Desireless & Operation Of The Sun – Interview

14 Mai 13 Desireless & Operation Of The Sun – Interview

Star des dancefloors dans les années quatre-vingt, Desireless (au civil, Claudie Fritsch) n’a pas arrêté de cultiver sa singularité et son atypie vocale après la « période médiatique ». Jusqu’à ce jour, elle continue de sortir des albums (six au total depuis 1989 et plusieurs EP, dont le récent XP2 en 2012). Sa soif d’expériences la maintient sur un chemin d’aventure, ainsi que le montre sa dernière collaboration avec Operation Of The Sun (projet electro-kitsch d’Antoine Aureche, fondateur par ailleurs du projet folk avant-gardiste Tat). Cette œuvre commune prend pour titre L’Œuf du Dragon, format album bâtard se décomposant en deux parties : une première consacrée à des compositions originales (dont deux remakes d’anciens classiques de Desireless) et une seconde partie composée de remixes bonus, signés entre autres Oil 10, Stolearm ou Bak XIII. Sorti sur Urgence Disk, L’Œuf du Dragon bénéficie d’un visuel soigné et d’un très beau clip de présentation réalisé par Samuel Maurin pour le remake de « John ». 2013 offrait donc une sérieuse occasion de partir à la rencontre du binôme – ce que nous avons fait, dans l’idée de croiser passé, présent et futur.

Obsküre Magazine : Prosaïquement je l’admets mais, pour commencer, de quelle manière s’est produite, dans les faits, votre rencontre ?
Desireless :
C’est Antoine qui m’a contactée par mail, me demandant si je voulais participer en featuring sur un titre de son album. Son message m’a séduite, c’est un séducteur (sourire). Puis nous nous sommes rencontres à la maison pour enregistrer « Uchronia ».
Antoine : j’ajouterai que Claudie comme moi aimons beaucoup aller là où on ne nous attend pas ! Et c’était vraiment une collaboration improbable pour un album estampillé « dark ». Par la suite, j’ai découvert « Clo », une femme extraordinaire, à mille lieux de l’image que les gros médias renvoient d’elle. C’est cette artiste, bien plus tournée vers l’avenir et la création que vers l’éternelle redite d’une messe 80’s, qui m’a donné envie de poursuivre cette aventure en duo.

Qu’est-ce qui vous rassemble et/ou vous oppose dans votre appréhension musicale ? La confection de L’Œuf du Dragon a-t-elle correspondu à un moment d’évidence ou y avait-il des moments de débat voire de combat ?
Desireless :
Ce qui nous rapproche, c’est d’abord l’amour de la création. Nous avons cette même passion et aussi un plaisir évident pour l’aventure et l’inconnu. Il n’y a pas vraiment d’opposition, plutôt des différences. La première : notre âge et aussi nos expériences… Nous essayons de rester nous-mêmes, sans concession. Nous sommes à l’écoute l’un de l’autre… Une connivence s’est installée depuis nos premières rencontres ainsi qu’une réelle confiance. J’adore travailler avec Antoine, c’est un musicien de talent et en plus un producteur efficace. il met beaucoup d’énergie dans tout ce qu’il fait, ne compte pas ses heures de travail, et va au bout de ses idées.
Antoine : En toute sincérité nous n’avons jamais, ni moi ni Clo, fait de « concessions ». Je crois que nos goûts et nos façons de fonctionner se complètent vraiment bien. Le regard de Clo sur la composition est toujours d’un grand enseignement pour moi. Elle me fait souvent trouver ce que je n’aurais pu attendre seul : au niveau des structures, des mélodies, des textes… Plus le temps avance et plus nous faisons les choses « ensemble ». Aujourd’hui, nous travaillons vraiment en duo, de la composition jusqu’au mastering !

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Comment avez-vous organisé le travail pour L’Œuf du Dragon ? Les textes des nouveaux titres préexistaient-ils à la construction de la substance musicale ?
Desireless :
Antoine m’a envoyé des playbacks, et moi j’ai composé les mélodies et les textes. Puis nous nous sommes réunis pour mettre tout ça en osmose … nous avons fait un travail d’équipe pour structurer nos titres et peaufiner les derniers détails. Sur l’album les trois titres existant déjà sont « Voyage », « John » et « Uchronia ».
Antoine : C’est un jeu de ping pong… Nous proposons tour à tour des choses et modifions l’ensemble jusqu’à arriver à une chanson qui nous fasse sourire jusqu’aux oreilles (sourire).

Qu’est-ce qui vous a amenés à la réfection de deux classiques de Desireless pour cette première parution commune ? Était-ce une manière de favoriser le braquage de projecteurs sur votre initiative ou Claudie ambitionnait-elle la réfection de « Voyage » et « John » en amont de ce projet commun ?
Desireless :
Avant de faire l’album nous avons joué sur scène et évidemment « Voyage » et « John » faisaient partie de notre set. Nous nous sommes posé la question … et nous avons décidé de les mettre sur notre album. En ce qui concerne « John », au début, il n’était pas prévu d’en faire un clip… Mais avec le recul, cette nouvelle version nous a réellement inspirés et nous avons décidé d’en faire notre étendard.
Antoine : À vrai dire, on n’avait pas du tout prévu de mettre en avant un vieux titre. L’idée est d’ailleurs assez loin de notre philosophie. Mais nous avons senti comme une évolution dans notre duo lorsqu’on a finalisé « John », notre dernière production en date, et c’était vraiment dans cette direction qu’on a eu envie d’orienter les choses.

Antoine Aureche

Antoine Aureche

Tout particulièrement concernant « John », la relecture de L’Œuf du Dragon me semble en extraire une force poétique qu’avec le recul, je trouve moins évidente dans sa forme originelle. Le son de la nouvelle version et l’esthétique de la vidéo réalisée par Samuel Maurin concourent peut-être à créer cette ambition, je ne sais pas. De votre côté, comment décririez-vous l’ambition qui était la vôtre pour cette relecture ? Quelle était l’idée ?
Desireless :
J’ai demande a Antoine de faire une nouvelle version… plus lente… afin de mettre plus en évidence le texte et son côte mélodramatique. Ce qu’il a fait avec brio. Et le travail de Samuel a sublime cette nouvelle version.
Antoine : Au départ, nous jouions « John » dans une version assez minimaliste guitare / voix. Et puis, peut-être poussé dans mes retranchements par le vieux Tat qui sommeille en moi, je me suis fait plaisir avec des cordes squelettiques et des samples industriels de Music For The Space, pour monter quelque chose qui collait plus à ce que Clo avait en tête.

Quel regard a porté sur vos remakes J.-M. Rivat (N.D.L.R. : collaborateur de Desireless dès ses premiers succès publics), s’il en a porté un ?
Desireless :
Je crois que Jean-Michel n’est pas plus que ça branché par ces nouvelles versions. Il m’a autorisée à les mettre sur notre album et je l’en remercie.

D’autres projets communs avec Maurin sont-ils à l’ordre du jour ? Sacré talent et sacré clip, je trouve.
Desireless :
J’espère retravailler avec Samuel, qui en plus d’être talentueux, est une personne très attachante. Nous allons faire à la fin du mois de mai une séance photo avec lui, j’ai une totale confiance en Samuel.
Antoine : Sam est un surdoué, doublé d’un génie de l’émotion… et de la déconnade ! J’ai une immense admiration pour lui depuis que je suis ado… Il était alors bassiste dans mon groupe de prog, Thork.

OOTS & Desireless

OOTS & Desireless

Envisagez-vous le devenir de ce projet commun à court ou moyen terme ou n’existe-t-il aujourd’hui qu’à l’état de « one-shot », telle une ponctuation expérimentale dans vos optiques solo respectives ?
Desireless :
Pour le moment, Antoine et moi avons envie d’aller plus loin. Un nouvel album, très certainement. À suivre.
Antoine : Personnellement, en bon éternel insatisfait que je suis, j’ai très envie de refaire quelque chose, et de le faire mieux ! Aller plus loin dans la prod’, dans les compositions. Aller sur des sentiers plus ethniques, plus expérimentaux… On verra !

Claudie, existe-t-il de nouveaux projets personnels après L’Expérience humaine et le EP XP2 ?
Desireless :
La scène évidemment… et continuer avec Antoine. De nouvelles expériences…

As-tu le sentiment, de par l’exposition médiatique, d’avoir vécu une pression dans les années quatre-vingt et dont tu te serais détachée aujourd’hui, ou finalement, ne l’as-tu jamais vraiment ressentie ? Y es-tu restée imperméable ?
Desireless :
Évidemment, dans les années quatre-vingt, j’ai eu la chance de profiter de cet univers médiatique très développé … c’était la grande époque des radios libres et des émissions musicales télévisées. Aujourd’hui, c’est une autre histoire. Les gros medias ont verrouillé leurs portes à triple-tour… Mais nous inventerons d’autres chemins pour atteindre le public et continuer à partager notre musique avec lui.

Antoine, quid de Tat ? Ça s’en va ou ça revient ?
Antoine :
Je n’ai jamais arrêté de travailler sur Tat, quoi qu’on n’en voit pas encore vraiment le résultat. La musique du teaser du prochain film de Laurent Courau est le seul petit bout de son publié depuis le dernier album, mais j’ai pas mal de matière entre les mains, et je continue de bosser. Le prochain album prendra peut-être la forme d’une BO pour ce film, option qui n’exclura d’ailleurs pas la possibilité de monter un nouveau set live, si demande il y a.

> SORTIE
– DESIRELESS & OPERATION OF THE SUN – L’Œuf du Dragon (Urgence Disk) (2013)

L’Œuf du Dragon (frontcover)

L’Œuf du Dragon (frontcover)

> WEB OFFICIEL
desirelessoots.wix.com/dragon
www.desireless.net
operationofthesun.free.fr

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