Daemonia Nymphe – Interview bonus Obsküre Magazine #15

14 Mai 13 Daemonia Nymphe – Interview bonus Obsküre Magazine #15

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #15 (mai / juin 2013, en kiosques depuis le 9 mai), www.obskuremag.net publie les propos restés inédits de Spyros Giasafakis, tête pensante de Daemonia Nymphe. L’homme est érudit, affable, prolixe en mots et exalté. Il nous présente Psychostasia, dernier album du groupe, nous parle de son art, d’antiquité, de son pays et du malaise social grec persistant.

Obsküre Magazine : Alors, comment avez-vous occupé votre temps entre Krataia Asterope (2007) et Psychostasia ? Quelles ont été vos activités pendant ces six années ?
Spyros : Nous avons continué à travailler notre musique toutes ces années. Jouer live en Europe et composer. Nous avons écrit pour le théâtre, le cinéma, pour des documentaires. Nous avons joué dans des théâtres antiques à Chypre et dans des modernes à Londres, donc ces années-là ont été très actives. Nous avons aussi composé de la musique pour Daemonia Nymphe, ce qui a été un long processus qui se manifeste avec évidence actuellement. Hormis la musique, j’ai obtenu mon Master d’Arts au Wimbledon College of Art à Londres et j’ai mis mon œuvre en exposition au Royaume-Uni. Certaines de mes sculptures peuvent être accessibles ici.

Daemonia - pesée

Psychostasia est un voyage, avec ses moments marquants. Quelles sont les émotions humaines que vous avez souhaité propager et transmettre à travers ce voyage et pouvez-vous nous parler de ses participants ?
Nous voulions créer une œuvre moderne inspirée par des histoires antiques et traditionnelles. Cet album est probablement le projet dans lequel nous nous sommes le plus impliqués. Nous sommes vraiment heureux du résultat et surtout, d’avoir travaillé en coopération avec une multitude d’artistes exceptionnels ! Les musiciens qui nous ont honorés par leur contribution sont Dimitra Galani, Dessislava Stefanova (London Bulgarian Choir), Victoria Couper, Kalina Koleva, Peter Ulrich (ex-Dead Can Dance), Peter Jaques (Stellamara), Luka Aubri (Rastaban), Vaggelis Paschalides, Maria Stergiou, Orestis Giasafakis, Bernard Burns, Dimitris Kotsikas and The Polyphonic Chorus «Taiteria». Ajoutons à la liste l’ingénieur du son, Ian Williams, avec qui nous avons collaboré pour pour la première fois et Grigoris Papapanagiotou qui a enregistré des morceaux de l’album à Athènes. Le dernier et non le moindre, est notre partenaire de longue date Nikodemos Triarides, avec qui nous avons mixé la plupart des chansons et avec qui nous nous sommes occupés du mastering de l’album. Nikodemos est d’une certaine manière un membre du groupe et nous a grandement aidé à définir notre son depuis toutes ces années.

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Que se passe-t-il pour les âmes après l’étape du Psychostasia ? Où vont-elles ?
Ce n’est pas une question à laquelle je suis censé répondre, puisque l’auditeur explorera et trouvera peut-être des réponses. L’album reflète des ambiances qui peuvent être interprétées sous plusieurs angles par ceux qui écoutent.

Y a-t-il des messages secrets / cachés, des enseignements, une morale à retenir des textes de Psychostasia ?
Je n’aime pas vraiment les messages ou les enseignements, qu’ils soient cachés ou dévoilés. Les problèmes moraux doivent être définis par chacun, par nous-mêmes.

Nicholas Brass vous aide-t-il dans votre démarche artistique ?  Pouvez-vous nous expliquer la manière dont vous travaillez ensemble ?
Les instruments de Nicholas Brass que nous utilisons ne sont pas traditionnels mais sont des reproductions de ceux de la Grèce antique. La plupart des instruments utilisés dans la Grèce antique furent perdus dans le temps et n’avaient plus été utilisés durant plusieurs siècles. De nos jours, quelques personnes dans le monde jouent avec ces instruments anciens, ces personnes proviennent de différentes nationalités, les reproduisent et les utilisent dans leurs compositions. Nous avons une excellente relation avec Nicholas Brass bien que nous ne soyons pas actuellement autant en contact avec lui que par le passé. Nous vivons à Londres et lui à Athènes, ce qui diminue la fréquence de nos rencontres. Nous savons que les instruments qu’il frabrique diffusent une certaine aura artistique et nous sommes honorés de jouer avec ses créations. Les instruments de la Grèce « antique » que nous utilisons dans Psychostasia sont la lyra, la kitharis (N.D.L.R. : tous deux deux sortes de lyres), l’askaulos (N.D.L.R. : une sorte de cornemuse) et la pandoura (N.D.L.R. : forme de luth). Les photos et extraits sonores des instruments sont consultables ici.

Place aux questions subsidiaires : Est-ce que la mythologie grecque imprègne encore la culture populaire et les mœurs de votre pays ? Si oui, de quelles manières ?
C’est une question difficile, bien que je crois que dans la vie de tous les jours, il subsiste des éléments provenant de la mythologie grecque et de la culture de la Grèce antique. En ce qui concerne les mœurs, beaucoup de gens prénomment leurs fils d’après d’anciens prénoms grecs. Les mythes de la Grèce antique sont toujours narrés aux jeunes gens et je crois que les Grecs contemporains retrouvent un intérêt concernant le passé de leur pays. Certaines célébrations antiques sont toujours en vie telles que l’ « Apokria », un carnaval grec célébrant Dionysos et l’ « Anastenaria », le rituel de la marche sur le feu ! Bien sûr, il y a toujours des Grecs qui vivent à Athènes et qui n’ont pas visité le Panthéon, mais ça c’est une autre histoire !

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En termes de philosophie de vie, de religion, de mysticisme,  quelles sont vos croyances personnelles ? Selon vous, où se situent les frontières entre l’art et l’intime ?
C’est un vaste sujet que je ne peux évoquer en quelques mots. Quand je compose de la musique, il y a définitivement quelque chose d’inexpliqué qui me pousse vers un lieu où je n’ai jamais été auparavant. Ça peut s’apparenter au divin, au pouvoir de la Création. Je ne le possède pas, ni me l’approprie en mon nom mais disons que cette force me hante parfois.

Bien que l’artistique soit souvent à mille lieues des préoccupations du politique, quel regard portez-vous sur la situation économique de votre pays qui ne semble s’améliorer ? Cela vous touche-t-il ? Ce climat d’austérité et de tensions influe-t-il sur la vie culturelle en Grèce ?
Plus de deux ans de crise ont été suffisantes pour que les Grecs se rendent compte que rien ne se réglerait grâce aux extrêmes mesures d’austérité, aux grandes taxes et à l’abolition des droits que les Européens ont acquis grâce aux révolutions. Chaque mois, les choses empirent et il n’y a aucune amélioration dans quoi que ce soit, comme si tous ces sacrifices n’étaient faits pour rien d’autre que soutenir les banques. Les politiciens mentent pour leur propre profit et il y a toujours quelques personnes qui, à travers ces situations, parviennent à s’enrichir. Il est très important de se rendre compte que ce n’est pas uniquement le problème de la Grèce, d’autres pays, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Europe suivront. Nous ne sommes pas très optimistes à ce sujet mais dans un avenir proche, nous espérons voir apparaître des signes d’amélioration. Il est évident que cette situation influence la vie culturelle de la Grèce, mais nous savons aussi que lors ces périodes difficiles, l’art gagne en puissance et en relief.

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