Die Selektion – Interview

24 Mai 12 Die Selektion – Interview

A l’occasion de la sortie du premier CD du trio allemand Die Selektion sur le label aufnahme + wiedergabe (chroniqué dans le dernier numéro d’Obsküre Magazine) et avant leurs dates de concert à Lille le 30 mai et à Paris le premier juin, nous avons échangé quelques mots avec cette jeune formation à peine sortie de l’adolescence et qui fait de plus en plus couler d’encre depuis la parution de leurs premiers titres l’année dernière.
Entretien.

Obsküre Magazine : Quand vous êtes-vous rencontrés ?
Die Selektion : Luca et Hannes sont allés à l’école ensemble et Luca a rencontré Max lors d’un concert.

D’où vous vient votre passion pour les vieux synthétiseurs ?
C’est peut-être parce que nous sommes lassés d’entendre ce son ultra lisse qui est présent partout. On entend cette merde ennuyeuse et sans inspiration à longueur de journée à la radio. Nous préférons ce son chaud, riche et honnête. Nous nous posons en réaction contre le présent.

Vous êtes autodidactes ?
Oui, pour tout ce qui est de l’électronique. Hannes a, en revanche, appris à jouer la trompette de façon professionnelle.

Les groupes à avoir mélangé les synthés et la trompette sont rares (Tuxedomoon, Death in June…). D’où vous est venue l’idée ?
Nous ne cherchons à copier personne. Cela ajoutait juste quelque chose de plus à notre son. Cela s’est fait donc très simplement. Nous cherchions quelque chose de spécial avec Hannes, et la trompette a fait parfaitement l’affaire.

Vous sentez-vous faire partie d’une scène ?
Nous faisons sans aucun doute partie de la scène « dark » allemande, mais nous ne voulons pas nous limiter à cette scène. Nous pensons pouvoir toucher des personnes avec des inclinaisons et des goûts différents. Beaucoup de groupes participent au renouveau de la musique new wave des années quatre-vingt mais nous nous voyons plus comme en continuation. On peut jouer nos morceaux aussi bien dans des soirées goth que dans des boîtes techno.

Tous vos morceaux sont en allemand, mais sur le morceau « Dust », en bonus sur le CD qui vient de sortir chez aufnahme + wiedergabe, vous avez choisi la langue anglaise. Le son lui-même se fait moins brut et plus élégant que sur les morceaux composés pour votre premier album l’année dernière. Votre son a-t-il déjà opéré quelques changements ?
Il y a eu quelques changements mais « Dust » n’est pas forcément représentatif de la direction que nous allons prendre sur le prochain album. C’est la première et la seule fois que nous avons fait un titre en langue anglaise. Bien sûr, nous comptons produire un album plus organique et varié, mais les gens qui pensent que nous allons devenir un groupe de soft pop se trompent. Notre musique sent toujours autant le muscle, la haine et l’amour. Il y aura juste certains détails charmants en prime.

La vidéo du morceau m’a fait penser au clip de « A Forest » de Cure. Je crois que vous n’étiez même pas nés dans les années quatre-vingt, quelle relation entretenez-vous avec cette période ?
Oui, nous sommes nés trop tard. Nous aimons tous The Cure mais il n’y avait pas de liens volontaires avec notre vidéo. Nous avons choisi la forêt car c’est un lieu de vie et de hantise. Les groupes de metal peuvent aller dans les casses-auto, nous préférons la nature. Nous aimons la musique et l’attitude des années quatre-vingt. Il y avait des esprits brillants qui ont créé de très belles choses. Aujourd’hui tout nous semble comme le titre d’une chanson d’Einstürzende Neubauten, « Birth Lunch Death ». Nous voulons dire à nos enfants plus tard que nous avons fait quelque chose d’intéressant quand nous étions jeunes. Donc acte.

Les gens parlent de vos performances live avec beaucoup d’enthousiasme. Les concerts, est-ce aussi une façon de travailler sur de nouvelles idées ?
Nos concerts sont comme une explosion d’émotions et du stress emmagasiné. Nous donnons 300 % de nous-mêmes. Jouer ensemble tous les trois est une grande inspiration, car nous voyons les morceaux changer et évoluer à force de les jouer. Parfois un élément se rajoute et si c’est assez bon, cela reste. Nous faisons cela régulièrement.

Il y a une énergie très physique dans votre musique, presque sexuelle, ce qui génère forcément des fans et des fantasmes. Avez-vous déjà eu des propositions indécentes ?
Il y a plein de manières d’interpréter les morceaux, et c’est très bien. Notre but n’est pas de créer une musique érotique mais si elle peut l’être pour des personnes, tant mieux. Certains trouvent notre musique sexy, d’autres la trouvent triste, d’autres la trouvent dure. Et tout le monde a raison. Bien sûr, il y a des aventures sexuelles sur les tournées, mais elles restent là où elles sont et n’ont pas à être divulguées au public. Pour ce qui est de notre tournée européenne, nous avons trouvé des idées ingénieuses pour que les filles se débarrassent de leur T-shirt pendant que nous jouons.

Votre version acoustique de « Raben », juste avec du piano et de la trompette, fonctionne très bien. Pensez-vous introduire de temps en temps des éléments acoustiques dans votre son ?
C’était juste une version alternative. Nous sommes un groupe de musique électronique, pas acoustique. Mais qui sait, peut-être il y aura un peu de piano sur le prochain album. Et peut-être que dans vingt ans, nous ferons un disque avec juste de la trompette, du piano et de la voix.

On peut aussi vous voir sur YouTube en train d’improviser avec Rummelsnuff. Peut-être une collaboration un de ces jours ?
Ce serait fantastique ! Nous sommes certains qu’un jour cela se fera. C’est un bon ami.

Certains vous disent EBM, d’autres new wave ou techno dépressive ou encore Génies Dilettantes d’une nouvelle génération. Comment vous qualifiez-vous ?
Nous sommes tout cela à la fois. Notre musique mélange tellement de styles, chacun peut choisir celui qu’il préfère.

Qu’en est-il pour la suite du groupe ?
Nous travaillons sans nous presser sur le second album. La qualité doit primer sur le temps. Nous serons en tournée en Europe en mai/juin et nous ferons quelques festivals d’été. Il y a aussi une tournée en Italie en préparation et une première tournée en Russie. Nos projets solo nous prennent aussi pas mal de temps, comme le projet néo-folk de Luca, Death Of Abel, et le groupe d’impro-noise-punk de Max, Die Nerven.

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