Brouillard Définitif (label) – Interview

05 Fév 14 Brouillard Définitif (label) – Interview

Obsküre vous propose de partir à la découverte du label Brouillard Définitif. Depuis 2007, cette association s’est lancée dans la réédition de nombreuses formations cultes de la scène cold wave des années quatre-vingt – à l’instar d’Infrastition, par exemple. Plus récemment, Brouillard Définitif a choisi de se focaliser également sur les groupes des années quatre-vingt-dix ou contemporains. Avec plus d’une vingtaine de sorties à leur actif, sur formats CD ou vinyle, il était temps de faire un premier bilan avec Maxime, l’un des trois co-Présidents de l’association.

Obsküre Magazine :  Tout d’abord, de qui est constituée l’équipe de Brouillard Définitif ?
Maxime : Brouillard Défintif est un association loi 1901, fondée dans le Nord-Est de la France en 2007 et se compose d’une petite équipe évolutive hautement motivée ; le bureau est composé de Sandra, Yan et moi-même, tous trois co-Présidents, ainsi que de bénévoles comme Florent, notre graphiste ou Jérôme, notre webmaster, plus des membres bienfaiteurs qui nous aident essentiellement sur la diffusion.

Pourquoi avez-vous décidé de vous focaliser sur le courant cold wave, essentiellement français?
Tout simplement parce que c’est la musique qui nous fait vibrer depuis toujours. Avant de monter Brouillard Définitif nous organisions des soirées et des concerts cold-wave/post-punk et goth à Nancy, je dirais qu’on s’est orienté naturellement vers nos groupes locaux/nationaux fétiches par facilité… Internet n’ayant pas toujours été de mise, il n’a parfois pas été facile de retrouver certains groupes, partis pour certains se réfugier dans les DOM/TOM.

Odessa Neva Before-After-Party 30-Eine-Anthologie

Votre optique est de fouiller aussi dans des enregistrements qui ne sont, dans certains cas, même pas parus à l’époque de leur réalisation, ou alors sur des formats ultra limités. La recherche, c’est une pratique qui vous passionne?
Les disquaires spécialisés étant très rares, la recherche est quasiment un sport national de la scène. Habitant l’étranger, je me souviens que, jeune gothique, je faisais tôt le matin trois heures de train jusqu’a Bruxelles, pour aller m’acheter des disques dans une boutique aux rayons choisis, je rentrais les soirs heureux et chargé de sacs remplis de trésors. Pour Sandra ou Yan, c’était beaucoup plus simple : à Nancy, il y avait Boudisc et Les Disques du Soleil Et De L’Acier, mais il fallait faire son curieux pour qu’ils sortent ce qu’on cherchait. On ne voulait pas des « nouveautés » mais vraiment ce qui à l’époque ne se vendait « plus ». Cela peut paraître dérisoire aujourd’hui, puisque la new-wave et les groupes plus « minimal » sont à la mode, mais au milieu des années quatre-vingt-dix, pour trouver un LP/CD de The Cure comme Pornography c’était pas si facile en Province. Alors imaginez un groupe moins connu…

Pour lancer le label, vous avez choisi de faire pas mal de rééditions de groupes ayant un petit statut culte dans la scène (Seconde Chambre, Neva, Guerre Froide, Odessa, Excès Nocturne, Leimotiv). Vous sentez-vous proche en ce sens du travail que peut faire Infrastition dans le même domaine et en quoi votre travail diffère?
Bien sûr, nous sommes d’ailleurs en contact et échangeons régulièrement des infos, idées et contacts. Mais nous collaborons aussi au niveau européen avec des labels comme les Espagnols de Domestica et Atemporal, les Grecs de Eirkti et Geiheimnis ou les Allemands d’ Annalogue Records et Kernkrach. On peut affirmer qu’on est tous dans le même délire. Infrastion étant plus axé sur le CD, nous sur le vinyle, nous nous complétons naturellement. Si je dois citer un label, français qui plus est, que je considère comme ma référence, c’est L’Invitation Au Suicide.

Comment expliquez-vous ce regain d’intérêts depuis une dizaine d’années pour ce courant musical des années quatre-vingt ?
Les années quatre-vingt étaient une période culturelle et musicale tellement riche et novatrice, où l’histoire de la musique était réécrite chaque semaine après la sortie d’un disque plus fabuleux que le précédent… Il était inévitable de passer a côté de plein de bonnes choses, et heureusement, pour notre bonheur à tous !

En parallèle, vous êtes aussi allés dénicher des obscurités absolues des années quatre-vingt-dix : A Sordid Poppy, Elyzium For The Sleepless Souls, Congrès de Vienne… Comment avez-vous mis la main sur ce genre de projets?
Nous sommes trop jeunes pour avoir connu la scène à ses débuts, les années quatre-vingt-dix étant celles de notre génération. Je suis certain qu’à l’avenir les groupes de ces années seront « redécouverts ». Malheureusement beaucoup de ces groupes n’ont sorti que des cassettes autoproduites distribuées au niveau local, objets qui n’ont pas toujours survécu jusqu’à nos jours. Il y a un gros travail de sauvetage de ces bandes à faire sous peine de perdre dix ans de notre patrimoine musical, et c’est vrai aussi bien pour la scène dark que pour la scène metal ou rap où le « meilleur » n’a pas forcément été exploité ; mais encore, faut -il savoir quels risques « financiers » cela peut entraîner… Concernant ces projets, que ce soit moi-même, Sandra ou Yan, nous sommes en relation avec les musiciens issus de ces formations depuis pas mal d’années déjà, dans le but primaire de se procurer les éventuelles éditions et titres manquants. On ne croyait pas qu’un groupe n’avait sorti qu’un titre sur une compilation, on cherchait à en avoir et savoir plus concernant tous ces projets.

La scène actuelle n’en est pas oubliée pour autant, avec Popoï Sdioh ou A Kind Of Ghost. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces projets actuels qui font perdurer, selon vous, l’esprit de la scène post-punk?
Aussi bien pour Popoï Sdioh que pour A Kind Of Ghost, on peut parler de coup de foudre des membres du label. J’ai rarement vu un groupe aussi bon que Popoï Sdioh sur scène et je conseille vivement de faire le déplacement à l’un de leurs trop rares concerts ! On les avait fait jouer à Nancy en 2005, le courant étant très bien passé. On s’est décidés par la suite à leur donner un coup de pouce – et puis c’est pas comme si nous n’aimions pas déjà leur groupe précédent : Land Of Passion…
Dans le cas d’A Kind Of Ghost, c’est un heureux hasard, on s’est pris une véritable claque musicale et il a été très vite clair que, bien que plus tourné vers le passé, Brouillard Définitif se devait de sortir ce groupe à l’avenir plus que prometteur.

Quels sont les critères qui vous amènent à signer un groupe sur votre label?
De nous plaire! C’est sine qua non ! Faut dire que d’avoir des enregistrement des années quatre-vingt ou quatre-vingt-dix de bonne qualité est un plus. On marche au feeling, mais il est vrai que la faisabilité prime également, surtout pour un format vinyle dont l’investissement est assez haut. Aussi, il y a une question de cohérence ; nous allons par exemple éditer des groupes allemands, français ou s’ouvrir à des collaborations dans des styles musicaux plus variés, mais toujours en connexion avec toute cette vague froide. Il ne faut pas que cela parte dans tous les sens. Beaucoup trop de labels ont ainsi, selon nous, perdu leur identité à aller « dans tous les sens ».

En termes de format, est-ce que vous tenez à privilégier le vinyle ?
Tout a fait. Depuis toujours nous affectionnons ce noble support. A la base nous sommes des passionnés et collectionneurs, nous avons sorti des objets que nous aurions bien voulu trouver sous cette forme chez nos disquaires préférés et qui, pourtant, n’en finissaient pas de ne pas sortir. Nous essayons aussi à chaque fois de faire un disque qui visuellement reprend au maximum l’esprit du groupe, peut-être dans une vision d’art total wagnérienne.

Quel avenir envisagez-vous pour le label et les prochaines sorties?
Brouillard Définitif continuera a explorer les années quatre-vingt-dix en 2014 avec entre autres l’édition d’un double LP de Lucie Cries, pour la première fois en vinyle, mais aussi de groupes étrangers comme les Allemands de Permanent Confusion, groupe culte de la scène cassette underground outre-rhénane. Et y aura aussi d’autres surprises dont je ne peux malheureusement encore rien dire, mis a part que les amateurs du genre seront comblés !

nevaa Excs+Nocturne Odess

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