Catherine Viale & Mathias Moreau – Interview bonus Obsküre Magazine # 19

30 Jan 14 Catherine Viale & Mathias Moreau – Interview bonus Obsküre Magazine # 19

Voici le complément de notre entretien paru dans Obsküre Magazine # 19 (janvier / février 2014) avec Catherine Viale et Mathias Moreau, auteurs du livre d’entretiens : It’s not only rock’n’roll : Sexe, Drogue et Sagesse du Rock (Intervalles).

Obsküre Magazine : Vous pratiquez l’exercice de l’interview depuis des années, est-ce que ce recueil était aussi une manière de renouveler cette pratique et l’écarter du cadre de la promotion obligatoire?
Mathias Moreau : Je pense que nous n’avons pas eu cette prétention. Il s’agissait juste de faire parler les musiciens d’autre chose. En toute simplicité. Certains ont refusé et d’autres en ont été très contents.
Catherine Viale : Cela fait des années que j’essaie de creuser avec les artistes que je rencontre le pourquoi du comment, à l’occasion de la sortie d’un disque ou d’un livre. Le premier à avoir été étonné par l’article écrit à partir de notre rencontre a été Frandol, il y a environ quinze ans. D’abord furieux que je le fasse passer pour un « intello », il m’avait remerciée quelques années plus tard pour mon audace qui lui avait fait prendre conscience qu’il n’était pas nécessaire de coller au cliché du rocker bas du manche et buveur de bière pour être crédible.  On peut donc dire que ce projet m’a permis de creuser ce sillon de manière plus construite, dégagée des contraintes de la promo qui souvent ne permet d’échanger que sur une demi-heure et basta. Pour la petite histoire, le même Frandol a été un des premiers à répondre positivement à notre demande, voire à écrire son texte lui-même.

Comment arrive-t-on à mettre les artistes assez en confiance pour qu’ils livrent leurs doutes et angoisses?
Mathias : Nous en connaissions certains auparavant, cela a donc facilité notre tâche. Et puis il suffit de bien présenter le projet. La plupart ont une oreille attentive à ce que vous dites car généralement vous êtes aussi un fan. Tous ces musiciens sont extrêmement abordables, humbles et sympathiques.
Catherine : Je crois qu’il s’agit avant tout d’une question d’écoute et de respect réciproque. J’ai été moi-même surprise par la sincérité de certains musiciens que nous ne connaissions pas personnellement auparavant. C’est peut être une preuve que l’émotion produite par une œuvre crée un lien subtil entre celui qui la crée et celui qui la reçoit et permet de ne pas se tromper l’un l’autre.

Certains ont apparemment refusé, qu’est-ce qui les gênait?
Mathias : Certains n’étaient pas intéressés tout simplement. Ils n’ont pas donné plus d’infos que cela. D’autres pensaient que l’on ne parlerait pas assez d’eux. Comme The Jim Jones Revue !
Catherine : Je pense que les refus ont été de plusieurs ordres, sans parler des musiciens que nous n’avons pas pu approcher directement et dont on ne sait même pas s’ils ont eu connaissance de notre demande. Il y a ceux qui ont un emploi du temps gonflé, travaillent sur dix projets à la fois, s’éparpillent aux quatre coins du monde et ont oublié rapidement leur promesse, faite à la fin d’un concert ou entre deux interviews « promo ». Plutôt que de refus, je qualifierais leur attitude d’absence. Il y a ceux pour qui parler de philosophie était un exercice scolaire qu’ils associaient à leur adolescence et les rebutait. Il y a ceux qui ne veulent pas se dévoiler autre que l’image qu’ils donnent à travers leur personnage scénique. Et puis il y a ceux qui ont décliné notre offre car ça devait remuer trop de démons en eux. Je pense en particulier à ce guitariste polymorphe qui m’a expliqué qu’il ne voulait pas réfléchir au sens de sa démarche artistique de peur de bloquer son instinct créatif.

Cet ouvrage est le premier du genre. On imagine déjà des suites possibles. C’est une expérience que vous souhaitez continuer?
Mathias : Refaire le même projet n’aura pas véritablement de sens. Il faudrait réfléchir à une autre façon de procéder. Mais quatre ans sur un même projet, c’est compliqué. La motivation peut décliner rapidement et on passe par des étapes de doutes et de découragement. Le principal c’est que ce livre existe. Ça on ne peut pas nous le retirer.
Catherine : C’est une expérience en effet ! Nous avons eu la chance de rencontrer une maison d’édition assez curieuse pour écouter notre propos, assez courageuse pour le porter devant le public. Maintenant laissons le temps (et oui, encore lui) faire son œuvre. Qui vivra, verra…

> WEB OFFICIEL (EDITEUR)
www.editionsintervalles.com

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