Bruta Non Calculant – Interview bonus Obsküre Magazine #20

30 Mar 14 Bruta Non Calculant –  Interview bonus Obsküre Magazine #20

Supplément de notre entretien avec Alaxis Andreas G., alias HOLY X, du duo Bruta Non Calculant et à la tête du label San France Disko.

Obsküre Magazine : D’abord tout simplement je voudrais qu’on revienne sur le nom Bruta Non Calculant. A quoi cela se réfère-t-il ?
Alaxis Andreas G. : « Bruta Non Calculant », « les brutes (ou les bêtes) ne calculent pas » est une expression latine que les anciens utilisaient pour signifier ceci : « la pierre brute est aussi belle que la pierre taillée ». Cette expression correspond à la Libération initiatique après les différentes phases d’ascèse, d’observation, de purification nécessaires à la « Renaissance » de l’adepte…que les chrétiens nomment aussi « Résurrection ». « Bruta Non Calculant » est une expression alchimique qui marque « la fin des temps » pour le Renouveau. Comme toute expression alchimique, elle comporte plusieurs niveaux de lecture, au moins trois…mais je n’irai pas plus loin. L’homme accompli cesse de calculer lorsque sa tête est tombée ! Affranchi des lois, y compris de ces propres lois qui ne sont qu’un système symbolique pour parvenir à « la Fin » et crier : « j’ai faim ! » C’est alors la fin de toutes politiques ou de toutes religions pour lui, se sachant « libre de droit » ou plus précisément libre « par droiture », qui n’est que Souplesse retrouvée face aux évènements qui ne sont jamais hasardeux et dont la lecture se doit d’être impeccable afin que l’instant se mute en instinct! De là , seulement: Œuvre Opérative ! L’ « homme vert » de la tradition celtique encore appelé l' »homme sauvage », que l’on retrouve sur toutes les portes de nos temples ou encore le saint céphalophore ( St Denys, Ste Procule, Ste Catherine…) sont l’image même de cette expression. A chacun de méditer là-dessus avec les capacités que sont les siennes…

La continuité entre ton passé musical et le présent se ressent par exemple dans la réinterprétation d’un vieux titre, classique de l’électro minimale, « The men who killed the beat », qui semble prendre, sous la houlette de Bruta Non Calculant, une autre signification ?
« The men who killed the beat » du Syndicat Electronique est effectivement devenu un classique de l’Electro minimal ! Composé en 2000 et sorti en 2001 sur Invasion Planète Records, ce morceau a révolutionné le genre Electro, synth pop. Au départ, il était une sorte de blague, volontairement « kitsch » avec son vocoder et sa ligne de synthé analogique « catchy », dans un format accessible à tous, pourrions-nous dire… mais derrière restait caché un message. Celui de ces hommes « tout dressés de noir » qui « tuent le battement », c’est-à-dire  qui empêchent tout déploiement authentique, provenant du Coeur : le siège traditionnel de l’âme ( se rapporter à ce que je vous ai dit plus haut, concernant les saints céphalophores ). Lorsque j’ai décidé de reprendre ce morceau, j’ai voulu lui donner une dimension plus « premier degré », plus mature, peut-être… Et dénoncer ces « hommes en noir » qui ne sont pas des extra-terrestres, mais des gens qui se sont identifiés à leur costume sociétal, dressés de leur mental gris, capitalisant sur le dos des leurs semblables…détruisant la planète et ses ethnies, prétextant l’universalisme pour nous faire passer la pilule d’eau de javel qu’est le mondialisme, symbole maladroit de « l’Unité » que chaque homme doit trouver en lui pour devenir libre…à l’intérieur et non à l’extérieur !! Ce morceau « The men who killed the beat » par Bruta Non Calculant est un morceau pour la Révolution citoyenne qui se profile.

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Peut-on également revenir sur les costumes que vous portez sur scène et sur l’esthétique qui semblent renvoyer au carnaval médiéval, à certaines figures traditionnelles du carnaval et du théâtre comme Pétassou et à des traditions folkloriques anciennes ?
J’ai toujours utilisé le costume et l’anonymat ! Ceci fait parti de ma démarche artistique. Le Syndicat Electronique portait une cagoule de guerrier, de chasseur…un uniforme militaire d’indépendantiste ! Là, c’est le costume traditionnel d’un chaman, qui me fut fabriqué sur mesure et selon des règles très précises par la même personne qui m’a demandé de revenir à la musique et pour qui j’ai composé « Pessah ». Cette personne habite au pied de la grande Vierge Noire du Puy en Velay, là d’où partent tous les pèlerinages authentiques ! Ayant reçu une authentique initiation druidique, suite au chemin de Saint Jacques que j’ai accompli à l’ancienne (à la recherche de mon antimoine…), je me devais d’aller jusqu’au bout de ma démarche…que celle-ci soit profane ou sacré car en vérité, il n’y a aucune différence ! « Qui suis-je ? » est l’interrogation directe que pose un costume. Celui-ci a valeur cathartique. C’est un puissant symbole qui remonte à la nuit des temps, aux « frères feuillus », dans notre hémisphère Nord, encore nommé les « farfelus » en vieux français, ce sont ces « hommes verts », ces « merlins » des portes de nos temples religieux bâtis sur d’anciens lieux celtiques…

Cette indépendance, ce désir de revenir aux racines s’inscrivent-ils dans un engagement, une pensée -révolte quant au monde contemporain ?
Entendons-nous bien. Le retour aux racines est une première étape, et d’ailleurs devrions-nous dire « souche »…mais moi je parle du retour aux radicelles !! Le monde contemporain est ce qu’il est : le résultat d’un travail mental des êtres humains pour, soi-disant, améliorer leurs conditions existentielles ( par peur )… Mais toujours soumis sont-ils à l’illusion du « meilleur » ou du « mieux »… à la recherche du bonheur, ce « paradis perdu que pleurent les anges déchus ». La seule révolution possible est une révolution sur nous même ! Un tour complet ! Et ce en conscience de ce qui nous « con-cerne », le cycle représenté dans l’ancienne tradition par la Roue Celtique, remplacé ensuite par le symbole de la Croix issu de cette religion sémite importé par l’empire romain et leurs troupes numides ! L’homme doit prendre conscience de son terroir, de ce qui le nourrit profondément… il doit connaître le dragon qu’il foule du pied ! Lorsque l’Empire décadent Romain remplaça Cernunnos le Dieu Cerf de nos forêts luxuriantes sacrifiées par Jésus le « fils de l’homme » sacrifié, la culture des peuples de l’hémisphère Nord y perdait son Langage !! Et donc « la voie à suivre » pour son accomplissement « ici-bas » ! L’empire romain importa sur nos terres une religion de lois vieille de 4000 ans, issue de l’hémisphère Sud ! Nous avions ici, dans l’hémisphère Nord, la même chose, mais avec nos symboles que nous comprenions parfaitement ! Depuis le désert et le bitume ont remplacé nos forêts ! La télécommunication a remplacé l’oralité. Les machines ont remplacé les hommes… Le « retour du Roi » n’est pas à attendre… mais à accomplir en chacun de nous ! De là seulement, nous prendrons de nouvelles dispositions. Mes origines sont celtes et germaniques des deux côtés de ma famille. Nous avons une tradition dont nous pouvons être fier. Seuls quelques uns peuvent encore la transmettre sans fantasme !

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Votre démarche d’enregistrement est particulière : très brute, proche de la musique improvisée, car vous ne gardez souvent que les premières prises et votre instrumentation elle même est assez minimale. Est-ce que c’est pour vous une quête de liberté dans la contrainte? Est-ce que c’est avant tout la quête de l’émotion nue, spontanée qui vous intéresse ?
J’ai toujours aimé le minimal. Sans aucune fioriture ! Que cela soit dans les sentiments, dans l’action qui en découle, dans les relations…bref, dans la création. Quand j’ai commencé sérieusement à composer, je veux dire vers 1996, je ne possédais qu’un amiga commodore et son tracker Octamed. Il n’avait que quatre pistes de samples audio 8 bits ! J’ai fait mes armes sur ça. Avant, lorsque j’avais une quinzaine d’année, je possédais un yamaha pss, un petit synthé fm , workstation… Mes références absolues, à cette époque, étaient bien évidemment Kraftwerk, John Carpenter mais aussi, par exemple, Kevin Saunderson, cet artiste qui a composé ce chef d’oeuvre du minimalisme « dance » qu’est « Rock to the Beat », entre autres ! Bref, le minimalisme c’est l’instant qui mute en instinct. La plupart des titres de Bruta Non Calculant sont improvisés ! Victor-Yann se charge de sa fender stratocaster et de sa pédale « big muff », moi je me charge des synthétiseurs, boites à rythme et du chant. Il y a des titres qui tout de même nécessitent deux ou trois prises… mais c’est toujours direct et sans trucages ! Nous composons dans une sorte de rituel et à des moments bien précis de l’année, là où les forces de (la) création le permettent. Il s’agit de fixer l’Energie reçue dans un « support-témoin », une « capsule sonore », un « artefact » pourrait-on dire, afin que l’auditeur puisse sans pouvoir nommer la chose ( ce qui serait inutile et alimenterait son mental qui le détournerait du but escompté ) ressentir cette force « manifestée ». Tout sur Terre est rituel, encore faut-il en avoir « con-science », comprendre et agir en « con-séquence ». Le rituel mène à un état cathartique, où l’Emotion véritable remplace les émotions qui ne sont que petits sentiments individuels issus de notre âme égoïque…

L’album chez Minimal Wave, World in a Tear, n’est pas qu’une collection de titres composés sur plusieurs années mais suit un véritable fil conducteur et un thème fort. Des titres comme « World in a Tear » ou « Civilization » semblent tendre à une universalité. Peux-tu revenir sur cette pensée ou « vision » ?
Le premier morceau de Bruta Non Calculant fut « Civilisation », c’est d’ailleurs celui qui ouvre l’album ! L’auditeur percevra bien le direct ! Nous avions entrepris une session live pendant l’équinoxe d’automne de 2006. Nous ne savions pas où cela nous mènerait ! Ce morceau posa les bases de Bruta Non Calculant. C’est une longue plage improvisée à base de sons d’orgue accompagnés de la cr78 et de la guitare de Victor-Yann. Ce morceau célébrait les forces de la terre noire, compost de toute civilisation authentique. Le thème de cet album World in a Tear est alchimique, bien évidemment. Il traite de différentes phases d’ascèse nécessaires à l’Amour parfait ! Mais celui-ci est-il possible « en fin de conte » ? Chaque titre se veut témoin d’un processus intérieur…et porteur d’un sens que chacun décryptera avec ses propres moyens, à l’exemple du titre  » Oh my tree », dont les paroles sont tirées…d’une vielle bande dessinée ! Tout est dans tout ! World in a Tear est une pièce d’art universelle au sens le plus pur du terme.

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Peux-tu revenir aussi sur votre rapport à la Nature. Vous vous êtes intéressés par le passé au langage des oiseaux. En quoi trouvez-vous une forme d’inspiration dans l’environnement naturel, ses animaux, ses rites ?
La Nature précède La Culture ! Cela est l’Unique Vérité. De la Nature procède la Culture. Il y a , disent les alchimistes « la Nature naturante » et « la Nature naturée »! Comment ne pourrions-nous pas y retourner ?! Elle est nous, nous sommes elle ! Je vis en pleine nature, dans une vieille tour du douzième siècle que je retape avec ma compagne. J’ai abandonné tout confort, tout « modernisme » ( plus de télévision , internet très peu, pas de cinéma etc.) non par « fuite en avant » mais tout simplement pour limiter les « occasions de chute » car la chair est faible, dit-on. Et jusqu’à ce que « le Point de toutes choses ici-bas » ne soit atteint, il est nécessaire d’accomplir ce vide ( qui n’est pas le Néant, entendons-nous bien ! ). Cela fait huit ans que je vis ainsi et me sens maintenant prêt à re-fréquenter les « cercles culturels » qui ne sont que l’expression du monde dit « astral » entretenu par des êtres émotionnels, capteurs mais pas tout à fait conscients encore de leur « émission »…bref, je replonge dans cela non par égocentrisme mais par nécessité à ne pas jeter la pierre à la « femme qui soigne Jésus de son ascèse » : Marie-Madeleine. Comprendra qui pourra ! C’est cela le sens du mot « Passion ».

Peux-tu nous en dire plus sur le nouveau label San France Disko et la ligne que tu souhaites suivre à travers des disques qui se rapprochent des livres d’art ?
San France Disko est un peu plus qu’un simple label de musique. C’est un état d’esprit qui allie le Sacré de la Tradition primordiale ( la Nature naturante ) et le profane des petites traditions de chacun ( la nature naturée ). Le nom humoristique du label est en rapport avec la faille tellurique de la ville de San Francisco. Du centre de la terre peuvent jaillir tous les possibles ! Créateur ou destructeur ! Les artistes présents sont, me semblent-ils, concernés par la même chose que moi : La Tradition, La Nature, La Culture issues de cette Nature profonde, la défense de valeurs concernant le patrimoine des peuples indo-européens, notamment ceux de l’hémisphère Nord dont nous descendons pour la plupart. Les livres d’art sont façonnés à la main et numérotés. L’aventure est ici une alchimie opérative complète pour tous les participants. Nous sommes bien loin de la culture populiste du « tout cuit » d’internet, du mp3, et du blabla des réseaux sociaux !… Je tiens d’ailleurs à préciser que nous ne sommes dans aucune de ces choses sur internet ! Ce sont des fans qui ont créer les pages ou blogs ! ( j’aurais d’ailleurs bien aimé qu’ils m’en demandent l’autorisation ! Le Syndicat Electronique, etc.). Le seul endroit, pour l’instant, où vous pouvez prendre contact pour nous suivre, nous booker pour un concert, pour une conférence, ou commander de manière certaine nos oeuvres, c’est: www.sanfrancedisko.com

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