Dekad

25 Mai 11 Dekad

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #4, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec le Français JB Lacassagne, fondateur et seul survivant des line-ups successifs de la formation synth-pop Dekad. Le nouvel album, Monophonic, délivre un son d’une grande pureté et ses mélodis frappent bien plus que la moyenne, donnant à apprécier Dekad sous un nouvel angle. Si l’ancien groupe est devenu un projet solo, que les fans se rassurent tout de suite : la belle finition de l’ensemble surprendra nombre d’amateurs de pop synthétique et mélancolique, Monophonic (réalisé en compagnie du Member U de Celluloide) s’avérant à la fois efficace et raffiné.


Qu’est-ce qui reste pour toi du Dekad « ancienne formule » ?

JB Lacassagne : Voyons voir… l’auteur, compositeur et interprète, c’est déjà pas si mal, non (sourire) ?…

Qu’est-ce qui a déclenché la participation de Lover_XX sur « So Sorry » et de Member U-0 1 7 6 sur « What if » ? Dès l’écriture, as-tu ressenti « le besoin de l’autre » ou finalement, tout cela ne s’est-il décidé que sur le tard ?
Je me souviens très bien de ce qui s’est passé. Nous sommes rentrés d’un concert de Foretaste à Erfurt en décembre 2008. J’ai attaqué l’écriture des paroles le lundi suivant ce week-end épique. En arrivant au milieu du premier couplet, j’ai eu un flash ! J’ai clairement entendu la voix de Lover_XX sur les mots « a strange situation ». Je ne saurai pas te dire si c’était le fait de l’avoir entendue chanter la veille mais c’est apparu comme une évidence. « So sorry » serait un duo, qui plus est, avec Lover_XX. Pour ce qui est de la participation de Member U sur « What if », l’idée est venue pendant le mixage. Il a pensé, à juste titre, qu’il y avait moyen d’enrichir les refrains en ajoutant une deuxième voix. Evidemment, il avait vu juste ! Sans en rajouter, j’avoue que je ne suis pas peu fier d’avoir ces deux voix sur l’album.

De quelle manière as-tu composé l’album et quel matériel as-tu utilisé pour cela ? Es-tu addict à la technologie ?
La façon de procéder est restée à peu près la même depuis le début. Ça commence toujours par une mélodie qui s’installe insidieusement dans ma tête et qui finit par m’obséder jusqu’à ce que je me décide à la figer en l’enregistrant au clavier. À partir de là, j’ébauche la structure, les harmonies. Les paroles viennent toujours en dernier. Je ne suis pas du tout un addict de la technologie. J’ai un set up que je connais parfaitement et qui me permet de travailler vite. J’utilise toujours une version ancestrale de Cubase qui répond tout à fait à mes exigences. J’ai peu de synthés, un Nordlead qui me sort des bruits plus que des notes, un Microkorg. J’ai agrandi le parc de machines avec un Micron… pas facile à programmer mais qui fait de très bonnes séquences ; et un Mopho, capable de sortir des sons improbables. Je garde jalousement mon CS6X sur lequel je fais tous mes sons de nappes. Côté VST, je reste fidèle à la Korg Legacy et je suis fan du Sylenth1. J’ai également acheté l’AT2020 qui est un micro statique très sensible aux bruits environnants mais qui fait des merveilles s’il est réglé correctement et dans une pièce avec un minimum de traitement acoustique. La dernière étape de mixage et de mastering se fait dans les studios du label à Marseille.

Entre tes ébauches et les versions finales de Monophonic, qu’est-ce qui a évolué ? En quoi le travail sur le son a-t-il, peut-être, transformé l’œuvre ?
La différence entre la première maquette et le produit final est assez notable. Je passe sur l’étape du mix et du mastering. Si les sons et les textures ne changent pas, ou rarement, c’est surtout la structure qui peut être soumise à des changements radicaux. Member U, qui a forcément plus de recul que moi sur mes arrangements, trouvera tout naturel de faire intervenir un refrain là où ça me paraîtra tout à fait aberrant. Le pire, c’est qu’il a raison la plupart du temps ! J’ai une confiance totale et si je me mets à douter, j’écoute un album de Celluloïde au hasard pour finir de me convaincre qu’il saura tirer le meilleur de mes morceaux.

Envisages-tu de publier des remixes de titres issus de Monophonic ?

Chez BOREDOMproduct (N.D.L.R. : le label de Dekad et autres formations electro-pop telles que Celluloide), nous ne sommes pas spécialement fans du remix pour le remix, ou alors pour de très bonnes raisons. La démarche sera plus de mettre des titres inédits sur les singles. Après, il faut voir… C’est toujours intéressant de voir comment quelqu’un qui a une culture différente de la tienne peut s’approprier ton morceau.

Les mouvances electro-pop ou synth-pop continuent de connaître une certaine popularité au niveau mondial mais la vivacité de cette scène, dans l’esprit du public, passe par des références d’abord étrangères. Dekad est la preuve que la France sait faire aussi. Quel portrait tirerais-tu de la scène française, si tu estimes qu’il en existe une ?
S’il existe une scène française electro / synth-pop, alors tu conviendras qu’elle intéresse peu les médias de notre pays… Elle a beau regorger de groupes très talentueux, la France n’est définitivement pas la patrie de la synth-pop… Nous savons tous que le public se trouve outre-Rhin, dans les pays nordiques, voire en Amérique du Sud. Quand tu vois que des groupes comme Mesh, And One ou Babylonia en Italie, passent à la télé, tu te dis qu’il y a encore du travail avant d’en arriver là en France. Et ça ne se fera certainement pas en abreuvant les « djeuns » de R‘n’B à deux balles, ou en réduisant les rayons electro / goth chez qui tu sais… Heureusement, Internet est arrivé au bon moment et nous permet de nous exporter à faible coût. Je trouve ça génial de savoir qu’il existe des fans de Dekad au Pérou ou au Japon !

Tout se fait-il dans un premier temps, avant le studio, à la maison ou as-tu besoin d’environnements qui soient extérieurs à ton « chez toi » pour composer ?
Peu importe l’endroit mais j’ai vraiment besoin d’être dans une bulle pour composer, d’où cette impression de repli dans les textes. En regardant en arrière, je crois que l’album a été en totalité composé de nuit, à des heures où les gens « normaux » dorment. On a tous besoin de se garder des moments qui n’appartiennent qu’à nous. Ces moments-là, je les consacre à la musique.

Quel rapport entretiens-tu avec les instruments traditionnels ? Faire de la musique électronique ne veut pas forcément dire qu’on n’aime pas les guitares ou les batteries…

Si les débuts de Dekad étaient plus emprunts de new wave, le projet est devenu, par la force des choses, 100% synthétique. De la même façon, sur Monophonic, tu n’entendras pas un seul sample de batterie. Je n’ai absolument rien contre la guitare mais il faut vraiment qu’elle soit enregistrée dans des conditions optimales sinon, ça sonne vite « démo ». Par exemple, j’adore la façon dont le groupe O.Children utilise les guitares et la basse mais mon paysage musical reste avant tout électronique avec des choses comme Moderat, Apparat, Haujobb, Neues Kombinat, Röyksopp, etc. ou des choses plus « club » comme Nomenklatür, Commuter, Blackstrobe, voire du classique avec Dvorak, Brahms ou Satie. Bien peu de rockabilly, j’en ai peur…

Comptes-tu défendre ces nouveaux titres « live » ? Si oui, de qui se composera Dekad sur scène ?
La scène n’est pas du tout à l’ordre du jour. Je sais d’expérience que préparer un live demande énormément d’énergie et que je ne me sens pas de taille à me lancer dans cette aventure seul. Trouve moi un bon chanteur et pourquoi pas ? C’est avec plaisir que je me mettrai derrière les machines ! En revanche, il n’est pas impossible que le duo « So sorry » se fasse un jour sur scène à l’occasion d’un éventuel concert avec les deux créatures de Foretaste…

Be Sociable, Share!