Dysfunctional : séisme post-thrash sous fond de polyrythmies

29 Nov 11 Dysfunctional : séisme post-thrash sous fond de polyrythmies

Il y a fort longtemps que la presse spécialisée des musiques extrêmes ne s’était pas mise à crier d’une seule voix pour louanger le premier album d’un groupe français. Avouons-le, John Stone Lives est une bien belle réussite : déflagrante, accrocheuse, dense et intense… tout pour plaire. Surtout, cette juxtaposition de schémas metal s’inscrit dans une perspective contemporaine, alambiquée et démonstrative tout en exposant des lignes agressives, ciselées dans une belle matière mélodique et sans compromission. Forcément, nous n’allions pas louper ce train lancé à bride abattue et en complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine # 6, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec les éminents Ben et JuIien.

Peux-tu m’en dire davantage sur les différents groupes que les membres ont intégrés par le passé, les projets parallèles d’aujourd’hui ?

Ben et Julien : Avant Dysfunctional, Nico et Ben jouaient ensemble dans le groupe De Vermiis Mysteris et Julien chantait dans le groupe anglais Tesseract. Actuellement Ben fait aussi partie du groupe death/progressif Shematics qui a sorti un 6 titres récemment et Julien a un projet electro/alternatif nommé Zaang Lane dont le deuxième album est actuellement en préparation.

Nous avons été bluffés par la sublime visuel de John Stone Lives, peux-tu m’en parler ? La personne qui l’a élaboré avait-elle carte blanche et quelle est l’importance du visuel dans le cadre de votre production artistique ?

En fouinant sur le net nous sommes tombés sur l’artiste 3mmi, nous avons tout de suite accroché à son travail et quand nous sommes tombés sur le visuel de la pochette, nous lui avons demandé d’utiliser celui-ci, il a eu ensuite carte blanche pour le reste. Le visuel a une grande importance pour nous, et nous allons d’ailleurs y attacher une importance de plus en plus grande à l’avenir, en particulier pour l’exercice live où les gens regardent autant qu’ils écoutent.

À l’écoute de l’album j’ai ressenti pas mal d’influences… vous sentez-vous plus proches de Devin Townsend, NIN (« Wanda »), Meshuggah ou du collectif Klonosphere (d’ailleurs, je vous verrais bien signer chez eux !) ? Pensez-vous que votre musique est un prolongement naturel du death metal ?

Difficile de répondre de manière unanime! Nous avons tous dans le groupe des goûts différents et variés. Nous aimons abuser de ce mélange dans notre musique mais de là à dire que nous nous sentons plus proches d’une influence en particulier… nous n’en avons finalement aucune idée ! En tout cas, les exemples que tu as cités sont d’excellents groupes que nous apprécions énormément. C’est un prolongement naturel des influences de chacun des membres du groupe. Le death metal en fait partie, au même titre que beaucoup d’autres courants musicaux.

Comment se passe la phase de composition chez Dysfunctional ? Quel a été le mode opératoire pour ce premier album ?

Ta question tombe à point nommé car nous sommes justement en phase de composition pour le deuxième album! Côté paroles et concept c’est nous (N.D.L.R. : Ju et Ben) qui nous y collons et côté instrumental, les titres sont globalement composés par Nico, moi-même et Ju. Nous n’avons pas de méthode particulière. En ce moment par exemple, ça se passe ainsi : Nico enregistre des idées de riffs de guitare avec Julien, ce dernier prend les riffs qui l’inspirent et créé une structure de chanson sur son ordinateur. Ensuite, il ajoute des synthés, des samples et des guitares puis les premières idées de lignes de chant, Ben ajoute ses parties de basse et ses idées de chant. Après ce travail, on voit ensemble ce qui va et ce qui ne va pas et chacun apporte d’autres idées jusqu’à ce qu’on soit pleinement satisfaits! Parfois on « pond » chacun de notre côté une ébauche de chanson qu’on soumet au groupe et si ça correspond aux attentes de tous, on embraye dessus en améliorant le rendu. Les structures sont composées autour d’une idée ou d’un concept préalablement établi. Pour le premier album en revanche, la méthode a été différente et les compositions ont été faites au fil du temps et le style a changé au fur et à mesure. Depuis l’arrivée de Julien dans le groupe, nous avons pas mal remanié nos plus anciennes compositions afin de gagner en efficacité.

L’album est sorti depuis quelques mois maintenant. Avec ce recul et selon votre sensibilité d’auteurs, ça donnerait quoi si vous deviez vous auto-évaluer ? Quel groupe êtes-vous ?

C’est difficile d’avoir un avis très objectif sur le travail accompli… où nous avons mis tant de nous-même. On pourrait se qualifier comme un groupe avec beaucoup d’envies et d’idées, des idées qui fourmillent et qui mériteraient d’être canalisées pour en tirer le meilleur parti. Le potentiel est là, il manque le petit quelque chose pour créer une véritable identité du groupe. Rendez-vous donc pour notre deuxième album !

Concernant l’enregistrement et le mastering, comment s’est déroulée cette période studio ? Qui est intervenu ?

Le mixage et le mastering ont été confiés à Rémyboy Ahdden Team, après un essai de mix et de mastering sur un titre, on s’est dit que ça valait vraiment le coup qu’il s’occupe aussi du reste de l’album.

Votre background n’est pas forcément que metal, quels sont les genres musicaux qui vous ont influencé durant l’adolescence et aujourd’hui ?

Le metal mis à part, nous avons certainement les mêmes influences que beaucoup de monde, on pourrait citer Michael Jackson et Pink Floyd! Mais pourquoi pas aussi d’évoquer les Beastie Boys, Public Enemy, Boney M, The Doors… il y en a tellement !

Selon vous et de manière générale, quelles sont les dysfonctionnements de notre monde ?

D’une manière général l’humain surement… mais un dysfonctionnement n’est pas forcément que négatif.

Quel portrait tirez-vous aujourd’hui de la mouvance metal, après toutes ses mutations génétiques, tous les crossovers effectués ?

On a parfois l’impression de voir des jeunes qui ont écouté beaucoup de back/death pendant leur adolescence, qui font du Linkin Park avec des polyrythmies, des blasts et des grunts. En fait, il y a pas mal de choses intéressantes qui sortent de tous ces brassages de styles, mais aussi et malheureusement pas mal d’effets de mode et beaucoup de groupes finissent par se ressembler… ce n’est pas vraiment nouveau comme phénomène.

Vous parvenez à obtenir une couverture médiatique sérieuse mais selon vous, quelles sont les difficultés et les avantages de l’autoproduction ? Un mot sur l’industrie du disque et sur le statut « d’artiste » en ces temps de malaise ?

L’avantage de l’autoproduction est de faire ce qu’on veut sans ne subir aucune pression de l’extérieur. L’inconvénient, c’est qu’une fois l’album sorti, on se retrouve bien seul pour en faire la promo et il faut s’arracher pour trouver un partenaire intéressant. Pour un petit groupe comme le nôtre, il est aussi triste de constater que beaucoup de vautours cherchent à se faire du pognon sur le dos des groupes : le plan artistique passe au second plan et les groupes deviennent des vaches à lait pour des soi-disant « acteurs » de l’ombre souvent mal intentionnés.

La scène est-elle une vocation naturelle de Dysfunctional ou vous percevez-vous davantage comme un groupe « de studio » ? A quoi ressemble un show de Dysfunctional ?

On adore la scène! En général on se donne vraiment à fond, il est arrivé qu’on mette parfois plusieurs jours à se remettre de certains concerts! On ne néglige aucun des points (studio ou scène) et on souhaite que les gens passent un bon moment à nous écouter et se souviennent de nous comme un groupe généreux sur scène. Et généralement, ça marche bien !

 

 

 

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