Devianz – interview (bonus Obsküre Magazine #9)

13 Mai 12 Devianz – interview (bonus Obsküre Magazine #9)

Devianz présent dans le numéro d’Obsküre Magazine #9, c’était une évidence : nous suivons le groupe depuis ses premiers concerts. Un album, deux EPs, du digital et une nouvelle sortie physique avec ce À Corps interrompus. Benoît a complété la première interview.

Obsküre Magazine : Le titre de cet album est mystérieux : de quoi est-il question ?

Le charnel tient la part primordiale dans cet album. Pour une fois, le titre est en relation directe avec le contenu des textes. Rien à voir avec le « coitus interruptus » cependant ! Je ne veux pas donner de signification définitive à ce titre, nous aimons quand chacun peut tirer ses propres conclusions. Tout ce que je peux te dire, c’est que quand j’entreprends d’avancer dans ma vie et que l’on m’arrête net dans mon élan sans alternative possible, c’est comme si tout mon être et mon corps se trouvaient déchirés. C’est aussi bien une sensation mentale que physique, dure à accepter, mais à laquelle j’essaie de trouver des solutions au fur et à mesure des chansons.

Le titre « Mute Echo Room » se construit en explosion / fragmentation.lente : la beauté ne peut-elle être calme chez Devianz ?

J’adore ce genre de réflexion car ça mène à une relecture de la musique et des mots ! La beauté peut s’exprimer de tant de manières différentes que ça la rend unique à chaque fois. Dans Devianz, on la trouve très souvent dans le relief : des hauts, des bas, en un mot dans la dynamique, peu importe qu’elle soit rapide ou lente. Mais comme on s’ennuie très rapidement dès qu’on tombe dans la redite, il y a toujours un ou plusieurs morceaux pour contre-balancer cet effet. Ici, si tu écoutes « L’instant suspendu » ou « Douze de mes Phalanges », la délicatesse est de mise. Et, a contrario, « Trouble amante » est une sorte de défouloir tendu et sans concession.

Ce qui ressort de tels titres, c’est que l »alchimie s’est renforcée. Dans le magazine, tu faisais part des changements de line-up et de stabilisation. Il me semble que les compositions sont désormais plus complexes encore, alternant cris, rugosité, montée en puissance et mélodies plus progressives, (« L’alchimie des sens ») tout ça au service d’une ampleur toujours évidente (« Ton corps n’est qu’atome ») : qui compose et comment travaillez-vous ?

La composition au sein de Devianz ne suit pas de schéma pré-établi. Les morceaux se développent de différentes façons, soit à partir d’idées écrites chez soi, peu importe par qui, puis travaillées en groupe, soit lors de jams dans notre local. La parole est à tout le monde et une idée n’est acceptée que si elle fait l’unanimité. Ce qui ne change pas en revanche, c’est que Guyom écrit toujours ses textes une fois la partie musicale d’une chanson terminée ou très avancée. L’esprit originel est toujours présent dans le sens où nous ne nous donnons pas de limite et où nous essayons de pousser continuellement le raffinement dans notre musique. Ces points nous tiennent à cœur et font partie de notre identité.

Au sujet de l’identité, justement, est-ce que vous vous sentez appartenir à une scène ? Je pense notamment à Agora Fidelio, vous les écoutez ?

Devianz n’a jamais vraiment su où se situer. Trop violent pour certains, pas assez pour d’autres. Il est donc difficile de se placer dans une scène en particulier, à part dans la grande famille du rock. Il y a de très bons artistes en France, comme Agora Fidelio, mais nos influences viennent de plus loin. C’est suite à une chronique dans laquelle on nous a comparés que nous nous sommes intéressés à eux. C’est vraiment bien, subtil, poétique, tout comme le groupe Curtiss. Mais je ne sens pas de fond similaire dans la musique des deux groupes : Agora est un tour de force de la part de musiciens avertis, tandis que Devianz est dans un questionnement perpétuel. C’est sans doute pour ça que nous avons du mal à décrire ce que nous faisons !

Maintenant, ce qui m’intéresserait de savoir, c’est : d’après toi, Devianz appartient-il à une scène ?

Je renvoie la question aux lecteurs. Qu’est-ce qui fait une scène ? Un regard analogue sur la musique. Des groupes qui tournent ensemble dans un réseau de salles dévouées à leur cause, des magazines qui soutiennent des noms de façon récurrente, un public qui achète les yeux fermés ce qui sort sur tel ou tel label, des musiciens qui passent d’une formation à l’autre, des ingénieurs du son et producteurs en commun, des split-albums, des reprises… Peut-être qu’avec la vague d’autoproduction, la notion de scène serait elle-même à redéfinir.

Retrouvez l’album de Devianz en commande sur leur site avec cadeau à la clef pour les premiers acheteurs.

http://www.devianz.net/

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