Click Click – Interview bonus Obsküre #22

02 Sep 14 Click Click – Interview bonus Obsküre #22

Supplément de notre entretien avec Click Click dans Obsküre Magazine # 22 pour la sortie de l’album Those Nervous Surgeons.

Vous considérez vous vous-mêmes comme des chirurgiens soniques?

Adrian Smith : Juste dans le sens où le copier-coller est une façon logique d’arranger une chanson. Les vrais chirurgiens soniques, ceux qui utilisent de vrais ciseaux et qui découpent des bandes, ce sont des pionniers du XXe siècle comme Varèse, Stockhausen, Sala et Cage. A nos débuts, quand nous enregistrions tout sur cassette, à l’occasion nous faisions du collage et découpions, utilisions les boucles de cassettes dès le premier jour mais je ne dirais pas que moi même ou les personnes impliquées dans Click Click soient des chirurgiens soniques. Aujourd’hui les vrais ce sont les gars qui font le master du travail fini.

Derek Smith : Etant un batteur très moyen, je ne pense pas mériter cette étiquette, mais je pense avoir travaillé avec quelques chirurgiens soniques dans le passé.

En ce qui concerne l’écriture, il existe une édition limitée du disque avec un roman écrit par Adrian, The Eradication of Hate. Pouvez-vous nous en dire plus sur le contenu de celui-ci et quel est son rapport à l’album?

AS : Je vais être honnête avec vous. Outre le fait que certaines des chansons tirent leur origine d’un très long morceau de musique appelé « The Factory Of Life », il n’existe pas de lien conscient entre le livre et l’album. Des éléments de l’album peuvent être trouvés sur le CD bonus et j’ai utilisé des segments de « Factory » et d’autres pièces pour augmenter une imagination agonisante, mais le livre et l’album sont des projets distincts. Il existe des liens, je suis conscient de cela, mais le livre a représenté une partie de ma vie depuis beaucoup plus longtemps que l’album.

Quelles sont les principales différences selon vous entre l’écriture de textes pour Click Click et écrire un livre? Voyez-vous aussi les paroles comme des narrations?

AS : Je dois vivre avec mes paroles donc je n’apprécie pas tellement de les écrire. Elles ont tendance à vieillir mal, perdre leur pertinence et sonner horriblement naïves. Elles interrompent aussi le flot et se mettent en travers de ce que j’essaie d’exprimer à travers la musique. Ecrire un livre c’est différent. Je raconte une histoire qui implique des personnages faisant des choses que les gens ordinaires ne peuvent pas faire, ce qui est très amusant pour quelqu’un comme moi, bloqué dans une maison au sein d’une ville sinistre d’Angleterre.

Avez-vous utilisé des vieux enregistrements ou toutes les chansons étaient-elles nouvelles ? Avez-vous réinterprété certaines chansons plus anciennes?

AS : « Man in a Suit » et « Passenger » sont toutes deux des réinterprétations et « Rats in my Bed » ne date pas d’hier mais tout le reste est nouveau. Des versions instrumentales alternatives de certaines chansons peuvent être trouvées dans « Biblefire» et «I May Be Some Time « , mais les chansons elles-mêmes, celles avec des mots dedans, sont toutes neuves.

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Au cours des vingt-cinq dernières années, il y a eu des scissions puis le groupe s’est réformé pour une courte période, puis a splitté à nouveau. Quelle est la place que vous donnez à Click Click dans votre vie? Est-ce juste un passe-temps artistique ou est-ce quelque chose de plus essentiel?
DS : Je pensais que nous n’avions splitté qu’une seule fois. Pourquoi personne ne m’a tenu au courant ? Lorsque vous avez fait quelque chose pendant aussi longtemps que nous l’avons fait, cela représente une grande partie de votre vie, cela évolue tout comme vous allez de l’avant, ce n’est pas du 24 heures sur 24 sept jours sur sept comme cela l’a été. Je pense que nous serions morts maintenant si c’était toujours le cas.

AS : Dans les années 80 c’était une part essentielle de nos vies, mais il y avait plus de gens impliqués ; Graham, Jon et Jenny contribuaient aux idées, Pete concevait la mise en scène, Steve prenait des photos et Dec essayait de tenir l’ensemble (et en a perdu sa maison dans le processus). Nous avions tous un objectif commun et nous avons tous cru en ce que nous faisions. Tout cela, bien sûr, s’est achevé en plein milieu d’une tournée en 1989. C’est ainsi. Ce fut la fin de la construction du laboratoire de Frankenstein sur scène tous les soirs. C’était la croisée des chemins, le début de la fin … ou le début d’une très longue pause des uns avec les autres. Le plus triste est que nous n’arriverons jamais à retrouver cette énergie. Les personnes impliquées dans le groupe originel avaient tous quelque chose en commun ; nous savions tous rire des mêmes choses. Mais ils ont tous disparu maintenant, ils sont tous en vie – merci – mais certains sont endommagés et certains n’ont plus le temps. Aujourd’hui, je me considère comme un artiste à temps partiel qui préfère le studio à la scène.

Comme je le disais, les atmosphères sont vraiment importantes dans Click Click, mais il y a aussi les rythmes. Vous avez été considéré comme un précurseur du genre EBM avec d’autres groupes post-punk électroniques européens comme DAF, Front 242 ou Cabaret Voltaire (et vous étiez aussi de Sheffield, si je ne me trompe pas, qui est célèbre pour sa musique électronique d’avant-garde). Comment vous sentez-vous à propos de cet héritage et pouvez-vous revenir sur la façon dont vous vous êtes intéressés à des sons électroniques mélangés avec de puissants rythmes répétitifs?

AS : Le fait est que (et tu dois l’écrire en caractères gras) nous ne sommes pas de Sheffield. Nous sommes de Luton via Swindon et Warminster. Nous avons juste enregistré à Sheffield. Nous avons aussi travaillé avec l’ancien percussionniste de Cabaret Voltaire/Workforce Alan Fisch et nous avons atterri à la maison de Stephen Mallinder pendant des sessions d’enregistrement à Vibrasound, mais c’est tout ce que l’on pourra trouver comme rapports à la scène industrielle de Sheffield.

DS : Nous nous intéressons à l’électronique et aux rythmes depuis aussi longtemps qu’on se souvienne. Pour moi, cela a dû commencer avec un show télévisé peu connu qui s’appelait Space Patrol. Drumbo et Klaus Dinger ont probablement ajouté à mon addiction pour la répétition mais je pense que c’était déjà là avant.

AS : Je crois que la première pièce de musique inventive à avoir attiré mon attention était The Chrome Plated Megaphone Of Destiny de Frank Zappa. C’est plus un collage sonore que de la musique électronique mais cela m’a interpellé comme jamais aucune autre musique avant. J’accrochais sur les bruits bizarres et étranges. « Interstellar Overdrive » de Pink Floyd a ajouté les rythmes et la répétition mais je crois que c’est Tago Mago de Can qui a vraiment cimenté ce qui allait venir par la suite. Toutes ces musiques sont antérieures à Click Click de presque vingt ans et tout ce que nous avons fait a été de prendre des éléments de tout cela et leur donner une forme particulière et personnelle. Nous n’avons rien créé de nouveau, juste un peu différent ; et si nous sommes pionniers en quoi que ce soit, c’est juste parce que nous avons enregistré “Party Hate” en trois jours et n’avons pas fait de compromis sur le son.

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Vous allez également apparaître dans un nouveau documentaire sur la musique «industrielle». Que représente ce terme pour vous?

AS : Le terme de « Musique Industrielle » est merveilleux. Il évoque des images d’acier fondu qui flotte à travers des rouleaux métalliques à l’intérieur d’une usine caverneuse alors que des marteaux-pilons jouent un tonnerre de beats répétitifs et énergiques. Mais ce n’est pas vraiment comme cela. Personnellement j’associe cela à la musique que faisait Kraftwerk durant leur période la plus inventive, « Von Himmel Hoch » du premier album et « Atem », « Strom » et « Spule » sur leur second. Et comment peut-on écouter Faust sans entendre le son d’une usine ? Le premier album de Faust était comme une énorme expérimentation industrielle et « No Harm » et « So Far » sur leur second album ont continué à cimenter le concept d’un pur rock électronique. La musique de cette époque dans cette partie d’Europe a toujours été appelée Krautrock alors que c’était essentiellement de la musique industrielle.

DS : Quand nous travaillions dans les usines, c’était une période de mécontentement, c’était nous contre eux. Cela m’a rendu plus impliqué sur le plan politique, et le bruit était génial.

Ce nouvel album est très varié et vous n’avez jamais imposé de limites à votre son, en utilisant parfois des harmonicas blues ou des joueurs de sax plutôt jazz. Pour vous, le phénomène de création est-il comme une découverte constante?

AS : Tout à fait. J’écoutais une première version de « What Do You Want » récemment et j’ai été frappé par la façon dont il avait beaucoup évolué depuis l’idée originale. Au départ, la chanson n’était rien de plus qu’un drone déformé et une grosse caisse fortement compressée (la plupart des chansons omettent les percussions complexes au cours de leur incarnation) et à mi-chemin, j’ai entendu ce qui allait devenir le break de « guitare ». J’ai fouillé dans le dossier audio et trouvé une série de boucles, parmi lesquelles une qui a été utilisée à la fin de la chanson, mais les autres n’avaient pas été utilisées et je ne pouvais pas comprendre pourquoi. Elles étaient brillantes. Comme une expérience, je les ai mises toutes ensemble dans Cubase et j’ai commencé à déplacer les modèles autour et j’ai été étonné d’entendre une sorte de riff auto généré. Comme d’habitude dans ces situations, je ne pouvais pas le laisser seul et j’ai développé d’autres idées autour (y compris les paroles). Ce n’est pas du Click Click comme vous le connaissez, mais il pourrait très facilement servir de base à une nouvelle version, ésotérique de ce pour quoi nous sommes connus.

Si nous avions le temps et les ressources pour mettre en place ce qui pourrait être l’album parfait de Click Click, il inclurait les sons d’à peu près tous les instruments que l’on trouve sous le soleil. Quel est le but de se limiter à un ordinateur et un dossier rempli de plug-ins quand le monde est plein d’excellents musiciens? Ce que j’aimerais vraiment faire est de trouver un groupe de musiciens qui soient prêts à mettre leur ego de côté et apprendre une liste sélectionnée de nos chansons. Peut-être un guitariste, un bassiste, un claviériste et un autre batteur (parce que deux batteur cela sonne toujours vachement bien), leur faire apprendre la setlist et les prendre sur la route. Le son serait différent, radicalement, mais ce serait toujours notre musique et elle aurait la flexibilité et les possibilités d’improvisation que nous n’avons pas dans notre show actuel de « karaoké industriel ». Imaginez « Headfuck » avec une section centrale psychédélique ou « Drone » avec de vraies trompettes. Cela déstabiliserait les puristes mais les musiciens dans le public ne seraient plus en mesure de crier « C’est tout enregistré sur bande putain! »

Comment avez-vous réussi à retrouver le son de l’ancien Click Click dans ces nouvelles chansons? Etait-ce dû à la technologie que vous avez utilisée?

AS : La technologie et l’environnement d’enregistrement ont tous ajouté au son d’ensemble, mais le produit final revient à Ferenc Teglas, le responsable du mastering. Il n’est pas au courant de cela (hé bien, il pourrait l’être maintenant), mais après qu’il ait masterisé l’album, nous l’avions envoyé à un autre gars (Arco Trauma) pour un deuxième avis. Arco a fait un excellent travail, mais il a utilisé la technologie pour moderniser le son et ce n’est pas ce que je voulais entendre. Ferenc avait, en fin de compte, fait tout ce que nous voulions … un nouvel album avec une touche de Vibrasound à l’intérieur.

En même temps, vous injectez aussi dans ces morceaux des touches électroniques plus contemporaines. Êtes-vous toujours très intéressés par ce qui se passe dans la musique électronique en ce moment?

AS : La réponse est oui, si je peux y trouver un intérêt. Je passe beaucoup de temps à écouter ce qui est posté sur Soundcloud et je dois dire que l’imagination fait gravement défaut dans le monde d’Internet. Je sais que les charts ne vont jamais être peuplés par des groupes tels que The Residents ou Animal Collective et que le succès est toujours la force motrice derrière beaucoup de projets qui débutent dans une chambre, mais l’absence d’expérimentation est stupéfiant. Nous ne pouvons pas tous être Depeche Mode ou Hot Chip et nous ne n’obtiendrons pas tous l’argent et les filles alors pourquoi essaient-ils tous de copier ce qui a déjà été fait avant?

Ce nouvel album est-il prévu pour être le dernier ou tout simplement un nouveau départ?

AS : Il a toujours été prévu comme le dernier album de Click Click et, en mettant les expériences accidentelles de côté, il restera le dernier album. Seul le temps et la pression diront si il y a un autre album en nous, mais, pour le moment, il n’y en a pas.

DS : Peut-être, c’est aux dieux de décider.

Quels sont certains des moments les plus mémorables de votre carrière?
AS : L’impact de notre première visite en Allemagne, la patrie de mes héros musicaux.
DS : La première fois que nous sommes allés jouer à l’étranger. Nous y sommes allés en ferry, nous étions environ 20, pour jouer à la Milky Way [Melkweg] d’Amsterdam. C’était génial, l’ambiance était tellement bien qu’on planait totalement … entre autres choses. Le concert lui-même était fantastique, tout comme la fête après. Il y a des tas de bons souvenirs, mais vous aurez à m’offrir quelques whiskies pour m’aider à me souvenir.

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