Demian Clav – Interview bonus Obsküre Magazine #16

18 Juil 13 Demian Clav – Interview bonus Obsküre Magazine #16

Doux rêveurs, Dominique Clavreul (voix, guitare et synthés) et le batteur JC Wintrebert possèdent une solide culture gothique, culture qui les pose inévitablement en esthètes – esthètes du son, des mots, des images. Adrift, troisième album de ce projet mené entre Strasbourg et Paris, honore avant tout les musiques sensibles, empruntant tour à tour autant au rock gothique qu’aux musiques contemporaines et néoclassiques. En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #16 (juillet / août 2013, en kiosques depuis), www.obskuremag.net publie les propos restés inédits de Dominique et Jean- Charles.

Obsküre Magazine :  Pourquoi avoir cessé la collaboration avec Prikosnovénie ?
Dominique Clavreul :  Nous ne l’avons pas arrêté puisque nous venons de conclure un accord pour la distribution de Adrift. Pour la production, nous voulions être complètement indépendants même si l’idée de créer un label de plus est un peu dérisoire et oblige à beaucoup de travail. Mais cela permet d’être seul maître à bord.

Demian Clav Live by Emilie D.Comment naît votre inspiration ? D’où provient-elle selon vous ? D’un désir inconscient ? De rêves ? Stimulée par la lecture, l’écoute de musiques particulières, de films ?

Chaque morceau de Demian Clav raconte une histoire plus ou moins fictive ou évoque un souvenir vécu. Ou un mélange des deux. La musique est souvent composée à partir de cette histoire et quand ce n’est pas le cas, il m’est facile de faire coïncider un de mes textes avec les morceaux de Jean-Charles qui est un vrai compositeur au sens classique du terme contrairement à moi. Je connais parfaitement les couleurs de son univers musical dont j’aime les subtilités et les contrastes. Mes propres sources d’inspiration musicales sont diverses (l’inconscient, les rêves, les découvertes sans cesse renouvelées d’autres œuvres d’art en font complètement partie) et la plupart des idées que je privilégie se ressemblent. Elles sont des fragments d’un même sillon continuellement approfondi (souvent des accords mineurs, souvent l’idée d’une paysage à perte de vue qui me sert de décor pour l’apparition d’un personnage et de sa voix.) Je ne crois pas beaucoup à une création sauvage, spontanée qui soit débarrassée d’un regard sur l’histoire de l’art. Je crois que chaque créateur n’a qu’un ou deux vrais sujets toute sa vie et que dans un sens nous refaisons sans cesse le même morceau, le même livre ou le même tableau. C’est au moins valable pour les artistes qui me touchent le plus et je trouve cette idée en elle-même émouvante. En ce qui concerne les paroles des morceaux j’ai tendance à ne garder que des formulations à caractère universel que je mêle parfois à ce que d’autres artistes (poètes, écrivains, réalisateurs, chorégraphes, peintres ou musiciens) ont déjà exprimé, à la fois en leur rendant un hommage discret et implicite et en proposant ma version des faits, ma variation sur le thème. Il est d’ailleurs nettement plus facile d’être vraiment original avec des mots, un poème qu’avec des notes de musique ou l’élaboration et la structure d’un morceau. Je vois l’inspiration comme un lien sensible avec la dimension irrationnelle, subjective et spirituelle de notre condition. Dans ce sens, elle ressemble beaucoup à une prière exaucée. L’inspiration est un des aspects de la respiration au propre comme au figuré. Elle symbolise la vie, l’espérance, le désir d’élévation, l’affirmation de soi. L’expiration, elle, symbolise la mort, l’apaisement, le retour à la terre mère : les deux sont liés. Quand on est inspiré on est également souvent désespéré car conscient de l’inutilité et de la vanité de toute création artistique. Et on a tendance à dissimuler ce désespoir. D’un autre côté la profonde inutilité de la poésie est un signe de sa nécessité dans nos sociétés où l’argent est devenu roi.

Jean-Yves Brad by J.C WintrebertAllez, c’est le moment où vous pouvez me lister tous ces artistes qui vous font rêver, grâce à leurs sons ou à leur plume…
Ce genre de question m’inspire ! Je commence : Jean Sébastien Bach, Peter Hammill & Van der Graaf Generator, Nico, Bauhaus, The Cure, Dead Can Dance, Soap & Skin, David Bowie, Syd Barrett & Pink Floyd, The Doors, Joy Division, Sonic Youth, Tuxedomoon, P. J. Harvey, The Legendary Pink Dots, Nick Cave & The Bad Seeds, Minimal Compact, Nick Drake, Portishead, Scott Walker, Grandaddy, Blonde Redhead, Woven Hand, And Also The Trees. Tellement d’autres…  Andréi Tarkovski, Soëren Kierkegaard, Simone Weil, Hölderlin, Dante, Carl Dreyer, Arnulf Rainer, Gerard de Nerval, Pina Bausch, Aki Kaurismäki, Jack Kerouac, Novalis, René Girard, Gurdjieff, Andy Warhol, Rudolf Steiner, Anselm Kiefer, Annick de Souzenelle, Virginia Woolf, Goethe, Edgar Poe, Giotto, Fra Angelico, Jean Luc Godard, Edward Burnes Jones.
Et voilà les listes de Jean-Charles et celle du bassiste Jean-Yves Brard qui a récemment rejoint Demian Clav, elles ne sont pas moins fournies… Jean-Charles écoute du jazz (Oscar Peterson, Miles Davis, John Coltrane, Herbie Hancock, Count Basie…), du rock (Genesis, H. Zimmer, E. Morricone, The Divine Comedy, Sigur Ros, K. Jarrett, Ulver, Allan Parsons, King Crimson, Pink Floyd) et surtout du romantique/contemporain (Chopin, Brahms, Schumann, Debussy, Tchaïkovski, Rachmaninov, Poulenc, Ravel, Stravinski, Chostakovitch). Pour la littérature qui le fait vibrer, disons celle du XIXème siècle essentiellement avec Verlaine, Baudelaire, Chateaubriand, Maupassant, Poe. Mais aussi Tolkien et George Martin. Sans oublier la Bible.
Quant à Jean-Yves, il est plus branché par A Perfect Circle, Chevelle, Magma, Paga group, Weather Report, Herbie Hancock, King Crimson, David Bowie, Pink Floyd, Rolling Stones, Who, Faith no More, Tears For Fears, Bernard Lavilliers, Billy Idol et ses lectures s’orientent vers la psycho cognitive, autisme et neurologie (Jacqueline Nadel, Antonio Damasio, etc..), l’histoire et les livres de Jean Tullard, la SF et le fantastique de Asimov, Tolkien, les polars de Donna Leon.

Cover CD promo by D. Clavreul & Emilie D.Peux-tu me donner quelques infos en vrac sur l’histoire de Scardanelli et du futur album ?

Scardanelli est le titre d’un roman dont j’ai commencé l’écriture il y a deux ans et c’est aussi le nom du personnage principal. Tout en y travaillant je me suis rendu compte qu’il serait intéressant de me servir de la chronologie de l’histoire et des aventures de mon héros pour commencer un cycle de disques (trois ou peut-être plus) racontant certaines de ses aventures insérées dans des tableaux musicaux. Le prochain Demian Clav devrait s’intituler Loviah, du nom de l’archange apparaissant dans le morceau Annonciation de Adrift.J’aimerais pouvoir en dire plus mais Scardanelli me regarde d’un air qui veut dire : Reste mystérieusement évasif

Pouvez-vous préciser la démarche à effectuer pour acquérir le disque ?

Le disque est disponible à cette adresse : http://demianclav.bandcamp.com/ Et bientôt chez Prikosnovénie.

Crédits photos : Émilie D.

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