre des études sur le cinéma. C’est une niche. Ce qui se profile aussi c’est le volume de Mad ma vie, je suis déjà à 2500 ventes alors qu’il n’a même pas un an, il était paru à Noël. Le Hollywood classique, presque 3000. En même temps, ceux là sont des livres qui ont coûté très cher.

Donc tu joues pas trop sur le marché du collector.

Le bouquin sur le western est bientôt épuisé et celui là je ne vais pas le réimprimer parce que cela coûterait trop cher. Je l’avais tiré à 2000, j’aurais dû le tirer à 3000. C’est la vraie question qu’on se pose avec Nicolas stanzick, c’est le Midi Minuit à combien on le tire? Chaque volume vont faire 600/700 pages avec un DVD chacun. c’est un coût important.

Les événements?

En juin, il y a eu le lancement au Latina, puis l’anniversaire des dix ans avec Hors Circuits, le vidéoclub-librairie de Paris. De septembre jusqu’à décembre, il y aura pas mal de choses. On fait une opération avec Harmonia, si tu achètes deux livres Rouge Profond, le livre sur Tourneur qui a été une de nos premières publications avec DVD est offert. Soit 30 euros d’achat, soit deux livres. Ensuite il va y avoir des événements à la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille, à la cinémathèque de Toulouse où Nicolas ira pour présenter le Midi Minuit Fantastique, à l’institut de l’image à Aix, pas mal de choses autour du Midi Minuit et d’Andrevon qui sera notamment un des invités principaux des Utopiales de Nantes.

Le Midi Minuit c’est vraiment la grosse parution de cette rentrée.

Ce sera pour fin septembre. C’est le projet fou de republier l’intégrale en trois tomes antre septembre 2013 et octobre 2014. Sur les DVDs il y a des films qu’on a rachetés à l’INA, des courts métrages, des émissions TV, le dernier DVD c’est un documentaire que va faire Nicolas à partir de l’ancienne salle Midi Minuit, avec beaucoup d’entretiens. Le DVD est fait par Soft Prod. Ce n’est pas une publication de facsimilé mais on a retrouvé les photos originales dans un format extraordinaire, ça va être un vrai livre d’art, des pleines pages photos.

Quand on en trouvait ils étaient chers.

On va casser le marché des collectors. Cela montre que Midi Minuit a été une revue de genre mais aussi une revue d’art déjà à l’époque. Ce qui était en couleurs à l’époque et qui avait été publié en noir et blanc dans les numéros pour des questions de budget, nous on les restitue en couleurs. C’est vraiment une renaissance.

Il y aura aussi l »encyclopédie sur laquelle travaille Andrevon depuis dix ans, et ça va faire autour de 1200/1300 pages. Au départ j’avais annoncé 1500 mais là ça deviendrait un pavé et les gens pourraient à peine le soulever. Il y a des entrées par films et pas auteurs mais aussi beaucoup d’encarts où tu peux avoir sept pages d’un coup sur le zombie, le vampire, etc. Certaines entrées sont descriptives mais d’autres se rapprochent des essais, mettent en perspective. Ce qui est très fort c’est tout ce qui est lié à la SF.

Puis la collection Décors, et entre, il va y avoir un essai sans images dans la collection Débords, un livre d’Olivier Schefer sur le motif de l’errance à la fois d’un point de vue anthropologique mais aussi au cinéma, avec les figures de fantômes notamment. Il y a un très beau chapitre sur Carnival of Souls. Il avait déjà écrit des essais, notamment Des revenants chez Bayard. C’est assez pointu car c’est un philosophe. Dans cette collection, j’utilise un assez beau papier mais je ne peux pas reproduire des images car sinon il faudrait que je change le papier.

Si tout va bien, le gros livre sur Romero de Julien Sévéon suivra. Là j’ai tout et on est en train de travailler sur l’image. Comme tu peux voir, cela fait beaucoup de projets. Et il y aussi le troisième tome de Hollywood, le temps des mutants, on part de la fin des années 60, 70 jusqu’à aujourd’hui. Un livre de 700 pages avec 4000 photos. Il fallait vraiment marquer les dix ans!

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http://www.rougeprofond.com/

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