Contre Jour – Interview bonus Obsküre Magazine #13

18 Jan 13 Contre Jour – Interview bonus Obsküre Magazine #13

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #13 (janvier / février 2013 – en kiosques depuis le 9 janvier), www.obskuremag.net publie les extraits restés inédits de notre entretien avec la formation cold pop / new wave française, dont le nouvel opus studio sort chez Infrastition. Le style s’est affermi par rapport au tout premier One Night at the Station, dans le champ d’un néogothique retenu et émotionnellement puissant. Passion and Fall, c’est une collection de chansons bellement maîtrisées, à la fois fortes, mécaniques et sensuelles. Œuvrant dans un registre mélancolique, élégant et faisant écho dans le son à moult références chères à nos cœurs (des années quatre-vingt à nos jours), le trio français (dont une préquelle se nomma Neptüne) s’affirme et répond à nos questions complémentaires, par la voix des individus comme du collectif lui-même.

Obsküre Magazine : Qu’est-ce qui a fait que les choses, un jour, passent de Neptüne à Contre Jour ?
Roxy :
Neptüne était à la base plus ou moins mon projet solo. Christof a alors apporté sa contribution à la composition et à l’enregistrement des morceaux, nous avons ensuite cherché ensemble parmi nos amis des membres supplémentaires pour le live. Il faut savoir qu’à ce moment-là le line-up comportait un batteur. Après le départ de celui-ci et de la quasi-totalité des autres musiciens, nous avons eu envie de tout reprendre à zéro et de nous réorganiser un temps à trois pour le live : sans batterie et en assurant la guitare moi-même en plus du chant, accompagnant donc basse et synthétiseurs. De là est né Contre Jour. Pour l’anecdote : le nom « Contre Jour » nous a été soufflé par un de nos proches amis : Michel, le chanteur de Garçons Coiffeurs. Après la brève incursion d’un nouveau batteur, avec lequel ça n’a pas collé, j’ai ressenti le besoin de me consacrer entièrement au chant. C’est alors que Manu, qui jouait déjà dans Garçons Coiffeurs avec les autres membres de Contre Jour, a intégré le groupe. Le line-up était au complet pour les concerts et la mini-tournée en Allemagne.

Les difficultés que vous avez pu rencontrer dans la stabilisation du line-up, vous semblent-elles tenir à des divergences personnelles ou simplement à la rareté du vivier de musiciens ayant le background nécessaire dans l’environnement qui était le vôtre ?
Contre Jour :
Impossible de donner une réponse générale. Chaque départ avait une raison complètement différente. Qu’il s’agisse d’un déménagement, d’un manque d’investissement « professionnel » ou de divergences personnelles… Mais le plus important était la musique. Le groupe devait avancer, c’est ce qui nous a conduits à être trois aujourd’hui. Le groupe connaît aujourd’hui une stabilité sereine et la sensation de pouvoir enfin avancer sans rencontrer d’obstacle.

Quelle est la nature des liens qui vous unissent aujourd’hui, sur le plan personnel ?
Une réelle amitié et une totale confiance depuis plusieurs années. Nous partageons aussi beaucoup de passions comme la vidéo et la photographie, que Christof et Manu pratiquent ensemble à titre professionnel.

Votre son est assez moderne mais l’influence des musiques sombres des 80’s et 90’s semblent rester prégnantes sur le nouvel album. Comment décririez-vous le paysage culturel du groupe en musique ? Votre manière de gérer le poids des influences est-il tout simplement de les laisser traverser votre son ou espérez-vous/tendez-vous à en restreindre le poids dans vos reliefs musicaux ?
Habituellement nous ajoutons chacun les ingrédients issus de ce qui nous a marqué en musique. Nous laissons donc traverser toutes ces influences respectives, on ne retient rien. En général ce n’est que plusieurs jours après une prise qu’on réalise ce que ça nous évoque précisément parmi la myriade de groupes que comporte le spectre de nos influences. Il n’est jamais arrivé qu’on doive rétrospectivement modifier quelque chose pour une raison de trop forte ressemblance. Même s’il y a des choses qui évoquent le passé, c’est en général fait de manière innocente et inconsciente. C’est plus souvent une question d’arrangement ou même de son qui nous aura parfois obligés à revoir certains détails sur nos morceaux.

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Votre son s’est affermi depuis l’élégant One Night at the Station. Comment décririez-vous la phase ayant séparé les deux enregistrements ? Avez-vous le sentiment de travailler différemment ensemble, aujourd’hui ou y voyez-vous plutôt un mûrissement naturel ?
À vrai dire il n’y a pas eu réellement de phase de « non enregistrement » qui aurait séparé la réalisation des deux albums, on enregistrait déjà des choses pour Passion and Fall avant la sortie officielle de One Night at the Station, même s’il est vrai qu’on a fait le plus gros du boulot entre août et octobre 2012, où on travaillait considérablement plus vite… Concernant l’évolution du travail pour Passion and Fall, on peut dire qu’on s’est mis à travailler différemment en cours de route, et que cette différence significative réside principalement dans le fait de s’être soudainement retrouvés à trois… Nous n’avions plus aucune crainte de ne pas nous comprendre et avons pu travailler sans retenue d’aucune sorte lors du processus créatif. C’était donc plus rapide.

Votre musicalité, à laquelle la base programmée donne un relief linéaire ou plus sinueux, gagne une enveloppe sensuelle et planante voire un nerf héroïque dans les guitares et le chant. Il en découle en ce qui me concerne une sensualité ambiguë, hybridant charnel et froid. Êtes-vous dans la quête d’une telle esthétique ? Que cherchez-vous à toucher sur la forme ?
C’est difficile à dire, je crois que paradoxalement nous sommes peut-être les moins désignés pour répondre à cette question… Et pour cause : Le paysage musical prend forme naturellement lorsque l’on mélange nos idées respectives. Chacun de nos « auditeurs » est libre d’interpréter les multiples alliances, ou antagonismes, parfois !, qui se font entre nos arrangements, nos mélodies, notre son, et nos harmonies de voix. C’est d’ailleurs pour ça que c’est si sympa de voir l’album chroniqué ne serait-ce même que par un blog amateur, ce qui est arrivé plusieurs fois par le passé… Cela nous éclaire un peu sur ce qu’on fait, nous donne un regard extérieur que nous n’avons pas, en quelque sorte. Parfois, en discussion avec des amis très éclectiques, surviennent parfois des comparaisons franchement pas désagréables auxquelles on n’aurait pas pu penser même dans nos rêves les plus fous, et ce même lorsque c’était évident ! Cela nous donne même, parfois, envie de nous y intéresser de plus près, histoire de creuser dans la même direction pour les prochaines créations. L’humble avis du public est donc toujours agréable à recueillir, même si bien sûr, il ne pourra jamais outrepasser nos obsessions musicales. Elles constitueront toujours 80% de notre son.

Quatorze titres, c’est beaucoup de travail on imagine. Or, vous n’avez pas mis tant de temps que ça à sortir Passion and Fall après One Night at the Station. Avez-vous le sentiment que tout a « coulé » ou le processus a-t-il été plus chaotique ? Des titres là immédiatement, d’autres sur lesquels il a fallu bûcher, bûcher ?
Emmanuel :
Une fois encore le processus a été divisé en plusieurs étapes… le début du travail sur Passion and Fall était plutôt chaotique voire anarchique, puisqu’en vérité les premières bases des compos de l’album ont été initiées bien avant la sortie officielle de One Night at the Station. N’oublions pas qu’avant de sortir chez Infrastition en mars 2011, l’album était d’abord sorti en autoproduit en janvier 2010. Soit six mois avant mon arrivée dans le groupe ! Ces exemplaires autoproduits étaient vendus lors des concerts. Ce n’est qu’après que s’est présentée l’opportunité de ressortir l’album chez Infrastition, permettant une bien meilleure distribution, et bien sûr plus de prise au sérieux (Nous tenons d’ailleurs à remercier Greg Fred et Alex au passage d’avoir pu faire en sorte que tout ça voit le jour). La phase « d’entre deux » albums était donc d’un an plus longue.
Contre Jour : Passée la sortie officielle de One Night at the Station, nous avons dû boulonner pas mal sur l’aspect concerts puisque la petite tournée en Allemagne commençait à se rapprocher dangereusement et que nous avions quelques dates entre-temps sur Nice et sa région. Les enregistrements étaient donc encore très sporadiques en ce temps-là et pour cause : nous ne sommes pas tributaires d’un temps limité de studio payant, puisque nous nous enregistrons seuls. Ce n’est qu’après que nous avons commencé à avancer plus sérieusement à l’automne 2011, pendant lequel nous travaillions en parallèle de quoi obtenir de la matière pour trois nouveaux clips autoproduits. Ensuite fin 2011 on a planché sur un tremplin qui fut un échec total, une pure perte de temps au détriment de l’avancement de l’album et qui nous a guéris à tout jamais de pareille expérience d’apparence si professionnelle pour, en fait, s’avérer être peu sérieuse…
Début janvier 2012 nous avons dû préparer l’organisation, fastidieuse, d’un concert avec entre autre les Rapido De Noir, que nous apprécions beaucoup et qu’on salue au passage ! Passé ce concert du mois de février, pour faire court : on va dire que 2012 n’aura pas été une année sans émotions, soucis et dilemmes… Ce n’est qu’après s’être retrouvé à trois que l’on a enfin pu mettre de l’ordre dans nos idées, réorganiser tout le travail en faisant des projets réalistes avec de vraies échéances, en somme : mettre le turbo. Entre août et octobre 2012 on a pu venir à bout de quasiment sept voire huit morceaux supplémentaires, fort d’une organisation de travail différente, due à cette nouvelle configuration de groupe. Le fait de n’avoir eu aucun engagement de concert depuis février 2012 nous a beaucoup aidés, ceci étant.

En dehors de la mini-tournée allemande ayant eu lieu en 2011, parvenez-vous à jouer live régulièrement ? Est-ce une de vos aspirations ? Abordez-vous la scène sereinement ou est-ce un moment plus délicat que le studio pour vous ?
Contre Jour :
Pour l’instant le live n’a jamais été une chose facile pour nous. C’est souvent une source de stress car nous avons une idée bien précise du rendu final qu’il nous plairait de partager avec notre public. Outre la partie arrangement et son, nous aimerions à partir de maintenant développer le côté visuel afin de recréer sur scène l’univers esthétique qui nous est propre.
Emmanuel : Il nous plairait également de commencer un travail suivi avec un ingénieur de son qui pourrait prendre en charge la partie technique, cela nous libérerait l’esprit au profit de nos performances.

Ce mélange de psychédélisme et de froid qui marque la géométrie de l’artwork de Passion and Fall vous semble-t-il tenir (toutes proportions gardées) à l’héritage d’un Peter Saville ?
Contre Jour :
Ce n’était pas volontaire de notre part à vrai dire, mais je crois que vu nos influences, il serait malhonnête de notre part ainsi que de celles des groupes partageant les mêmes influences que nous, de dire que la variété des artworks « Factory » n’est pas devenu une sorte de réflexe culturel que l’on a un peu dans les veines… Il faut reconnaître que le travail de Peter Saville était assez révolutionnaire et a marqué la transformation du rock anglais au fer rouge à l’aube des années quatre-vingt. Personne ne pourra jamais dire le contraire, il a fait partie de ces précurseurs, qui à l’instar des musiciens de la fin 70’s – Joy Division, The Stranglers, Gary Numan, Kraftwerk et on en passe – ou même des dadaïstes au début du siècle, ont apporté quelque chose de radicalement nouveau à un ensemble de cultures qui existaient déjà. Concernant l’artwork de la pochette de Passion and Fall : au départ, on voulait essayer de sortir de l’esthétique froide et minimaliste justement très prévisible du microcosme cold wave… Mais c’est alors que s’est présenté ce visuel de porte ouverte tenté par Manu, représentant nos trois silhouettes à « contre jour » schématisées dans l’embrasure, projetant nos ombres sur le sol… En noir et blanc c’était pas mal, mais trop proche de ce qu’on avait sur l’album d’avant, peut être trop banal aussi, il manquait un petit truc…
Emmanuel : C’est alors qu’on s’est souvenu que Roxy avait eu l’excellente idée d’inclure dans un clip, encore en projet, les trois couleurs primaires Cyan Magenta et Jaune. Lorsqu’on a mis en corrélation cette idée des trois couleurs (une chacun !) à cette embrasure de porte, il n’a pas fallu me le dire deux fois. Étant un passionné de graphisme j’y ai vu ce parallèle avec la synthèse soustractive, utilisée dans le processus d’imprimerie en tant que « quadrichromie ». Cela m’a beaucoup plu, puisqu’on ajoutait de toute façon une bonne dose de noir pour accompagner ces trois couleurs… La lumière s’engouffre dans l’embrasure de la porte. Nos ombres, tel un contrejour fait de couleurs, s’estompent à mesure que nos auras sont à proximité. Nous sommes tournés face à la lumière… Cela résume plutôt bien notre album finalement, trois puissantes couleurs qui à elles seules sont invariables, mais dont le mélange offre un potentiel de combinaisons infini. Ces trois couleurs symbolisent la positivité, venant supporter les émotions négatives symbolisées ici par le noir, de manière à illustrer le perpétuel combat entre le négatif et le positif, toujours tourné vers une légère nuance d’espoir symbolisé par le blanc, comme un rai de lumière traversant les méandres parfois sombres des pensées quotidiennes de tout un chacun. Le mélange équitable de ces trois couleurs donne le noir, la combinaison des émotions qu’on a chacun mises dans ces nouveaux morceaux… Notre musique s’évertuera donc toujours avec une note « sombre » omniprésente, car dans la réalité de la vie c’est parfois ce qui est douloureux qui développe notre empathie et nous apprend à respecter et à aimer. Difficile de savoir ce qu’est vraiment le bonheur si on n’est pas tombé bien bas au moins une fois dans sa vie.
Contre Jour : Voilà pourquoi on pense que ça symbolise bien la lutte/l’alliance entre le très sombre et le très lumineux que l’on a inoculé à ce nouvel album. Les textes sont presque tous issus du vécu et écrits dans la spontanéité du moment. Quant à l’artwork que l’on a attribué à chacun des morceaux dans le livret, il soutient cette cohérence.

> SORTIE
– CONTRE JOUR – Passion and Fall (Infrastition) (2013)
> WEB OFFICIEL
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