David J. Haskins – Bonus Interview Obsküre Magazine # 23

30 Nov 14 David J. Haskins – Bonus Interview Obsküre Magazine # 23

À l’occasion de la parution de Bauhaus, Black Magick and Benediction chez Jawbone, l’ouvrage de David J. Haskins, nous avons pu nous entretenir au téléphone avec le bassiste du mythique combo post-punk anglais. Très riche en anecdotes et superbement écrit, ce livre, pour l’instant disponible qu’en anglais, révèle de nombreuses facettes peu connues du groupe tout en y mêlant le parcours initiatique de l’auteur vers les chemins de l’occulte. En parallèle à la double page consacrée à cet ouvrage dans Obsküre # 23, voici quelques extraits non publiés de l’entretien.

ObsküreMag : Combien de temps cela a pris d’écrire ce livre et pourquoi le désir de faire cela aujourd’hui ?
David J. Haskins : Au total, cela m’a pris sept années. Je changeais toujours un mot par ci par là. Je suis comme cela, pointilleux. J’ai été amené à l’écrire car il fallait raconter cette histoire. Ce fut une compulsion, je devais l’écrire. Il fallait que cela émerge à la surface.

Pour le livre tu as décidé de te focaliser sur Bauhaus et ton initiation à la magie, mais pas vraiment sur ta carrière solo ou avec Love & Rockets?
Car c’est un livre sur Bauhaus. Je ne m’attarde pas sur ma carrière solo ou Love & Rockets car cela n’a pas de lien avec l’histoire de Bauhaus. Tout devait être lié à cette histoire.

Dans le livre tu parles de la technique du cadavre exquis que vous avez beaucoup utilisée dans Bauhaus. C’est comme cela que j’ai appris qu’il y avait eu le film Consequences que vous aviez fait qui était diffusé avant les concerts au lieu d’une première partie. Quelle relation aviez-vous aux visuels, à la mise en scène, aux images, car dès le début on sentait que vous vouliez vous éloigner du concert de rock traditionnel. Puis vous aimiez surprendre votre public, en tournant avec un groupe de reggae féminin ou avec le percussionniste industriel Z’ev.
Oui, c’était une extension de la musique que nous faisions et c’était important pour nous de nous éloigner des formats traditionnels avec la première partie. Nous essayions toujours de faire un effort pour apporter quelque chose d’intéressant artistiquement, de surprenant, voire de provoquant.

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Et vous auriez été intéressés à continuer à faire vos propres films car on sent que vous aimiez faire cela?
Cette expression s’est matérialisée sur scène littéralement car j’écris pour des spectacles multimédia qui inclut de la musique, des projections, du théâtre, de la danse Buto, des spoken words, etc. J’avoue que j’y prends un énorme plaisir et c’est quelque chose que je continuerai à faire.

Depuis la chanson « Of Lillies and Remain », tu sembles avoir prêté attention aux rêves et aux signes présents dans ces états oniriques. Étiez-vous conscients très tôt de la magie des rêves?
J’en suis sûr. Mais cela est aussi lié au surréalisme, tout comme les cadavres exquis. Les rêves nous permettaient d’explorer des pulsions créatives de notre subconscient, et de dépasser la logique. Cela peut être très productif en termes de créativité. Cela nous intéressait et le surréalisme.

J’aime quand tu parles de la vidéo de « Mask » qui était comme une prémonition de l’acte de résurrection de Bauhaus. Quelle est ta propre relation au temps, tu le vois comme des cycles qui reviennent ou le temps fonctionne de manière plus linéaire?
Je crois qu’on impose de la linéarité au temps mais ce n’est pas linéaire. Plus je suis confronté au temps, plus je m’aperçois que c’est tout sauf linéaire. C’est bien plus étrange. En particulier avec mon expérience du monde magique.

Si je dis que tu es magicien, acceptes-tu ce dénominatif?
Oui [hésitant], mais je suis aussi quelqu’un qui a une facilité, qui est capable de se concentrer sur des événements, des objets, et d’avoir un état d’esprit réceptif, ouvert et, d’une certaine manière, « vide ». C’est difficile d’exprimer cela avec des mots mais je crois que les humains sont des canaux et certains ont plus de facilité avec cette capacité magique , peut-être car ils sont des réincarnations de personnes qui ont pratiqué dans des vies antérieures et qu’ils en ont hérité le savoir faire.

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Je voulais revenir sur cette amitié avec Genesis P. Orridge qui a duré des décennies. Comment expliques-tu cette amitié si longue ? Cela vient de votre intérêt pour la magie noire?
Je ne m’intéresse pas à la magie noire en tant que telle. C’est plus une exploration très ouverte d’esprit de la magie notamment à travers mon très vieil ami qu’est Alan Moore. Le chemin de Gen a été très différent du mien. Il est plus sur une voie qui fait que j’ai toujours gardé Gen à une certaine distance. C’est plus une association complexe qu’une amitié. J’ai énormément de respect pour lui. C’est une des personnes les plus intelligentes que j’ai rencontrées dans ma vie. Sur le plan créatif, c’est un individu extraordinaire. Il a beaucoup de charisme mais il y a cet aspect égocentrique, qu’on peut tous avoir, mais qui peut aller contre toi également. Un artiste très intéressant.

Dans le livre, on ressent ton amour des Etats-Unis depuis ton premier voyage à New York. Tes sentiments sont-ils les mêmes vis-à-vis des USA?
Le New York dont j’étais tombé amoureux n’a pas duré longtemps. C’est triste pour moi, car à chaque fois que j’y retourne, je vois tout ce qui a disparu. Mais je continue à aimer l’Amérique et les Américains car il y a cette générosité d’esprit. J’en fais vraiment l’expérience en ce moment car je fais une tournée où je joue dans la maison des gens, je joue dans leur salon et je le constate à chaque concert. ils sont ouverts, généreux et il y a encore cet optimisme dans ce pays qui manque totalement en Angleterre. J’ai des amis formidables en Angleterre mais il y règne ce cynisme et je n’ai pas de désir d’y retourner. Mes amis me manquent mais pas le pays. En fait, la France me manque plus. Tu as dû t’apercevoir que j’étais un francophile. Paris me manque, j’aimerais pouvoir y faire un événement lié au livre. J’ai eu des expériences géniales à Paris dont certaines dont je parle dans le livre. J’y ai par exemple rencontré Brion Gysin. J’adore conduire à Paris la nuit, avec les reflets des lumières. J’en suis aussi tombé amoureux à travers la littérature et les écrivains français. Aller à Paris a toujours été un pèlerinage.

On sent que tu as toujours été un grand fan de musique. Vous avez repris beaucoup de groupes et artistes avec Bauhaus (Brian Eno, David Bowie, T. Rex, Dead Can Dance, Joy Division, etc.), tu fais même l’éloge des bootleggers pour le travail d’archivage qu’ils font et tu continues à aller chez les disquaires. Est-ce que tu restes avant tout un fan de musique et les choses que tu écoutes le plus en ce moment?
Oui, je reste un grand fan de musique. Je suis toujours touché par des musiques nouvelles. Aujourd’hui, comme quand j’étais adolescent. En ce moment j’adore ce nouveau groupe qui se nomme The Acid. C’est de l’electronica downtempo un peu dans la veine de Massive Attack mais plus épuré. Aves des infra basses très profondes. Très chill. Un groupe français aussi The Liminanas, c’est une sorte de croisement entre Serge Gainsbourg et le psychédélisme du Velvet Underground. Il y a un groupe de Berlin, The Blue Angel Lounge, aussi.

Ils ont splitté hélas.
Ah tu me brises le coeur, je ne les ai jamais vus en concert. Je sais qu’Anton Newcombe de Brian Jonestown Massacre était en train de produire un album avec eux. Peut-être que c’est déjà fait. On me les a fait découvrir très récemment. Je produis aussi des disques, et il y a deux mois à Salt Lake City j’ai produit cet album d’Intra-Venus and the Cosmonauts. Je connais très bien le bassiste, Barrett Ogden. Il a de très bons goûts musicaux et c’est lui qui m’a fait découvrir The Blue Angel Lounge. Mais je suis très triste qu’ils aient arrêté.

Je trouve que le dernier album est un chef d’oeuvre.
Oui, je suis d’accord. Il y a aussi cet autre type, il est très peu connu, son nom est Damien Youth. C’est un songwriter exceptionnel, je crois qu’il plairait beaucoup aux français. C’est un génie, un savant, il ne connait aucun accord, il joue à sa façon, c’est très poétique. Il a aussi un côté psychédélique, il enregistre dans sa chambre et ses enregistrements sont magiques. J’ai collaboré avec lui sur mon album précédent, Not Long for this World, nous avons écrit une chanson ensemble qui se nomme « Eulogy for Jeff Buckley ». Il a écrit la musique et j’ai écrit les paroles. Sa musique est géniale. Mais j’écoute tellement de choses en ce moment, on en aurait pour toute la nuit.

Quant à Bauhaus, il n’y aura jamais de reformations?
Non. C’était aussi une des raisons pour écrire ce livre, avec tous ces détails.

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Ta carrière solo elle même est très variée, je voulais en savoir plus sur ce que tu fais aujourd’hui. Les choses qui t’intéressent aujourd’hui? Tu as parlé de ces concerts dans les salons.
J’ai sorti très récemment un album qui se nomme An Eclipse of Ships. Dans les shows que je fais chez les gens, je joue de nombreux titres de cet album.

C’est dans la veine plus folk?
C’est tout en acoustique, basse, piano, guitare, des violons, un peu de saxophone. Cela parle des femmes et mon amour pour elles. Et en dehors de cela, je suis vraiment dans les productions de spectacles et je veux continuer dans cette voie. J’écris aussi beaucoup. Et j’ai des idées pour une suite à ce livre. Des éditeurs ont déjà montré de l’intérêt.

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Tu dis que John Lydon a été une des icônes les plus inspirantes pour toi? Est-ce que cela l’est toujours?
J’ai vraiment dit ça? À l’époque, quand j’ai vu les Pistols, il était une distillation de ce que nous ressentions à cette époque. Il était une manifestation et une expression parfaite de tout cela. Et il avait un charisme dingue. Et quand il a commencé PIL, c’était très bon, en particulier l’album Metal Box. C’était de la musique révolutionnaire. Au lieu de continuer avec le punk, il a fait ça avec beaucoup d’intelligence. C’était ça vraiment le punk plutôt que de jouer trois accords rapides et de hurler. C’était défoncer des portes, être ouvert et authentique envers soi même. J’ai décrit cette rencontre dans le livre, mais je pense que c’est un monstre sacré.

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