David Carretta – Interview bonus Obsküre Mag #27

20 Fév 16 David Carretta – Interview bonus Obsküre Mag #27

Riche et diversifiée, Two Decades, la compilation rétrospective de David Carretta, se vit comme un set. Montée en puissance, variations, titres rares et tubes nécessaires, collaborations et one-shots. La discussion autour de cette sortie a permis également de comprendre les motivations d’un artiste passionné et intègre, désireux de se faire plaisir et d’emmener le plus loin possible ses auditeurs. Bonus à notre interview du #27 !

Sylvaïn Nicolino : Sur un titre comme « Goodbye Honeymoon », tu fais le lien avec les prémices de l’ambient, à la façon d’un Carpenter ou tout ce pan Kosmische. C’est un aspect qui revient à la mode ces dernières années. C’est aussi une face de ton travail moins connue, moins spectaculaire (et pourtant, bien présente, cf « Cosmos 1970 »). Peux-tu nous dire quelques mots sur ce goût que tu manifestes de temps à autres ?

David Carretta : J’ai toujours aimé la science fiction , les films fantastiques, tout ce qui a un rapport avec l’espace, le cosmos, ça me fascine depuis que je suis tout petit et encore maintenant. Mes séries préférées quand j’avais dix ans c’était Cosmos 1999, une série très « space disco », toujours à la limite du mystique, j’adore leurs décors et leurs paysages super cheap en plastique et en tissu.

cosmos 1999
Régulièrement, tu utilises des voix, samples de films ou bien ta propre voix ou celle de Gigi Succés (« Escape from you » par exemple), qu’est-ce que la tessiture d’une voix et les mots apportent en plus à ta musique déjà très figurative ?

C’est important pour moi de délivrer un message, aussi simple soit-il. Et puis c’est ma culture musicale qui veut ça, un héritage de l’EBM, de Kraftwerk. Certains morceaux nécessitent des voix et d’autres non. Tu peux ressentir ça pendant la conception, souvent assez rapidement, ça dépend aussi de l’humeur dans laquelle tu te trouves.

Pourquoi cette compilation sort-elle chez Unknown Pleasures Records? Nous suivons ce label avec passion, et toi, pourquoi ce choix ?

C’était important pour moi de trouver quelqu’un de créatif et de réactif pour mener à bien ce projet. Pedro le boss du label est un mec passionné qui met de l’énergie dans tout ce qu’il fait. J’aime bien la démarche du label qui fonctionne instinctivement. Ils sortent autant des nouveaux artistes que des artistes plus confirmés comme Neon Judgement ou Usher San de Norma Loy… ou moi ! J’avais sorti le premier album de Adan & Ilse sur mon label Space Factory en 2012. J’aime cet esprit d’échange et je fonctionne souvent comme ça.

Comment ont été sélectionnés les titres de cette rétrospective? Tu dois avoir plus de deux cent morceaux et ou versions alternatives, non ? À qui s’adresse en priorité cette compilation / rétrospective ? Y as-tu pensé pendant le processus de travail ?

C’est une compilation qui s’adresse à tout le monde. Il y a mes tracks favoris et ceux aussi qui ont eu le plus de succès. J’ai fait une première sélection d’une trentaine de morceaux qu’on a affinée ensemble avec Pedro jusqu’à la tracklist finale. Une rétrospective, surtout en quatorze morceaux, t’as pas intérêt à trop réfléchir non plus, sinon tu te rends fou ! Donc au bout d’un moment on a tranché. J’aimerais bien sortir un Volume 2 avec une approche différente en choisissant par exemple la reprise de Plastic Bertrand sortie sur mon premier album, le remix que j’ai fait pour Crash Course In Science ou Cosmo Vitelli… y’a de quoi faire !

Qu’est-ce qui t’a lié à Millimetric ? Vos approches diffèrent sensiblement, mais vous vous êtes souvent retrouvés.

Avec Millimetric, on se connait depuis la fin des années 80 à Marseille quand j’avais mon groupe Art Kinder Industrie. Lui aussi faisait de la musique, on aimait les mêmes musiques, on a le même background et puis on est tous les deux des Marseillais : c’est important pour moi les amitiés qui durent.

Est-ce plus difficile de travailler sur sa propre matière que sur un dj mix avec d’autres artistes ? Le beat, ça te fait toujours rêver ?

Je pense que c’est quand même plus difficile de créer un morceau que de faire un DJ set, y’a pas photo ! Faut arrêter de crier au génie parce qu’un mec ou une nana passe trois disques ! Surtout avec les nouvelles platines CD ou Traktor. C’est devenu tellement banal d’être DJ que ça en devient moins excitant. Heureusement quand le public est à fond c’est irremplaçable comme sensation.

Plusieurs de tes morceaux revendiquent des noms de villes (« Toulouse is on the Map », « Marseille kicks ass » ou encore, présent sur cette compilation « Moskow Reise ») : à quoi étaient dû ces clins d’œil ?

Dans le cas de Toulouse et Marseille c’était pour représenter la ville dans laquelle je me trouvais à ce moment-là. Comme c’est des tracks instrumentaux c’est pas toujours évident, alors tous les moyens sont bons pour trouver un titre. C’est aussi deux villes importantes pour moi car c’est là où j’ai vécu le plus longtemps. Pour « Moskow Reise » on s’est fait un délire avec The Hacker et Millimetric, on parlait de nos expériences à Moscou et puis c’est parti sur des paroles et finalement ça a donné le titre « Moskow Reise ».

DAVID CARRETTA Two Decades – A Retrospective (Unknown Pleasures Records) (2015)
https://www.facebook.com/David-Carretta-110322897838/
https://hivmusic1.bandcamp.com/ (pour commander)

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