Die Selektion – Interview

07 Avr 17 Die Selektion – Interview

Le 23 mars dernier, le trio allemand Die Selektion était de retour à Paris pour présenter en avant-première l’intégralité de leur prochain album,  Deine Stimme Ist Der Ursprung Jeglicher Gewalt à paraître fin mai. Ravivant l’EBM première époque de DAF/Nitzer Ebb/Die Krupps avec un sens mélodique à la Depeche Mode et l’intrusion d’un instrument inhabituel (la trompette), le premier album avait fait l’effet d’une bombe quand il est paru il y a plus de cinq ans. L’enthousiasme s’étant bien assoupi depuis,  le jeune combo n’a pourtant pas perdu son énergie et a peaufiné un son plus travaillé et tellement vivant quand on les voit sur scène. Rencontre avec Luca Gillian, Hannes Rief et Samuel Savenberg avant le concert au Point Éphémère. Les photographies sont d’Alain Dutertre.

ObsküreMag : Nous avions fait une interview à l’époque de votre premier album, c’était il y a un peu moins de six ans ans. Je voulais savoir ce qui s’est passé depuis la sortie du premier disque ?

Luca : Depuis, on a sorti deux 45 tours. Puis Max a quitté le groupe et Samuel qui est originaire de Suisse nous a rejoint. Nous faisons tous des études et nous avons des emplois à mi temps, ce qui nous a beaucoup occupé ces dernières années. Finalement, nous avons pu nous retrouver pour enregistrer le nouvel album à l’été 2016. C’était en août. Nous nous sommes rejoints à Stuttgart pendant une semaine à COMA qui est une salle de concert à Stuttgart Kessel exactement. Samuel avait réarrangé les morceaux au préalable et produit neuf chansons que l’on trouvera sur le nouvel album. Pendant cette semaine à COMA, nous avons travaillé sur ces morceaux, les avons finalisés et enregistrés.

Hannes : C’était la semaine la plus chaude de tout l’été, et nous avons eu vraiment de la chance, car ce lieu avait l’air conditionné, les boissons fraîches, donc c’était un bon calcul.

Luca : On a tout enregistré dans la salle de concert. Nous nous sommes installés au milieu de la pièce, et nous pouvions enregistrer et écouter en même temps, ce qui était important pour nous.

Samuel : Ce qui a pris du temps aussi, c’est que quand j’ai intégré le groupe, je n’avais jamais fait de production. Il a fallu que j’apprenne. Nous voulions aussi trouver un son un peu différent.

Hannes : Samuel a fourni le gros du travail, car les chansons existaient déjà mais elles n’étaient pas produites par lui. Il les a jouées en concert de nombreuses fois, donc il les connaissait déjà bien. Mais il a réussi à amener des sons vraiment chouettes, progressifs.

Samuel : Il y a deux chansons sur le disque qui avaient été enregistrées en 2014. Mais il a fallu trouver le bon moment pour faire le disque puis l’été dernier c’est allé très vite, car la pré-production pour les autres morceaux je l’ai aussi faite l’été sur une période d’environ deux semaines. Donc dès que nous nous y sommes mis vraiment, c’est allé très rapidement. Et nous sommes heureux du résultat.

Luca : Il faut aussi dire que nous vivons dans trois villes différentes, avec plus de deux cent kilomètres de distance entre elles. Nous ne nous sommes retrouvés que pour les concerts ces dernières années et nous n’en avons pas fait beaucoup, une quinzaine à peine. C’est ce qui explique la lenteur. Nous ne nous voyons pas toutes les semaines pour répéter ou ce genre de choses.

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Ce nouvel album, vous pouvez nous en dire un peu plus. De nouvelles directions? De nouvelles sonorités?

Les chansons restent dansantes et brutes. Avant, tout était basé sur la trompette et le beat, là je dirais que l’écriture et les structures sont plus pop dans l’approche.

Hannes : Et les rythmes sont plus lourds, en termes de production. Les morceaux que nous faisions avant n’étaient pas vraiment agréables à entendre sans la voix, la trompette, et tout ce que nous rajoutions. Mais ces morceaux étaient déjà plaisants à l’écoute sans la voix, la trompette et les synthés additionnels.

Samuel : Le rythme est assez différent. Parfois nous sommes un peu plus lents. Dans l’ensemble, c’est un album plus varié.

Luca : Je dirais qu’il est plus mature aussi. Sur le premier album, nous avons tout fait très rapidement, la plupart des chansons étaient des premières prises. Nous avions dix-sept ans et nous ne réfléchissions pas trop. Là il y a un peu plus de réflexion.

Sur le premier album, la trompette était utilisée de façon très mélodique, est-ce toujours dans la même veine ou as-tu essayé de nouvelles choses?

Hannes : Sur les anciens morceaux, la trompette était aussi utilisée presque comme un synthé et appuyait le rythme. À présent, sur certains morceaux, cela contribue plus à l’atmosphère, je dirais.

Luca : Je pense que c’est encore plus mélodique. Et nous essayons aussi d’expérimenter avec. Avant, chaque intervention de la trompette était comme un solo. Sur certains des nouveaux morceaux, il y a quatre à cinq pistes de trompette qui se superposent.

Hannes : On peut dire que l’aspect mélodique est toujours là, mais ce n’est pas trois minutes de mélodies qui s’enchaînent.

Vous parliez de morceaux plus lents, mais sur le premier album il y avait quand même « Liliana ».

Samuel : Oui, c’était super lent.

Peut-être que cette direction était déjà là.

C’est vrai. Quand nous faisons des concerts, nous jouons les nouveaux titres et d’autres plus anciens. Entre les deux, on voit qu’il y a un changement d’atmosphère, car c’est un peu plus ralenti.

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Le premier album aurait pu être un one-shot, un disque de fin d’adolescence. Comment vous expliquez le fait que vous êtes toujours là et que ce projet continue. Quelle est votre propre relation à Die Selektion ?

Luca : Même s’il y a eu presque cinq ans de silence, avec quelques concerts de temps en temps, j’ai toujours su que nous allions faire un second album. La hype était redescendue, du coup que cela prenne deux ou dix ans cela n’avait plus vraiment d’importance. Puis nous voulions être satisfaits du résultat. Je pense que ça valait le temps d’attendre.

Samuel : Mais pour le prochain, on n’attendra pas cinq ans, on promet.

Il y a aussi des invités sur l’album?

Luca : Sur « Der Himmel explodiert », nous avons la présence de Drangsal qui fait de la musique post-punk/wave/indie. C’est un ami et nous avons fait des concerts ensemble sur un autre de mes projets. Nous aimons beaucoup sa musique et nous chantons ensemble sur ce titre. Ce morceau est déjà sorti. Mais il est le seul invité sur le nouvel album.

Y a-t-il eu des musiciens qui vous ont vraiment donné envie de faire de la musique et de créer votre propre groupe?

Hannes : J’ai été dans la musique très tôt. je jouais de la trompette et j’écoutais tout ce qu’écoutaient les autres jeunes en dessous de seize ans. Je ne m’intéressais pas à un groupe en particulier. Luca est un ami. Il faisait de la musique et j’aimais ce qu’il faisait et c’est tout ce que je peux dire.

Samuel : J’ai joué dans des groupes post-punk avant, même un peu hardcore. Et maintenant, je produis des choses techno industrielles en solo. Pour être honnête, les groupes qui ont eu un impact sur moi sont plus axés guitares comme The Sound ou The Chameleons. C’est la musique qui m’a amené à la new wave après un background plus punk, et ce sont des musiques que j’écoute encore, presque toutes les semaines. Mais on ne peut pas vraiment l’entendre, car je ne joue pas de guitares avec Die Selektion, sauf sur un titre. Mais ça sonne plus Depeche Mode que The Sound. Il reste tout de même ce sentiment un peu mélancolique qui représente ce que je suis et ce que j’écoute.

Luca : Pour moi, il y a eu trois groupes qui m’ont donné envie de devenir un musicien et de me produire sur scène. Tout d’abord, DAF et en particulier Gabi Delgado en tant que performeur, puis Nitzer Ebb et Douglas McCarthy était comme un Dieu pour moi, puis Depeche Mode et Dave Gahan. Ces trois groupes et ces trois chanteurs restent importants pour moi. Et je crois que même dans ma manière de bouger et de chanter, on peut encore sentir qu’ils m’ont marqué. Après, j’écoute beaucoup de choses différentes et de groupes nouveaux qui’ m’inspirent, mais ceux-là restent majeurs quant à ce que je fais aujourd’hui.

Quels sont les autres projets que vous faites en ce moment?

Samuel : Je joue solo sous le nom SSSS. Je viens de sortir un album sur un label suisse qui se nomme Hollow Ground plus axé drone/ambient. J’ai aussi un EP qui sort sur aufnahme+wiedergabe le même jour que l’album de Die Selektion. C’est plus dansant, plus technoïde mais avec de la mélancolie et des distorsions. Puis j’aide aussi d’autres artistes à la production.

Hannes : J’ai une petite amie qui vit loin. Elle est très occupée donc j’ai beaucoup de temps libre. À chaque fois qu’elle s’absente, je vais utiliser un MacPro car je n’en possède pas et je fais du son pour moi même. Des choses plus italo disco avec beaucoup de synthés. Mais je ne veux pas le publier, c’est juste pour moi, pour nous. Parfois, nous l’écoutons dans la voiture. Et j’envoie aussi des choses à Luca pour lui faire plaisir.

C’est de l’italo disco avec de la trompette?

Non ! Je ne veux pas exagérer avec la trompette. C’est aussi parce que je n’aime pas me la trimballer quand je vais chez ma copine. Sinon, je pense que j’aurais essayé. Peut-être un jour?

Luca : De mon côté, j’ai plusieurs projets, ça va de la noise/industrielle au dark folk en passant par de l’électronique abstraite, mais Die Selektion reste mon projet principal.

Les versions qu’on entendra sur l’album seront différentes de celles des morceaux qu’on va découvrir ce soir sur scène?

Samuel : Non, ça reste assez proche. Après, ça change tout le temps selon dans quel état on est.

Luca : Je pense que c’est un peu plus dynamique sur scène dans le sens où on crie plus.

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Et des souvenirs qu’il vous reste des concerts que vous avez faits depuis les débuts?

Luca : J’ai beaucoup aimé le concert d’hier à Bruxelles. Une chose amusante, quand nous avions joué à Paris la première fois, en 2011 il me semble, la police s’est pointée dans le concert après vingt minutes. Nous avons joué très tard, tout le monde était très bourré, nous y compris bien entendu, et dès le premier morceau, les gens sont devenus dingues. Certains avaient apporté des roses et ils les ont jetées sur la scène. Je les leur renvoyais et ils faisaient de même. Il y avait ces échanges de roses. Après cinq morceaux, nous étions trempés de sueur et la police a arrêté les festivités. Tout le monde était triste et a dû partir, mais malgré cela ce fut un très bon concert. Ces vingt minutes restent parmi les plus intenses de ma vie. En 2015, nous sommes aussi allés en Russie. C’était dingue car il y avait bien plus de monde que ceux que l’on voit à nos concerts. Ils connaissaient les paroles, j’ai fait mon premier saut dans la foule là bas. C’était mémorable mais franchement tous nos concerts sont toujours de super souvenirs, nous aimons ça. Puis parler avec les gens et passer du bon temps.

Samuel : Oui, la Russie c’était fou. Tellement de gens dans ce pays où on ne peut même pas lire les panneaux de signalisation. Nous étions totalement perdus, c’est pas comme en France où tu peux quand même lire les indications. Puis on arrive et les gens connaissaient les paroles en allemand par cœur. En plus, nous n’avions rien sorti depuis des années, l’intérêt pour nous était un peu retombé.

En parlant de l’aspect dansant, quels sont les morceaux qui vont rendent dingues sur la piste de danse?

Samuel : « Rush » de Depeche Mode. C’est une des chansons les plus parfaites jamais écrites. C’est dansant, c’est agressif, il y a tout dedans.

Luca : C’était l’époque de Songs of Faith & Devotion, quand Dave Gahan allait mourir dans les années 90, il avait les cheveux longs, la barbe, et il était à fond dans l’héroïne. Sur ce morceau, on sent vraiment à quel point il est défoncé. Il y a un break au bout de deux minutes, puis ça repart. C’est sûrement leur meilleur morceau et on est tous d’accord là dessus.

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Et pour les paroles, les thèmes?

La vie, les peurs, le sexe.

C’est comme pour le premier album alors.

Absolument. On n’a pas tant changé. Le premier album avait juste des textes plus courts. Vu qu’on a un peu grandi, on a des textes un peu plus signifiants, intelligents et travaillés mais ça reste assez amusant des fois. Cela dit, peu de gens comprennent notre humour. Je crois qu’il faut bien nous connaître pour comprendre.

Hannes : Si tu assistais aux sessions d’enregistrement, tu comprendrais.

Que peut-on attendre pour l’avenir de Die Selektion?

Luca : La vie, les peurs, le sexe.

Samuel : Nous serons en tournée à l’automne et je pense qu’on va se focaliser sur de nouveaux titres bien plus rapidement que ce à quoi les gens s’attendent. Cela ne veut pas dire que ça sortira l’année prochaine, mais peut-être que d’ici deux ans, ce sera prêt. Mais pas cinq ans, cette fois.

Luca : Nous pensons revenir en France pour la tournée d’automne car nous adorons la France mais rien que l’on puisse annoncer de sûr pour l’instant.

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Die Selektion : https://soundcloud.com/dieselektion

Le site d’Alain Dutertre :

https://www.instagram.com/alaindutertre/

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