Brume – Interview bonus Obsküre Magazine # 19

26 Jan 14 Brume – Interview bonus Obsküre Magazine # 19

Voici le complément de notre entretien avec Christian Renou de Brume, paru dans Obsküre Magazine # 19. Vous y trouverez notamment une sélection par l’artiste lui-même des disques qu’il a faits et qui sont pour lui les plus essentiels quant à la compréhension de son travail (Christian Renou a publié une masse impressionnante d’enregistrements sur divers supports!).

Obsküre Magazine : Avant de sortir des enregistrements sous le nom de Brume à partir du milieu des années 80, il y a eu l’aventure Uria. Peut-on revenir sur cette période d’apprentissage, assez peu connue, qui apparemment lorgnait du côté du jazz et du prog rock ? A-t-elle joué un rôle décisif dans la création de Brume ?

Christian Renou : J’ai toujours eu la chance d’avoir des amis qui pratiquaient un instrument. Certains jouaient depuis la fin des années 70 dans ce groupe : Uria. Moi j’ai pris le train en marche, j’ai continué ma formation musicale en y entrant début 1980. Uria m’a appris sur le plan « technique » car tous ses membres étaient des musiciens confirmés. Loin du punk de l’époque, c’était esthétiquement plus proche du style Magma, Van Der Graaf, Art Zoyd, Heldon… Attention ! il n’y a rien de péjoratif dans mes propos !

Le projet de Brume en lui même semblait être plus une plateforme, un label et un collectif au début, incluant parfois des collaborateurs assez connus d’ailleurs. Quel en était le fonctionnement ?

Un collectif ?! Ah non, pas en ce qui me concerne ! On s’entraidait entre groupes et « petits labels » c’est tout !

On dirait que vous préférez le terme de « designer sonore » à celui de musicien quant à Brume, ayant notamment travaillé pour des installations, performances, etc. Comment vous définissez vous ?

Poésie sonore, sculpteur sonore… oui. Comme je disais à Françoise Duvivier : mes sons sont des couleurs et mes morceaux sont comme des coups de pinceaux ! Il y a un côté très pictural dans ce que je tente de faire, tout est très narratif ! J’ai donc travaillé avec de « vrais » peintres pour des art exhibitions, pour des installations en France et aux Etats-Unis, ainsi que pour des courts métrages… Mais Je ne suis pas un « performeur » et je me fais chier à 95 % quand je vais voir un concert « expé / indus ». Par exemple, j’adore ZOVIET FRANCE, mais en concert c’est de la M… C’est triste ! Voir des mecs qui bidouillent derrière des laptops et des consoles avec une vidéo glauque derrière, merci ! On connaît la formule, la corde est usée ! Idem pour les trucs intellos à la con ! Je me déplace uniquement pour du « lourd »  genre The Residents, Tuxedomoon, Robert Fripp, des trucs de jazz novateurs, du free jazz, JON HASSELL, du bon vieux rock péchu,,, J’aimerais voir BORBETOMAGUS en live, aaaaarghhh je les ai loupés lors de leur dernier passage en France,

A un moment, vous avez aussi ressenti le besoin de laisser tomber le nom de Brume pour celui de Christian Renou, pour au final revenir à Brume. Cela correspond à l’époque où vous avez commencé à travailler avec des ordinateurs, parfois usagés et déficients, alors que jusqu’à présent vous aviez utilisé toutes sortes de matériaux sonores. En parallèle, plus récemment vous avez mis en place le projet Frog. Comment vous y retrouvez vous entre tous ces dénominatifs ?

Il arrive un moment où vous vous dites : « je m’emmerde dans la  maison Brume !». J’en ai ras le fiacre de manger les mêmes recettes ! Donc, faisons table rase !!! Maintenant on va faire dans le « moléculaire, ouais ! ». J’avais donc décidé d’ œuvrer sous mon propre nom ! « L’ordinateur c’est répugnant, mais le dernier synthy à la mode aussi !… donc expérimentons sur un PC ». Je me suis fais la main sur des PCs hyper-cheap que m’avaient assemblés des amis. J’ai enregistré quantités de tests, de plantages, de trucs vraiment bizarres… à tel point que je me suis dit qu’il y avait quand-même un avantage certain à utiliser ces machines en corrélation avec de bons vieux hardwares analogiques. De plus, l’ordi est un outil bien pratique pour le mastering. Alors depuis, j’utilise des systèmes hybrides « analogico-numériques ». J’en suis revenu au nom BRUME pour la simple raison que quelque soit son nom, ma musique ne se différenciait pas vraiment d’un projet à un autre.

Votre technique musicale a-t-elle beaucoup changé au fil des ans ? Certains parleraient de montage comme au cinéma ou de cut-up, d’autres d’environnements sonores ou de sculptures sonores. Quelle est votre manière habituelle de procéder quand il s’agit de composition ?

Oui elle a changé, forcément !… mais pas tant que ça. Ce qui a vraiment changé ce sont les formats sur lesquels je travaille maintenant. Dorénavant, à 90 % ce sera sur du vinyle et de la cassette ! Le format CD n’étant plus du tout attrayant, les bons « vieux » supports reviennent au goût du jour ! De toute façon le CD est aujourd’hui moribond ! Les gens téléchargent à donf… Puis en 2005, je fais une rencontre musicale MAJEURE avec ROTORELIEF, un ambitieux label français spécialisé dans la production vinylique qui produit de jeunes groupes novateurs mais aussi « les anciens freaks français », entendez par là : Jac Berrocal, Le Syndicat, Pacific 231, Vox Populi !, Parazite, Brume. Son champ d’action est également international, Rotorelief réédite aussi les anciens LPs de MB, les mythiques krautrockers de Sand ainsi que les derniers travaux de NURSE WITH WOUND. Àpartir de là, ce label unique en France m’a permis d’élaborer de réels side-projects radicalement différents de BRUME. J’ai toujours eu envie de m’impliquer dans des musiques uniquement rythmiques et minimales : FROG en est la directe concrétisation, Le premier Frog sorti en CD chez le défunt label russe Waystyx fut un premier jet. Puis un album plus travaillé et radical vient de sortir chez Rotorelief.

La collaboration est quelque chose que vous appréciez et que vous avez longtemps pratiquée. Y voyez-vous une forme régénératrice qui participe à une pratique qui reste ludique selon vous ?

La collaboration entre artistes est un paramètre important ! Les plus intéressantes sont celles qui associent deux artistes ayant une « vision du son » radicalement différente, Prenons par exemple ma collaboration avec les américains de Bastard Noise, « Brainstorming I ». C’est l’un de mes albums préférés ! Bastard Noise et leur « power electronic » vicié mais très structuré mixé avec la musique concrète de Brume, ça pourrait paraître scabreux, improbable, pourtant le résultat fut un réel succès ! Il y a dans ce genre de projets un challenge, une mise à l’épreuve des plus constructives !

Pour finir, quels sont, selon vous, et dans la masse de choses que vous avez produites, les essentiels de l’œuvre de Brume ?

C’est la question qui tue !………. Mais allons-y :

BRUME :

« Permafrost » (Cassette / CD)

« Les victimes dont dangereuses » (CD-R / CD)

BRUME + TOY BIZARRE (collab CD)

« The sun / the moon » (double-CD)

« Zona ventille » (CD)

« Krieg » (CD)

« After the battle » (CD)

« Xerxès » (LP)

C, RENOU :

« Fragments & articulation » (CD)

« C, RENOU + BASTARD NOISE, « Brainstorming I » (collab CD)

« 7 kisses » (CD)

FROG :

« Frog » (CD)

« Frog 2 » (LP )

www.rotorelief.com

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