Deutsch Nepal – Interview bonus Obsküre Magazine #27

31 Jan 16 Deutsch Nepal – Interview bonus Obsküre Magazine #27

Supplément de notre entretien avec Lina Baby Doll de Deutsch Nepal dans Obsküre Magazine # 27 afin de parler de son dernier essai en date, un album fort convainquant autour des effets de l’ivresse : Alcohology (Entartete Musikk).

ObsküreMag : Tu as la réputation d’être un bon buveur ! Est-ce l’album le plus personnel que tu aies fait jusqu’à présent?
Lina Baby Doll : Je suppose que quand tu t’intéresses à une relation qui a duré une vie entière avec quelqu’un ou quelque chose, c’est difficile d’éviter l’aspect personnel. Cela dit, se dévoiler aux autres et exposer des facettes que tu gardes généralement pour toi, c’est compliqué, surtout si tu ne veux pas perdre l’estime et la confiance en soi.

Tu a s choisi de réenregistrer la chanson « Erosion » tirée de l’album éponyme qui fut fondamental dans l’histoire de Deutsch Nepal car c’est à ce moment là que le chant a été mis plus en avant. Pourquoi le choix d’inclure cette nouvelle version en guise de conclusion de ce voyage alcoolisé?
C’était naturel pour moi d’inclure « Erosion » sur l’album pendant les enregistrements car l’alcool est aussi un fluide qui se décompose lentement et qui transforme le monde alentour, tout comme la pluie, la glace ou les vagues. Mais ce fut une coïncidence. Cela m’est venu en tête en faisant des tests de voix. J’ai commencé à chanter les paroles et cela collait bien avec le concept de l’album.

Sur « Python », on entend une voix féminine hallucinée, on a l’impression d’être dans l’esprit délirant d’une personne qui a trop bu, avec cet avertissement qui dit qu’il est plus sage de boire à l’intérieur de sa chambre d’hôtel plutôt qu’à l’extérieur. Est-ce que l’album est comme un trip dans l’esprit d’une personne alcoolisée? Est-ce que tu as repoussé les limites toi même de façon à explorer ces états imbibés de drogue?
Hehe… Je ne peux pas dire que je suis devenu un repas pour les pythons mais j’ai beaucoup mis en pratique. D’un autre côté, en suédois, la réponse à ce que tu ressens après des semaines de vodka c’est « Python ».

Les voix jouent une part importante sur l’album et aussi les percussions très lourdes qui accentuent le côté tragique, féroce, presque mélodramatique mais aussi très direct. Je me demandais si le fait d’avoir joué ces morceaux sur scène avant la sortie effective de l’album a pu influencer ce côté direct?
Je pense que ce que tu ressens comme une approche directe vient de l’enregistrement qui a été très rapide et qui s’est déroulé sur une période concentrée et très courte. D’un autre côté, j’ai beaucoup tourné et j’ai eu la chance de tester ces chansons sur scène, et non pas en passant des heures en studio à contempler la musique comme auparavant. Il est facile de se perdre en studio en essayant de rendre les choses toujours un petit peu « plus ». Au lieu de les développer, tu rends tout plus compliqué – trop. Si tu as l’opportunité de tester les morceaux sur scène devant un vrai public, tu en ressens vraiment l’essence… ce qui doit être là et ce qui n’est pas nécessaire dans ce contexte.

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Est-ce que la chanson « Deutsch Nepal’s Cosmic Trigger » est une référence à Der Blutharsch et ton expérience avec eux?
Pas vraiment… Je voulais juste faire mon propre « Cosmic Trigger » car je n’avais pas été satisfait du résultat, la façon dont les paroles avaient été utilisées par Der Blutharsch. C’est souvent le cas aujourd’hui que tu as la vision d’un morceau que tu envoies à un projet et plus tard c’est produit par quelqu’un qui n’a pas tes influences. Alors tu entends le morceau qui s’est transformé en quelque chose qui n’a rien à voir avec tes attentes – au premier abord… après on s’habitue à la version qui est sortie et tu peux même l’apprécier. C’est ce qui s’est passé avec Der Blutharsch.

Sur l’album, tu traites autant les aspects douloureux, tragiques et sombres de la consommation d’alcool tout en y rendant hommage à travers les états auxquels on a accès par ce biais et les visions qu’il procure. Est-ce que cela traduit ta relation d’amour/haine avec l’alcool?
C’est magique et c’est drôle parfois d’être saoul… mais c’est aussi passer du temps dans un monde des ombres tragique. Parfois on se sent mieux dans ce monde des ombres que dans la réalité, et il peut être aussi difficile de différencier les deux conditions, autant que juger quelle est la meilleure ou la pire.

« Epicurian Extremism » pourrait être une de tes chansons les plus rapides. En général, ta musique est assez lente, lugubre et tragique, là on est presque dans de la musique industrielle rythmique dansante. Par quoi commences tu une chanson en général. Un sample, une idée, une vision, et comment les chansons se construisent-elles à partir de là?
Normalement c’est une démarche assez organique. Je commence avec le matériau brut, une compilation de field recordings ou de sons collectés au travers de la télévision ou Internet… Je commence à sampler, fabrique des séquences de boucles et je retraite les sons à travers divers logiciels… puis je jette tout et je recommence à zéro, je refais, je change, je polis… tout à coup un son attrape mon attention et à ce moment là je commence à construire… J’ai souvent des idées et des visions sur ce que je veux faire dès le départ mais il est très rare que ces idées perdurent durant tout le processus car tout change en cours de route…

Tu n’as jamais arrêté Deutsch Nepal depuis 25 ans. Quelle est ta propre relation à ce projet musical aujourd’hui? Est-ce que c’est devenu comme un alter ego pour toi?
Deutsch Nepal est ma vie par certains côtés… mais la vie c’est plus les amis, la fête, la joie et les peines, les hauts et les bas, mais Deutsch Nepal a été mon compagnon au travers de tout cela depuis très longtemps. Je crois que c’est juste naturel quand les gens nous confondent… hehe

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Deutsch Nepal - Alcohology

http://deutschnepal.bandcamp.com/

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