Clair Obscur

24 Jan 11 Clair Obscur

En complément de l’entrevue de la formation française parue dans Obsküre Magazine #2, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de l’entretien donné à Mäx Lachaud par Christophe Demarthe, co-leader des vétérans Clair Obscur, à l’occasion de la sortie du nouvel album de remixes We Gave our Music to the Gods and the Gods remixed it.

Depuis vos débuts, vous avez fait des ponts entre la musique et d’autres disciplines artistiques. Est-ce que vous voyez l’exercice du remix, comme sur We Gave our Music to the Gods and the Gods remixed it, comme un exercice de plastique sonore ?
Christophe Demarthe : Oui, au sens du repentir dans la peinture lorsqu’il s’agit de remixer, de reprendre sa propre oeuvre. Mais lorsqu’il s’agit de remixer l’oeuvre d’un autre, il s’agit pour moi d’un simple travail d’écriture musicale, un travail purement sensible où l’on s’empare de la palette de l’autre pour simplement poursuivre son propre travail. C’est ce que nous avons toujours fait en utilisant sans vergogne des textes d’autres non pas pour nous mettre à leur service mais pour les mettre au nôtre. Nous sommes en quelque sorte des anti-metteurs en scène car nous ne respectons pas le texte, nous prenons plaisir à lui faire cracher autre chose. C’est ce que j’ai aimé dans ce projet-ci, le fait que les contributeurs se saisissent de notre matière musicale pour l’emmener dans leur univers à eux.

Quels remixes vous ont le plus surpris ?
Je ne ferai pas de jaloux ici mais nos remixes préférés sont ceux qui emmènent vraiment notre univers dans un autre univers, celui de l’artiste remixeur, quand l’artiste fait vraiment sienne l’oeuvre originale. J’avoue avoir cependant une certaine tendresse pour le chant de Sandy Amerio qui s’est mise en danger et en fragilité dans ce qui est plus une reprise qu’un remix. C’est une version très atypique… tendre… que je n’aurais jamais pu faire.

Votre classique « The Last Encounter » a eu beaucoup de succès auprès des plasticiens alors que personne n’a osé se pencher sur « Blume ». Avez-vous laissé les artistes choisir les morceaux qu’ils voulaient réinterpréter, et comment expliquez-vous le succès de certains titres par rapport à d’autres ?
Je pense qu’ils ont joué avec leurs souvenirs. La plupart du temps, ils ont repris le morceau qu’ils préféraient. « The Last Encounter » est brut, rêche, très formel. Ce n’est pas une chanson. Il était donc plus malléable… facilement remixable. Si tout le monde avait choisi « The Last Encounter », cela aurait donné un projet tout aussi intéressant et simplement plus radical. Moi j’aurais choisi « The Last Encounter ». D’ailleurs j’en ai fait deux remixes, l’un interprété en solo en live une fois, et l’autre encore inédit. Salvador Dali en avait fait un remix que nous avons failli inclure au disque. Mais pour des raisons de droits, cela n’a pas été possible. C’est vraiment dommage. Nous l’avions rencontré à Cadaquès lors d’une tournée en Espagne et il nous avait envoyé sur une K7 audio un enregistrement live où il chantait même… accompagné d’un basson et de tambourins. Totalement barré.

Dans notre numéro précédent, nous parlions de l’expo « Vague Froide » à laquelle vous participez sous forme d’un concert/performance. Vu que vous avez vécu le mouvement dit « cold-wave » dès son émergence au tout début des années 80, pouvez-vous nous dire ce que vous mettez derrière cette musique, cette énergie qui a existé à un moment donné et dont les répercussions et l’influence se fait encore sentir aujourd’hui ?
Je peux vous dire quelles étaient nos déclarations à l’époque : « La musique n’est pas un divertissement.  Nous ne sommes pas là pour divertir le spectateur mais pour le replonger dans sa vie de tous les jours. Notre société a fait le pari économique. Assumons-le, assumons-nous. » Ceci vous éclaire-t-il sur un certain état d’esprit d’une certaine époque ?
La participation à cette exposition est relative à l’invitation des deux artistes qui voulaient un groupe de l’époque encore actif… Et nous étions les seuls… Pas encore zombies ! Toujours vivants ! Leur travail est ambigu et interroge l’Histoire et les histoires. La cold wave est ici un prétexte à parler de la mort des utopies et de la marchandisation de la culture. Un jeu avec des esthétiques lessivées. Il s’agit de jouer avec hommage et saccage. Et c’est bien que nous servions à cela, comme eux à nos remixes. Qui aime bien châtie bien, comme dit le coup de fouet de Pierre Belouïn.

http://clairobscur.net

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