Darkoustix – Interview

13 Mai 13 Darkoustix – Interview

Darkoustix est un projet qu’a monté, à son propre service, l’ex-chanteur des ténébreux Trom, Fabrice. Faber est son nouvel album, sort en autoproduction et offre l’occasion rêvée de partir à la rencontre de « l’ex- » d’une formation (suisse) culte dans les milieux underground dark metal. Echange sur les motivations courantes et l’état d’un art sulfureux et dénué ni de corrosion ni d’humour.

Obsküre Magazine : Qu’est-ce qui t’a amené, au départ, à monter le projet Darkoustix ? Que souhaitais-tu y exprimer originellement et que s’est-il passé pour toi entre la fin de Trom et le début de ce projet solo ?
Fabrice :
Après la fin de Trom j’ai quelque peu erré musicalement, en commençant par des cours de chant classique, puis une participation à un groupe de blues psychédélique, éphémère, et à un festival de rue en tant que percussionniste d’un groupe togolais, avant de me tourner vers la musique assistée par ordinateur dite « MAO ». J’ai alors composé environ trois albums inédits dont le dernier, de reggae et en collaboration avec un guitariste rock, a attiré l’attention d’un mécène qui m’a proposé de m’en payer l’enregistrement si je trouvais un groupe jamaïcain pour l’interpréter. L’ayant trouvé, la réaction de son leader à l’écoute de ma démo (« C’est bien, mais qu’est-ce que c’est daaaaark! ») m’a amené à me rendre, avant de m’engager, pour la première fois et après plusieurs années d’abstinence, à l’une des célèbres soirées gothiques de Zürich. Et là j’ai pu réécouter, et danser sur, ces bons vieux New Model Army, Joy Division, The Smiths, Fields Of The Nephilim, Das Ich, Rammstein et toutes ces choses, que j’avais si longtemps laissées de côté. Et puis il y avait toutes ces très jolies filles, érotiquement (dé)vêtues de dentelles noires… Quelques hésitations et folles soirées plus tard, j’ai proposé à mon mécène de me payer plutôt du matériel pour composer un album gothique et il a eu la bonté, et la confiance, d’accepter.
J’ai alors créé Darkoustix et me suis lancé dans la composition de Fatal Underworld crazy Kink, avec la seule ambition de faire un album gothique du mieux que je pouvais. Je n’avais donc pas, et je n’ai d’ailleurs toujours pas, d’envie « originelle » d’exprimer quoi que ce soit de précis dans mes compositions, celles-ci se construisant petit à petit au gré de mes envies, de mes rencontres et émotions. C’est là une grosse différence d’avec Trom, où le nom du groupe orientait forcément mes paroles vers la mort, et/ou l’ésotérisme qui était alors ma passion.

darkoustix_02

Qu’est-ce qui a causé la fin de Trom ? Ne ressortirez-vous jamais rien ? Une reformation est-elle exclue ?
C’est l’enregistrement de notre dernier opus dans une petite ville hongroise qui a causé la fin de Trom. Alors que l’ambiance n’était déjà pas au beau fixe – il nous est arrivé de nous taper dessus avant un concert – être ainsi enfermés ensemble dans un petit studio pourri et vivre les uns sur les autres vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, pendant une semaine environ, a été la goutte de vomi qui a fait déborder un vase déjà bien rempli de miasmes nauséabonds. Je ne sais pas si nous ressortirons un jour quelque chose, ni si nous nous reformerons. Rien n’est prévu pour l’instant mais, puisqu’il ne faut jamais dire jamais, je ne le dirai jamais.

Faber témoigne à la fois d’une gravité et d’une humour grinçant sur la nature humaine. Tes textes sont-il le fruit d’une observation ou d’un vécu personnel ?
J’écris la plupart du temps sur l’inspiration du moment, d’un seul jet, quand l’évolution du morceau le demande, en partant de petites phrases, ou d’idées de texte,
notées au cours de ma vie sur un coin de mon âme. Il arrive aussi que j’écrive simplement n’importe quoi sur n’importe quel sujet et c’est alors que mon humour le plus déjanté s’exprime – parce qu’ainsi je m’amuse, ou que je m’inspire d’un poème, d’un livre, d’une créature ou d’une situation qui m’a particulièrement impressionné. Mon vécu et mes observations sont en effet à la base de ces écrits, d’autant plus que souvent je m’inspire de situations et personnes réelles, que je romance alors pour m’éclater, mais je ne cherche pas à exprimer une quelconque philosophie.

darkoustix_03

Qu’as-tu appris en tant que musicien, à travers l’option solo ?
La liberté et la responsabilité totales que procurent le choix de l’individualisme. Plus précisément, j’ai d’abord dû apprendre, virtuellement, la basse, la batterie, la guitare, le synthé et leurs rôles particuliers, ainsi qu’à prendre en charge totalement la composition d’un morceau. Ensuite j’ai dû apprendre à me passer des sautes d’humeur, des états d’alcoolémie avancés, des gamineries, du manque de sérieux, des absences, des exigences démentielles, des ambitions démesurées, des jalousies et autres conflits de personnalités qu’on rencontre lorsqu’on travaille avec d’autres musiciens. Ce fut certes difficile, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus manqué. Par contre, il est évident que, seul avec des machines, je n’ai pas ce « feeling » qu’un jeu partagé peut procurer. Seul le chant me permet en effet d’exprimer une émotion réellement « sur le vif ». Cela me manque principalement sur scène, puisqu’un groupe fera varier sa musique en fonction du public, de l’endroit, de la température et de l’état psychologique de ses membres, tandis que la machine ne peut que se répéter inlassablement, sur le même tempo et au même volume. Je sais d’ailleurs que lorsque Trom était à la limite de la rupture interpersonnelle, nos concerts étaient fort appréciés du public car nous étions sur scène d’une agressivité, je dirais même d’une méchanceté, extrême.

darkoustix_04

Quels sont tes projets à court ou moyen terme ? La scène en fait-elle partie et cela se fera-t-il en config purement solo ou avec des musiciens extérieurs ?
Mon projet principal étant de terminer mon troisième album, que je viens de commencer, la scène n’est pas vraiment ma priorité, même si je n’exclus pas d’en faire si je suis invité dans des conditions décentes, en solo ou accompagné de quelques danseurs/danseuses car je n’ai aucune envie d’engager des esclaves pour jouer ma musique. Je continuerai par ailleurs, histoire de me changer les idées, à monter des vidéos que je mettrai en ligne ponctuellement sur ma chaîne YouTube, pour assurer la promotion de Faber et m’éclater visuellement.

> SORTIE
– DARKOUSTIX – Faber (Darkoustix)
> WEB OFFICIEL
www.darkoustix.com
www.myspace.com/darkoustix

Be Sociable, Share!