Clara Tchekmeian – Interview (exposition photographique aux Frigos – Paris 13°)

23 Mai 13 Clara Tchekmeian – Interview (exposition photographique aux Frigos – Paris 13°)

Clara Tchekmeian est une artiste du corps ; du corps pensé par l’œil pensant, celui qui perce la substance intime sous la peau. Elle est une photographe urbaine qui donne au béton la mobilité de la faune humaine qui se le réapproprie. Elle est donc une photographe des identités, des mutations. Interview. Elle expose les 25 et 26 mai à Paris, aux Frigos.

Parle-nous un peu de ton parcours artistique. Comment en es-tu arrivée à la photo ?
Depuis très jeune, j’étais très créative. Déjà, enfant, je créais toutes sortes de choses, des poèmes aux maquettes faites de toutes pièces, en passant par des dessins, des bd, des jeux et même des vêtements. Les circonstances ont fait que je me suis dirigée vers des études de droit, qui ont été longues et très dures, laissant peu de place aux loisirs et à la création. Cependant, ces études apportent beaucoup de bon sens et de rigueur à l’esprit. Bref, une fois diplômée, je me suis confrontée à la vie de bureau et à toutes ses pires facettes, et j’ai vite dû me rendre à l’évidence: je ne pouvais m’épanouir dans un tel milieu et dans un cadre de vie aussi étriqué. Toute ma jeunesse, toute mon existence, j’avais pris des photos, on pouvait toujours compter sur moi pour cette tâche, car c’était pour moi impensable de vivre quelque chose sans en ramener des images. Mais ce n’est que vers 2011 que j’ai imaginé en faire mon métier.

Quelles sont tes sources d’inspiration ? Quel est ton process créatif ?
J’ai très tôt été férue d’illustration. N’ayant pas fait les beaux arts, ma culture classique n’est pas imparable, mais ma culture « moderne » est, elle, beaucoup plus vaste. J’affectionne particulièrement ce qu’on appelle le lowbrow art. J’aime ces univers à la fois oniriques visuellement, et satiriques intellectuellement. J’aime le contraste entre l’image et le message délivré. J’aime aussi beaucoup la culture street art. Ayant grandi en ville, la nature me manque, je ne suis pas une citadine inconditionnelle, j’aime le monde sauvage, et c’est pour ça que j’aime le street art, car il égaye et rend la jungle urbaine plus sauvage, dans le bon sens du terme. Pour moi, le rayonnement culturel et artistique d’une ville ressort de la couleur qui a investi ses murs. Enfin, j’ai un peu de place aussi pour certaines références plus classiques. Que ce soit dans la photographie, avec des maîtres comme Doisneau, Riboud ou Boubat. Mais aussi pour la peinture. J’ai toujours eu un faible pour les tableaux très poétiques de John William Waterhouse et ceux, dans un style différent, de Van Gogh. Mes photos résultent souvent d’un coup de cœur sur le vif, d’un feeling sur le moment. Mais il arrive aussi pour certains shootings, que je réfléchisse en amont aux différents aspects de la prise de vue et de l’effet recherché.

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Tu sembles être une fille carrément rock’n’roll. Quel est ton univers musical ? Quelles sont tes références et t’en sers-tu pour la photo ?
Je vis pour le rock’n roll en effet! 🙂 Je ne pourrais pas vivre sans musique, cela me paraît inconcevable. J’en écoute beaucoup, et j’en fais également. J’ai des goûts assez larges: des classiques du rock comme Pink Floyd ou Jimi Hendrix, à des classiques plus modernes, comme Alice in Chains et ses premiers albums, ou Pantera, groupe culte. En passant par beaucoup beaucoup de styles: du black au death métal, du doom et stoner au hardcore, en passant par l’horror punk, le psychobilly ainsi que l’irish punk et la Oi. Si je devais citer des noms, ce serait dur, tant il y en a… Je pense, entre mille autres, à Paradise Lost, à My Dying Bride, à Misfits, à Mortician, Corrosion of Conformity, Morbid Angel, Immortal… Je pense que j’aime autant de groupes que j’ai de cellules qui composent mon corps! C’est te dire! Toutes ces références, toutes ces ambiances, font partie de moi et sont donc en effet partie intégrante de mon inspiration. Une vieille Thunderbird sur une route poussiéreuse… Un motel louche et ses néons qui bourdonnent au-dessus de la piscine… Des vieux samples de films d’horreur… Tu l’auras compris, j’aime aussi le côté cinématographique d’un son ou d’une image.

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Tu es très active sur les réseaux sociaux concernant la cause animale. As-tu des projets qui pourraient traiter de ce sujet ?
Je pense effectivement que notre société actuelle est désastreuse sur beaucoup d’aspects. Je rêve d’un monde meilleur – c’est notamment pour cela que j’écoute du grind death et du doom. Un monde où les hommes ne seraient pas gouvernés par le profit et par des besoins superflus créés de toutes pièces, une société où la surconsommation ne serait plus, où chacun consommerait raisonnablement, et où des valeurs culturelles et éthiques remplaceraient le culte de l’apparence, de l’égocentrisme et de cette vulgarité qui est encensée par certains médias grand public.  Que ce soit les conséquences des cultures intensives sur les forêts dans le monde, celles d’une rentabilité à outrance sur le dos du travail des enfants dans les pays pauvres, ou encore les conséquences de la surconsommation de produits de merde sur la souffrance animale, les problèmes sont nombreux. La 1ère étape consiste à informer les gens, dans l’espoir que chacun prenne conscience. Et les réseaux sociaux apportent une aide non négligeable à ce stade. J’ai plusieurs projets en tête qui vont dans ce sens, notamment un projet sur le long terme. J’espère pouvoir les réaliser sans tarder.

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Comment vois-tu ton avenir de photographe ? Et as-tu d’autres facettes artistiques que tu aimerais exploiter dans le futur ?
J’espère justement mettre à profit mes compétences de photographe afin de réaliser des projets qui me tiennent à cœur et qui me permettront d’apporter une pierre à l’édifice des valeurs que j’entends défendre. Esthétiquement, je me délecte de la photographie publicitaire et de mode. Mais intellectuellement, j’ai aussi besoin de projets photo dans une veine plus artistique ou de reportage afin de délivrer un message fort sur un sujet sérieux. Par ailleurs, je suis également musicienne, chanteuse et jeune bassiste, et je compte bien remonter sur scène dans un avenir proche…

Retrouvez Clara à l’occasion de son exposition :
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