Dead Can Dance – Interview Obsküre Magazine #10

13 Août 12 Dead Can Dance – Interview Obsküre Magazine #10

Le nouvel album de DCD, Anastasis, est sorti ce lundi 13 août et Obsküre Magazine a publié dans son #10 (juillet / août 2012, en kiosques depuis le 18 juillet) la toute première interview, sur six pages, du binôme Lisa Gerrard / Brebndan Perry. Afin de célébrer le retour comme il se doit, www.obskuremag.net met en ligne pour la sortie de l’album les passages restés inédits des entretiens que nous avons menés avec les deux protagonistes.
Quinze ans après, Dead Can Dance renaît et entame une tournée mondiale, dont au moins une date passera par la France (Paris, Grand Rex, en septembre). Soyez au rendez-vous, c’est une année charnière… et sans doute le prélude à autre chose.

Obsküre Magazine : Dead Can Dance se rapporte à votre binôme mais devient collectif sur scène. Comment appréhendez-vous cette « mutation » et y aura-t-il sur scène une configuration orchestrale pour la tournée 2012 ?
Lisa Gerrard :
Nous proposerons des orchestrations riches mais je ne sais pas si nous pourrons recourir à un orchestre au sens premier du terme. Cela prend déjà du temps de monter un line-up qui trouve une stabilité… Brendan et moi avons une vision et créons toute cette musique. Pour une tournée, le principe est que nous demandons à des gens de nous aider à la retranscrire sur scène, ils ont aussi leurs vies et il y a de l’aléa pour toutes ces raisons. Le line-up peut bouger en conséquence. Pour la nouvelle tournée, Brendan a monté un nouveau groupe incarnant Dead Can Dance et nous devons créer du lien entre nous. C’est dans la recherche d’une correspondance entre nous tous, dans ce plaisir à jouer ensemble, que nous créerons une dynamique. Il faut partir de quelque part et je crois en le plaisir comme point de départ. C’est ce qui rend notre expérience live si expérimentale. Nous ne savons pas nous-mêmes vraiment où tout cela va nous mener, en raison de tous ces aléas : les fans viendront-ils assez nombreux ? Éprouverons-nous assez de plaisir à jouer ensemble pour envisager de prolonger l’expérience ? Ce serait vraiment fantastique de pouvoir se projeter à travers une formation complète, un orchestre, etc. mais ça ne peut pas s’envisager comme ça parce que nous ne sommes pas dans un cadre mainstream, et ça reste vrai même si certains de notre titre ont rencontré un écho dans le grand public, comme « The ubiquitous Mr Lovegrove »… Ce succès public a aussi son intérêt mais pour l’essentiel, nous n’en sommes pas à produire une musique populaire soutenue par les radios. Si nous relevions du mainstream, nous n’aurions pas de problèmes pour lever des budgets nous permettant de financer l’intervention d’un orchestre sur toute une tournée. Donc je ne sais pas. Pour l’instant, nous travaillons à partir de claviers, de percussions et de tin drums…

A l’aube de la tournée, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je n’ai personnellement jamais travaillé avec nos nouveaux musiciens mais je suis confiante : l’interprétation des morceaux reste dépendante de personnes qui nous sont extérieures mais au bout du bout, par essence, il s’agit tout de même de Brendan et de moi. J’espère ne pas être rude en disant cela, ce n’est pas le propos. Simplement, nous avons écrit ces titres tous les deux. Si nos forces se rejoignent, Dead Can Dance existera et si nous n’y arrivons pas, ça ne le pourra pas. C’est très simple, dans mon esprit.

En 2005, Dead Can Dance s’est réuni et a donné une imposante tournée, fixant à l’occasion un grand nombre de concerts sur CD. Mais l’accumulation des dates a parfois éprouvé les corps. Certains concerts ont été plus difficiles à assurer…
Brendan Perry :
Le concert à Bordeaux a été l’un des pires pour moi, sur le plan vocal. J’avais une grosse bronchite, un syndrome infectieux. Mais j’ai donné malgré cela plusieurs shows, dont Bordeaux, un concert en Espagne et un autre en Italie. C’était particulièrement difficile au chant à Bordeaux, et pour cette raison, le concert n’est pas sorti en CD.

Après la tournée 2005, le groupe n’a pas su donner suite, pas de nouvel album…
Il n’en a pas été vraiment question. Nous n’avions pas de quoi le faire, simplement quelques morceaux. Ce n’était pas suffisant, il n’y avait là rien à quoi nous puissions donner une unité, une globalité. La tournée avait été longue, nous avions besoin de nous reposer par la suite. Cette fois, pour Anastasis, nous sommes revenus à un procédé classique : faire le nouvel album et ne partir qu’après en tournée. Nous opérions toujours comme cela avant et en 2012, nous retrouvons ce rituel. Ça marche bien et je crois, en tout état de cause, que c’est la meilleure manière de faire pour nous.

Avez-vous déjà engagé des discussions pour l’après-tournée ? Croyez-vous en les chances d’un autre album ?
Lisa :
Je crois que nous le ferons, oui. Nous sommes arrivés à un moment dans nos vies où nous réalisons à quel point ce travail est important dans notre existence, où nous saisissons la chance qui est la nôtre. Il y a une importance fondamentale dans le fait de se retrouver ensemble, dans l’art. Il ne s’agit plus d’ego ou de trouver les bons mots, il s’agit de se dédier à quelque chose qui apporte quelque chose aux autres. C’est très spécial de se poser la question de l’engagement. La vie sans cela n’aurait guère de sens : quoi, aller blablater en ville, faire un tour de shopping ? Non, nous avons besoin de faire tout ça et j’ai trouvé une liberté dans cette ouverture dans le travail : je peux travailler avec Brendan, pour la télévision, pour le cinéma, pour moi-même… J’ai besoin de ça, besoin de travailler. Si je n’écris pas, je deviens folle.

L’art répond à un besoin primaire, sans doute, mais sa valeur reste dans l’intention…
Oui, c’est très complexe tu sais, comme un mariage si tu veux. C’est personnel, spirituel, c’est de l’ouverture de cœur, d’esprit. Vis-à-vis de ce que nous faisons, il est impossible de raisonner sur le mode nous nous reformons, nous allons faire de l’argent, je pars en vacance en Corse… Il ne s’agit pas de cela mais d’un passage, d’une transformation, en tout cas à titre personnel. Le temps passe, les sentiments changent mais je suis réellement excitée à l’idée de faire ces futurs concerts, de retrouver notre public. La chose à retenir dans ce que nous faisons avec Brendan, se rapporte à l’art et rien que ça. Ce n’est pas quelque chose qui émerge dans n’importe quelles circonstances, sur simple commande. Cela ne peut découler que de l’état d’un relationnel, à un moment donné. Et notre dialogue en musique a toujours correspondu à un état émotionnel, relationnel particulier, à des moments différents. Le temps qui a passé depuis Spiritchaser puis la dernière tournée nous ont permis de retrouver une dynamique, de nous retrouver dans le cadre de Dead Can Dance et de faire ce disque, à ce moment précis.

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