Clock DVA – Interview bonus Obsküre Magazine #16

30 Juil 13 Clock DVA – Interview bonus Obsküre Magazine #16

A l’occasion de la parution de Post-Sign qui annonce le grand retour des pionniers qu’ont été Clock DVA, nous avons pu obtenir un long entretien avec Adi Newton. Voici le complément des extraits publiés dans Obsküre Magazine #16 (juillet/ août 2013, en kiosques depuis le 11 juillet).

Obsküre Magazine : Peut-on d’abord revenir sur l’histoire de Clock DVA ? Il y a eu au moins trois ou quatre périodes bien distinctes, qui rendent parfois le groupe assez difficile à cerner. Il y a eu d’abord une phase très expérimentale et électronique à la fin des années soixante-dix, durant laquelle vous avez consommé beaucoup de drogues et d’alcool, certains vous appelaient les « Sex Pistols de la musique électronique » (!). Puis il y a eu l’album Thirst qui est devenu un classique du post-punk, puis Advantage qui était sorti sur Polydor avec une production plus coûteuse. Ensuite, il y a eu une période assez prolifique qui a démarré avec le chef-d’oeuvre Buried Dreams et qui s’est prolongée jusqu’à Sign, où vous avez inventé votre propre musique électronique tournée vers l’occulte et la sonologie sexuelle. Vois-tu un point commun entre ces différentes facettes ? Comment peut-on appréhender l’évolution de Clock DVA et ce qui se cache réellement derrière ?
Adi Newton : Nous avons initialement commencé comme un duo électronique expérimental dans la lignée de Harmonium ou Kraftwerk, moi et Steven, aka Jud ; mais alors que nos idées évoluaient et que David Hammond nous a rejoint à la guitare, nous sommes devenus volontairement plus durs, agressifs dans le son et l’image vu que nous écoutions aussi beaucoup The Stooges and Iggy Pop, Suicide & The Velvet Undergroud, des groupes américains obscurs des années soixante, nous aimions Kenneth Anger and toutes les idées de l’ Exploding Plastic Inevitables sur les médias et leur influence sur la musique moderne de l’époque. Il y avait aussi les drogues, en particulier l’héroïne, qui jouait un rôle dans la relation entre David et Stephen, et nous avons fait des expériences étranges à l’époque. J’avais un couple d’amis Hell’s Angels qui étaient venus vivre au Studio dans lequel j’habitais, ils furent nos roadies pendant un petit moment et cela ajoutait encore au chaos général que nous générions à cette époque. Mais cela a aussi produit la meilleure musique que Clock DVA ait faite à mon avis. Des titres comme « The Edge », « 1958 », « The Pop Hell », « Female Mirror ». Mais en raison des addictions et de tous ces problèmes, ce fut aussi très intense et cela s’est consommé assez vite. DVA a évolué vers la période White Souls in Black Suits, plus improvisée, avec des expérimentations acoustiques et électroniques. Une période plus cérébrale aussi.
Je ne me suis jamais satisfait de l’idée de genre musical ou d’appliquer une formule. En revanche, je voyais la nécessité de changement comme un mécanisme à explorer et d’essayer toujours de me diriger vers de nouveaux domaines pour pousser l’enveloppe plus loin. C’est pour cela qu’il y a eu des trous dans la production en raison de la réorganisation des line-ups. des nouveaux musiciens arrivaient pour apporter leur technique et leur style que je pourrais diriger comme un metteur en scène. Le seul membre fondateur et constant de DVA / TAGC fut mon meilleur ami Steven James Turner, nous partagions la même vision jusqu’à sa mort prématurée. Peintre à l’origine, j’avais une vision précise de ce que je voulais créer, cela a ensuite pris du temps pour être développé et mis en forme. Mais avec cela arrivent aussi les batailles d’ égos et de personnalités qui font partie de la psychologie du groupe et de l’individu. Mais mon rôle a toujours été celui d’un metteur en scène bien qu’il y en ait qui voient les choses différemment et pensent que leur rôle a été plus que ce qu’il n’a été. Cela a amené des désaccords. Les musiciens avec lesquels j’ai travaillé étaient bien entendu très talentueux et je ne les aurais pas invités si cela n’avait pas été le cas, mais certains ont voulu aller au delà, c’est pour cela que je me suis concentré sur The Anti Group comme un moyen de me détacher de la rigidité du groupe, une façon d’opérer quand je le voulais. Aussi en dépassant le contexte du groupe en élargissant son paradigme créatif vers d’autres médias et d’autres contextes. Le premier événement non théorique de The Anti Groups fut la pièce d’Anti Théâtre pour cinq magnétophone jouée live au centre Der Doelen à Rotterdam le samedi 22 septembre 1985, en utilisant des techniques aléatoires pour créer une forme de performance sonore acousmatique. Il y avait aussi l’utilisation de films et des publications qui élargissaient cette forme de sonologie, un moyen de développer d’autres connexions et possibilités.
L’élément qui reste constant chez Clock DVA c’est l’évolution d’un son qui au fil des ans est devenu la marque de fabrique de Clock DVA. Horology est devenu White Souls, qui à son tour a évolué vers Thirst puis Advantage et finalement Buried Dreams, qui était d’une certaine manière un retour à ce que Clock DVA avait été au début, avec les séquences électroniques et les samples à partir de bandes magnétiques, même si Buried Dreams est bien plus abouti et précis et maîtrisé du fait de la technologie informatique digitale que nous utilisions pour créer la musique. Il possède aussi cet élément important dans tout ce que je crée : l’âme et l’esprit, l’émotion de quelque chose ressenti et réel, c’est ce qui lui donne son pouvoir et sa profondeur. La musique est pour moi une canalisation de l’âme/l’esprit donc si cela est absent, nous restons face à un vide et juste une série de notes et de mélodies. Cela convient à la pop et à la musique éphémère et cela doit avoir sa place, mais DVA n’a toujours cherché qu’à atteindre cette dimension, créer quelque chose qui affecte la personne qui écoute en dehors de la banalité des choses. Ces moments où l’on comprend ce que cela veut dire qu’être humain, ressentir et transcender le rationnel vers un royaume que nous ne connaissons que par l’intuition, les éléments de magie occulte de la conscience supérieure, sont quelque chose dont nous avons besoin pour nous sentir humain. Slavoj Zizek parle de ce doute qui nous ronge éternellement quant à notre statut d’humain ou si nous sommes juste des androïdes et ce sont justement ces états intermédiaires, indécis qui font de nous des humains.

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Avant la musique, tu étais très impliqué dans le cinéma, l’image, les arts visuels, et Clock DVA, tout comme TAGC, étaient des expérimentations dans le mélange de films, de théories ésotériques et de musique, n’est-ce pas? Ce lien avec le cinéma pouvait se sentir notamment dans une de tes premières cassettes, qui s’intitulait Texas Chainsaw Massacre.
Nous avions utilisé un passage du début du film qui commence avec des sons fantastiques, des bruits atmosphériques et qui amène à une diffusion radio qui établit le contexte narratif de l’histoire de Massacre à la tronçonneuse. C’était l’intro d’une de nos toutes premières cassettes. A l’époque, ce film restait très radical et choquant et si vous ne l’aviez pas vu, l’audio suffisait a être efficace et perturbant. Mais ce n’était qu’une séquence introductive étant donné que j’utilise fréquemment ce genre de préludes pour instaurer un sentiment et donner le ton de ce qui va suivre, ce que je continue à faire durant les performances live.
Oui, je ne me suis jamais considéré comme un musicien. C’est mon intérêt pour le son et le travail sur la manipulation de bobines, le montage, qui m’ont attiré. Cela capturait des atmosphères et cela ouvrait le champ des interprétations. Je connaissais le travail de Cage, Ilhan Mimaroglu ,Stockhausen, Pierre Henry, Walter Carlos et Eno, et leur manipulation des cassettes, en particulier ce qu’il a fait avec Fripp et avec les pionniers allemands Harmonia / Hans-Joachim Roedelius & Dieter Moebius.
Il y avait aussi les premiers Kraftwerk et ce qu’ils ont fait plus tard m’a poussé à expérimenter encore plus. J’ai commencé à expérimenter avec les magnétophones à bandes dès l’adolescence. J’avais eu un de ces premiers enregistreurs de cassettes portable. Quand nous avons créé le groupe The Future, ma participation se limitait à ce travail sur bandes et à produire des boucles jusqu’à ce que je me procure mon premier synthétiseur, un EMS Synthi E, fait pour appliquer des sources acoustiques externes à une synthèse électronique et à des traitements psycho-acoustiques. C’était la sonologie qui m’intéressait et ces applications psycho-acoustiques étaient un moyen d’étendre les frontières et de trouver de nouvelles formes possibles, plutôt que de la musique purement synthétique dont le but était les séquences mélodiques. Donc mon rôle dans The Future se trouvait à une tangente quant à ce que le groupe voulait produire.
Après mon départ, The Future a continué à se concentrer sur une musique pop électronique plus accessible, ce qui a abouti à The Human League. Au fil des ans, j’ai lu des commentaires préjudiciables quant à ma participation à The Future, donc je me sens à l’aise de faire valoir mon opinion aujourd’hui. Je trouve qu’il est intéressant et ironique de voir comment Martin Ware s’est tout à coup intéressé ces dernières années à l’Art et aux sons expérimentaux après avoir produit une œuvre aussi commerciale, car pour moi les deux sont vraiment opposés et incompatibles, vu que le travail créatif ne se base pas sur le succès ou les ventes mais sur une expression personnelle intime et sur des sentiments. C’est l’essence du travail créatif pour les individus. C’est une nécessité d’agir et d’expérimenter. Cela n’a rien à voir avec la recherche du succès qui est basée sur une acceptation, qui peut être très intelligemment manipulée par les médias, de la hiérarchie entre art / marchandise / client, comme tous les produits consommables. Je comprends le besoin du commerce dans l’Art pour le soutenir, lui donner des ressources, des fonds, mais les artistes ont toujours pu créer, même dans les circonstances les plus difficiles. Ce sont ces conditions qui ont parfois donné certaines des œuvres d’art les plus fortes. Car l’argent ne garantit pas l’originalité ou le pouvoir de transcender car c’est au-delà du matérialisme. La fontaine de Duchamp en est un indicateur très puissant car sa valeur matérielle est minime. En revanche son pouvoir conceptuel a changé l’Art radicalement.
« Ce changement – un passage de l’apparence à la conception – fut le commencement de l’art “moderne” et le début de l’art “conceptuel”. » Joseph Kosuth- (1969)
Duchamp avait acheté la pièce originale à la compagnie J. L. Mott Iron Works, au 115 sur la Cinquième Avenue, un magasin d’outillage de plomberie dans le quartier de Chelsea à Manhattan. Sur les huit éditions numérotées, en dehors de cet exemple présent, on en trouve cinq dans des musées, un se trouve à la Fondation Dina Vierny à Paris et pour la dernière on ne sait pas. La fontaine a été exposée lors d’une vente au Sotheby récemment, elle est estimée entre un et un million et demi.
Donc l’attitude de Martin Ware me surprend quant aux opinions qu’il avait à l’époque sur l’art moderne qui étaient pour le moins sceptiques. Il m’a dit une fois que la musique de Kraftwerk était trop simple. Et justement cette simplicité et ce minimalisme, c’était pour moi la grande force de Kraftwerk, et comme le disait Beckett, « less is More ».

Pour revenir sur le contexte dans lequel tu as composé les titres qui forment à présent le disque Post Sign, tu vivais en Italie à l’époque et ton label Contempo venait de stopper son activité. As-tu arrêté Clock DVA parce que le business musical te déprimait ou pour d’autres raisons? Vu que TAGC (The Anti Group Corporation) était aussi lié à DVA, l’as-tu arrêté par la même occasion ?
Il y a plusieurs facteurs qui m’ont fait prendre la décision de m’éloigner du monde musical. Quand Contempo a rencontré des difficultés avec les taxes, ce fut une situation tragique pour être honnête car Contempo était passé du statut de petit magasin de disques indépendant à celui de distributeur international et de label très importants. Ils étaient basés à Florence et avaient une bonne équipe. Nous avions négocié pendant longtemps avec le label pour toutes nos parutions et ils étaient prêts à nous mettre en avant quant à la nouvelle scène électronique émergente. Je venais de me marier et avec ma femme, nous avions déménagé en Italie quelques temps avant la chute. J’adorais vivre à Chianti et nous avions une vieille maison de ferme à la sortie de Florence. Donc quand c’est arrivé, nous avons dû trouver un autre label. C’est là que j’ai fondé Anterior, avec plusieurs parutions de TAGC par le biais d’Audioglobe qui avait été fondé par les anciens managers de Contempo. J’ai aussi produit et fait un album pour Musica Maxima Magnetica qui s’appelait Iso Erotic Calibration. Au bout d’un an, nous avons déménagé pour Milan où j’ai continué à travailler sur Post Sign. J’ai alors négocié pendant un an avec un label de Milan car il fallait récupérer tous les droits de la part de Contempo. A la fin, j’avais déménagé au Royaume Uni. J’étais aussi parti à Los Angeles pour collaborer avec mon vieil ami Brian Williams de Lustmord et du label Side Effects. Il vivait là bas et travaillait pour Graeme Revell qui rencontrait beaucoup de succès avec ses bandes originales pour des films hollywoodiens. Nous avons discuté sur sa participation au nouvel album de Clock DVA. Un ancien membre de Tangerine Dream, Paul Hasslinger, avait accepté aussi. Donc tout était prêt. Quand je suis retourné en Angleterre un mois plus tard environ, le label de Milan avait succombé aux mêmes problèmes de taxations que Contempo, et ils ont dû tout liquider. Ils m’avaient payé une avance mais je n’avais pas de label, donc retour à la case zéro. J’ai envisagé de le sortir moi même de façon indépendante mais le travail administratif que cela représentait commençait à entacher ma créativité. Cela représentait trop de temps. Du coup, j’ai décidé de me mettre en retrait par rapport à tout cela, de me concentrer sur d’autres aspects de l’art et d’apprécier la vie en me détachant de ces tracas et complications. C’était sage de ma part car cela m’a permis de me focaliser sur des choses bien plus importantes, les relations humaines, la vie émotionnelle, la famille car ma fille était sur le point de naître. C’était un mode de vie très différent de celui que j’avais connu jusqu’alors.
J’ai aussi été tuteur en technologie musicale et en production vidéo. J’ai obtenu mon diplôme d’enseignant. Mais cela s’est révélé frustrant et fatiguant car j’avais certaines idées sur l’éducation inspirée par des penseurs radicaux comme A S Neill / Ivan Illich & Steiner et les écoles humanistes de Dewey Rogers, ainsi que des idées développées par Baudrilliard / Foucault. J’étais donc à la tangente avec les systèmes d’éducation mécaniques qui dominent encore aujourd’hui. Après un long hiatus, j’ai décidé de revenir dans l’arène. J’étais prêt à reprendre les choses. J’avais réfléchi sur le passé et j’étais prêt à me focaliser sur une nouvelle manière de travailler. Durant la décennie précédente, je me suis remis à la composition et j’ai aussi collaboré avec des amis artistes, comme Shara Velosenko. On se connaît depuis les premiers jours de la scène New Wave / Industrielle. Elle est basée à Berlin à présent. J’ai collaboré aussi avec TeZ, un artiste sonore italien qui vit à Amsterdam. Je partage le gérance d’un studio avec lui. Il est très occupé par son propre travail mais on arrive quand même à produire des choses ensemble pour DVA et TAGC. Il a une grande connaissance de la Science du Son et de la technologie, donc il est parfaitement qualifié pour travailler dans DVA / TAGC.

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Les chansons de Post Sign constituent-elles un testament de la fin de Clock DVA ou est-ce une réactivation du groupe (tu as d’ailleurs fait quelques performances sous ce nom ces dernières années) ?
La parution de Post Sign fait partie d’une stratégie et d’un planning de sorties et de développements pour Anterior Research en tant que compagnie de production et aussi en tant que plateforme pour les nouvelles créations de DVA & TAGC. Les premiers nouveaux enregistrements de DVA vont sortir sur un format USB spécial. On y trouvera les premières productions studio depuis 1996. Seront aussi inclus quatre travaux visuels faits et produits pour accompagner les titres. On y trouvera aussi des liens et des éléments interactifs pour développer les concepts et les connexions plus encore. C’est une forme de média bien plus complet que le CD ou le DVD. Cela sortira en août. Il y a aussi le nouvel album de TAGC, le troisième dans la série des Meontological Recordings, Transmission from the Trans-Yoggothian Broadcast Station. Cet enregistrement explore des domaines de science marginaux et les idées pataphysiques dérivées d’Alfred Jarry. On y retrouve aussi des idées centrales exprimées dans Coulier Noire de Michael Bertaux et Cult of Lam de Kenneth Grant, aussi bien que la figure de Jack Whiteside Marvel Parsons. Cela explore aussi des nouveaux développements du gnosticisme Voudon et la science implicite qui existe derrière l’ésotérisme.
Le tant attendu troisième enregistrement de la Meon Series est un livre DVD comprenant des collaborations avec Micheal Bertaux, David Beth, La Société Voudon Gnostique & Barry William Hale. Chaque pièce audio est synchronisée avec une Invocation visuelle enregistrée ambisoniquement sur trente-deux pistes digitales au QBUS Leiden de Hollande le 24 mars 2012 et prévues à la post production au Anterior Research / Optofonica Lab d’Amsterdam pour une sortie fin 2013 / début 2014.

Tu as été et restes un chanteur exceptionnel – d’ailleurs, sur Sign, tu avais atteint un sommet à mon avis. Quand pourra-t-on réentendre ta voix ?
Sur la sortie USB CLOCK2 il y aura deux nouveaux morceaux avec des voix et des chansons basées sur les textes. L’album de DVA qui sortira en 2014 comprendra essentiellement des morceaux chantés. Je pense que tu as raison, les voix sur Sign font partie des meilleures que j’ai faites car elles étaient émotionnellement très ressenties du fait des expériences que je vivais à l’époque. Je pense aussi que la voix s’améliore avec la maturité et l’expérience donc je tiens à développer cela sur les prochains morceaux de DVA.

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Il y avait aussi le projet de rééditer tous les albums de Clock DVA dans des versions remasterisées sur Mute. Y a-t-il des dates de fixées? Y aura-t-il aussi des inédits ?
Cela a été un processus très long et compliqué à organiser en raison des musiciens qui ont participé et aux problèmes qui devaient être réglés pour une infime partie d’entre eux. Tout a été finalement accepté. La box Mute comprend les huit albums de DVA jusqu’à Sign, il y aura aussi un livre très fourni avec beaucoup de photos et de textes. Ce n’est pas une simple réédition. Tous les masters originaux ont été transférés digitalement et masterisés en fichiers DDP, et sont prêts à être envoyés à l’usine. L’artwork est plus ou moins terminé en dehors de la box en elle même qui comprendra les CDs, dont Horology 2, une version abrégée du coffret de six vinyles sorti chez VOD en 2012, soit les tout premiers enregistrements de DVA. Cette version ne sera disponible que dans la box et pas en tant que Cd séparé.

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L’année dernière, il y a eu une exposition retraçant l’histoire du groupe et VOD a sorti la box avec vos premiers enregistrements. On a alors réalisé comme vous étiez proches des premiers groupes industriels comme Throbbing Gristle et Cabaret Voltaire, mais vous étiez aussi très attirés par la musique concrète et l’expérimentation sur cassettes. La musique concrète faisait-elle partie de ton background ?
Ma première incursion dans la musique s’est faite par l’utilisation de magnétophones à bandes en expérimentant sur les boucles et d’autres techniques pour manipuler, modifier et traiter le son. Comme du montage dans les techniques acousmatiques. Je fus conscient très tôt du travail de compositeurs comme Pierre Henry, John Cage, Ilhan Mimaroglu, Walter devenu Wendy Carlos, et des ateliers radiophoniques de la BBC, avec des compositeurs comme Dehlia Derbyshire, etc. La musique concrète m’avait donc intéressé très tôt, comme je le mentionnais plus tôt, mon premier synthétiseur fut un des nombreux fascinants instruments électroniques développés par le légendaire studio EMS du Dr. Peter Zinovieff.
Je connaissais aussi Coum Transmissions et Genesis en tant qu’artiste performeur avant TG, je m’intéressais au théâtre OM de Otto Muehl, Gunter Brus, Rudolph Schwarzkogler, Kurt Kren et aux performeurs anglais comme Stuart Brisley. Le titre “Otto M” parle de lui même et une de nos premières performances avec PTI (la seconde) se basait sur ses idées.
En tant que peintre, j’étais très impliqué dans l’art moderne et post-moderne. Je venais aussi d’un projet de théâtre anarchique qui se nommait Meatwhistle. Donc j’étais familier avec la littérature liée au Théâtre de l’absurde, en particulier la pataphysique et Alfred Jarry, René Daumal, Antonin Artaud, Marcel Duchamp. Leurs écrits et leurs théories m’ont beaucoup influencé dans ces années-là. Je les ai mis en application plus tard dans mes premiers projets avec TAGC comme The Discussion and The Delivery puis plus tard sur HA, ou le EP Sht. J’étais en contact avec Gen et je l’ai souvent rencontré à Londres. Il était très ouvert et m’a aidé sur de nombreux projets comme PTI. Il a aussi participé à un de mes premiers projets de film/performance Genitals & Genosis. Cosey, Peter, Chris nous ont beaucoup encouragé. Nous avons joué avant eux lors d’un concert à Leeds et au final ils nous demandé un album pour Industrial Records et ce fut White Souls.
C’est par mon amitié avec Richard Kirk, Stephen Mallinder and Chris Watson de Cabaret Voltaire que j’ai rencontré le membre fondateur de DVA, Steven. Nous étions un groupe très social. On se voyait dans les bars et les concerts dans le quartier le plus libéral du centre de Sheffield. Nous étions tous intéressés par DADA, le surréalisme, la contre-culture la plus sombre des années 60, Burroughs, Gysin, et la musique expérimentale de TG, Kraftwerk, mais aussi le Roxy Music du temps d’Eno. Notre enthousiasme était partagé pour tous ces domaines.

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Quels seraient selon toi certains des moments les plus forts de l’histoire de Clock DVA ?
C‘est difficile à résumer car ils sont liés à des souvenirs et des émotions. Ce sont des sentiments précis dans le temps qu’il est difficile d’isoler et de sortir du contexte. Mais mes souvenirs les plus marquants sont ceux liés à Jud dans la toute première formation de DVA jusqu’à sa mort. Il y eut des moments fantastiques lors des concerts, des répétitions ou des sessions d’enregistrements, où un pur automatisme psychique se met en place et ces connexions nous dépassent dans l’acte de création ensemble. Mais mes souvenirs les plus précieux ne sont pas liés à la musique mais à cette connexion profonde entre nous et notre amitié faite de respect et de plaisir. Nous étions ensemble en permanence et il était une grande partie de ma vie et une grande partie de ce que je fais aujourd’hui à l’intérieur de DVA est toujours lié à lui. Nous avions des conversations jusqu’au petit matin et nous sortions prendre des verres très souvent. Presque trente ans plus tard, je ressens encore cette perte. Horology est pour moi le travail le plus important que nous ayons fait. Je me souviens il y a quelques années je lisais un passage d’un livre affreusement opportuniste par un ancien membre d’un groupe célèbre de Sheffield que je ne citerai pas, mais il avait écrit que Jud n’était pas un bon bassiste, et d’autres commentaires que j’ai trouvés abusifs et irrespectueux envers lui et sa mémoire, d’autant plus que Jud n’était plus vivant pour réfuter ces idées. Mais Jud avait quelque chose en plus que la technique, et que d’autres musiciens ne pourront jamais atteindre, c’est un pouvoir intime d’expression, cela venait de son esprit, de son intégrité et de son désir à s’exprimer à travers son jeu. Il était autodidacte mais cela n’a jamais compté pour moi. J’ai travaillé avec des musiciens qui avaient un parcours de virtuose mais à qui il manquait cette essence, ce qui se trouve sur le fil dont la définition pourrait être donnée par Hunter S. Thompson.

THE EDGE– there is no honest way to explain it because the only people who really know where it is are the ones who have gone over.”

Hunter S. Thompson

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Les autres projets sur lesquels tu travailles en ce moment ?
Ces six derniers mois j’ai développé Anterior Research Production Record Company en priorité pour mon travail et pour Clock DVA –TAGC/ The Anti Group et peut-être un jour pour d’autres artistes. Le but de ARMC est de sortir des œuvres audio visuelles uniques et de qualité en utilisant les meilleures techniques d’impressions et de packagings possibles. Il y aura toujours un artwork considérable et du texte. Tout cela sur des formats variés incluant CD / DVD / USB / VINYL / JOURNAUX / LIVRES / en format physique aussi bien qu’en versions téléchargeables. Et nous sortons notre première référence avec Post Sign, qui avait été produit et enregistré en 1995/6 à Florence et Milan. Ensuite paraîtra le nouvel album de DVA sous un format USB. Il y aura quatre nouveaux morceaux mixés et produits par moi même et TeZ, ainsi que trois remixes par respectivement Frank Bretschneider / Uwe Schmidt / Robin Rimbaud. Seront aussi inclus quatre travaux visuels, deux par moi même, un par Paul Prudence et un travail collaboratif avec Wim Jongedijk pour un film noir et blanc en 16 mm. Il y aura aussi un document PDF qui soulignera les idées conceptuelles et les origines théoriques du projet, un développement vers de nouvelles technologies inspiré par le passé et le futur de Clock DVA. On peut en trouver une partie sur ARMCOMM Vimeo channel sous forme de samples. Il faudra attendre la sortie du format USB pour pleinement l’apprécier.
D’autres parutions sont prévues. Un livre/DVD pour TAGC que j’ai mentionné plus haut. Je prépare aussi une box avec du matériau inédit ou nouveau pour une édition spéciale de quatre ou cinq CDs à paraître chez Monotype Records.
Le prochain album de Clock DVA sortira en 2014. Il y aura beaucoup de voix comme je le disais. Nous préparons aussi une tournée mais c’est encore tôt pour en parler. Des dates sont confirmées néanmoins, notamment au festival Incubate en octobre. Nous y présenterons les nouveaux travaux de DVA /TAGC.
J’ai commencé récemment mon propre blog. On y retrouve mes pensées, les choses qui m’intéressent.

> WEB OFFICIEL
adinewton.net/about/
www.anteriorresearch.com

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