Cercueil

24 Mar 11 Cercueil

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #3, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de l’entretien donné à Emmanuël Hennequin par le duo français Cercueil, à l’occasion de la sortie du nouvel album Erostrate (Le Son Du Maquis / Harmonia Mundi).
Le groupe y affirme l’étrangeté de sa pop synthétique et accouche de son essai le plus cohérent et le mieux fini à ce jour dans l’approche du son.

Photo : Candice Cellier – Cercueil @ La Maroquinerie, 28/01/2011

Une des premières apparitions de Cercueil, au stade embryonnaire, date de la performance Satan bouche un Coin. Pendant un temps, vous n’avez cessé de multiplier les projets parallèles à votre production discographique « classique ». Cette prise d’air récurrente vous semble-t-elle une condition de votre évolution en tant que groupe ?
Nico :
C’est une activité permanente en parallèle à Cercueil. Dès le départ, nous ne voulions pas être dépendants de Cercueil, afin de pouvoir garder une entière liberté et ne pas avoir de « pression de rendement », ce genre de choses. C’est également important de se confronter à d’autres projets et de travailler avec d’autres personnes. Même si ce sont parfois sur des esthétiques qui peuvent être assez loin de nos univers, on peut toujours trouver matière à nourrir notre réflexion sur notre propre projet. Les premières performances étaient pour nous de véritables exercices de style. Pour chaque nouveau thème on créait un nouvel univers, allant du ciné-concert d’animation, la performance presque théâtrale, à de la musique purement analogique proche du krautrock.

Le travail sur support « film » (cinéma, documentaire) semble avoir vos faveurs dans un cadre « parallèle ». Partir d’un support extérieur, offert à vous, facilite-t-il votre effort de création ou considérez-vous que dans ce contexte, les difficultés se déplacent simplement ? Y a-t-il chez vous quelque chose qui ressemblerait à une automaticité de l’inspiration face au support vidéo ?

Lorsque nous travaillons sur des images, on ne peut pas dire que ça facilite le travail, mais ça pose un cadre à notre création. On adapte nos envies en essayant de s’approcher au plus de notre ressenti des images. Ce sont pour nous aussi des temps d’expérience. Ne pouvant partir dans tout les sens au risque de trahir le propos du film ou du documentaire sur lequel on travaille, on est obligé d’affiner ou d’adoucir certains aspects de notre musique, mais sans se compromettre. Lorsqu’on travaille par contre sur des ciné-concerts, on s’offre une totale liberté d’interprétation et on essaie de donner notre lecture du film ; encore une fois bien sûr sans massacrer le propos original, mais en lui confiant notre regard et les émotions que ces films évoquent chez nous.

De quelle manière a évolué, depuis 2006-2007, ce rapport entre image et musique chez Cercueil ?
Nous n’avons pas cessé d’en faire. Pour en citer quelques unes, nous avons participé à un projet autour d’Antonin Artaud pour lequel j’ai réalisé des images et Pénélope accompagnait une actrice sur scène au violoncelle avec une multitude d’effets. J’ai réalisé plusieurs films courts et nous avons réalisé un documentaire avec Pénélope en 2010. Nous avons créé (images et sons) deux ciné-concerts d’une vingtaine de minutes chacun en 2009, l’un autour d’une histoire fantasmée de l’aviation et l’autre autour de l’univers des premiers clips vidéos et de l’apparition de MTV. Tout ces projets, et encore d’autres ne sont pas signés Cercueil, mais Puce Moment. C’est un peu notre laboratoire parallèle à Cercueil, et souvent l’un et l’autre se nourrissent mutuellement. Nous avons d’ailleurs toujours le projet de créer des images pour certains concerts de Cercueil.

Sur le nouvel album, vous deux tenez encore les rênes, Cercueil réaffirmant du même coup sa dimension « duo ». La participation du batteur Olivier Durteste ne se limite-t-elle donc qu’à la stricte place d’instrumentiste et excluez-vous une évolution de Cercueil à trois, sur le plan de la composition ?
Pénélope :
Depuis le tout début de Cercueil, les choses n’ont pas tant changé par rapport à notre méthode de composition : nous créons chez nous, dans le confort et l’intimité du « home studio ». L’électronique est pour nous plutôt un outil qu’un genre musical qu’on emprunterait : dans nos chansons, nous sommes attachés à l’idée de faire une peinture de sons. Du coup, nous travaillons beaucoup les arrangements, le « décorum ». L’idée de jouer avec un batteur a mûri avec les premiers live de Cercueil, sachant que nous avions déjà un background plutôt « rock » ! Depuis le premier EP, les compositions de Cercueil allient sonorités analogiques, électroniques et acoustiques. Notre invitation faite à Olivier Durteste s’inscrit dans cette démarche. Notre première collaboration date donc du premier album, à l’époque tout s’est passé dans l’urgence : nous avons donné à Olivier une maquette de l’album, à partir de quoi il a imaginé ses batteries. Quelques semaines après, il enregistrait ! Par la suite il nous a accompagnés en live, et notre collaboration s’est donc confirmée à plusieurs niveaux : humainement, musicalement. D’un commun accord, nous nous sommes entendus pour fonctionner de cette façon pour l’enregistrement de Erostrate. La place que tient Olivier ne se résume pas à celle d’un instrumentiste : il crée ses motifs rythmiques de batterie en réponse aux maquettes de chansons. C’est d’autant plus vrai sur le nouvel album, où sa proposition est allée encore plus loin dans le dialogue avec les rythmiques électroniques.

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