Black Egg – Interview bonus Obsküre Magazine #26

18 Nov 15 Black Egg – Interview bonus Obsküre Magazine #26

Après un Melencolia discrètement sorti chez [aufnahme + wiedergabe] et qui proposait certains des titres les plus rudes et les plus “gothiques” sortis par Usher ces dernières années, voici un Songs of Death and Deception de toute beauté chez Unknown Pleasures Records. En complément à l’article paru dans notre #26, quelques autres questions qui interrogent aussi sur ce deuxième disque de Black Egg dont la chronique est désormais sur notre site : Melencolia.

Sylvaïn Nicolino pour Obsküre : Sur ce nouveau disque, Songs of Death and Deception, tu te démarques résolument de la tradition dark-folk, même si celle-ci peut surgir (le touchant « Forgotten Blood »). Était-ce une ligne stylistique que tu ne voulais pas franchir ?
Usher : On m’a souvent parlé de « dark folk », j’avoue que je n’y ai guère pensé et n’en écoute que très rarement. Pour moi cet album est un retour à des formes pures et primitives du chant et de la chanson, des choses plus anciennes mais qu’on puise au fond de soi.

Qu’entends-tu par des « formes pures et primitives » ?
Je veux dire ces formes primitives qui inspirèrent Bartok ou bien encore Arvo Part, les voix bulgares, le chant grégorien ou la polyphonie vocale tonale. Ce genre de choses. Le mot « épurée » est sans doute meilleur que « pure ».

« Derrière les Forêts » te voit chanter en français, c’est un plaisir, d’autant plus qu’il propose une variation du très beau « Dying Rain » de Die Puppe. Vas-tu oser te lancer davantage ?
J’ai aimé chanter ce titre en français, et c’est une expérience que je renouvellerai sans doute à l’avenir ; l’essentiel reste pour moi que les sonorités apparaissent justes et que les mots ouvrent des espaces imaginaires, comme ce simple titre « Derrière les Forêts ». Sinon, non je n’ai pas pensé à « Dying Rain ».

black-egg-songofdeathanddeception

Avec ce deuxième et ce troisième album, je constate que tu fais encore des reprises et l’écho musical que j’ai senti m’interroge… La reprise de motifs musicaux ou bien la répétition de mots clé, est-ce quelque chose qui te frappe ? C’est de l’ordre de la psalmodie. Comme tu aimes faire des reprises, transformer plusieurs fois un titre, je me demandais si tu avais une sorte de fétichisme des notes, des sons ou des mots.
Il y a sans doute des mots que j’apprécie la sonorité et le sens, mais non je n’ai pas cette sorte de fétichisme; en revanche j’aime les mots qui sonnent.

À l’heure où j’écris ces questions, je n’ai pas les notes de pochette… Qui chante sur « King » ?
La voix brûlante de « King » c’est celle de Corina Nenuphar, la chanteuse de Black Egg (qu’on entend aussi sur « We Shall Win » et « Black Sun »), c’est elle qui donne à ce titre une ambiance profonde et inquiétante, lynchienne, dans un arrangement de Sébastien quasi fifties. À noter que l’autre version de « King », sortie en même temps sur Melencolia est plus électronique et froide.

Tu as composé tous ces morceaux dans un temps très réduit. Est-ce que tu gardais des ébauches de côté pendant la création de Melencolia ? Les titres les plus rêches pour [a+w] et l’envie d’explorer ta part plus pudique sur Songs of Death and Deception ?
Non, pas du tout. Ces titres sont venus directement, sans prélude ni même esquisse. Certains sont des épures de morceaux de Melencolia (« King », « Petit Chevalier », « Black Sun »). Je ne suis pas sur que Songs soit plus pudique, en fait c’est beaucoup plus intime et moins politique ou philosophique que Melencolia. Les titres sont arrivés de par le désir du label (Pedro m’avait réclamé une suite au Brotherhood EP sorti chez [a+w]) et surtout par la survenue d’évènements familiaux ou amicaux, la mort de proches, et cette forme acoustique s’est imposée. Mais que ce soit clair, c’est un « one shot », il n’y aura pas de suite à Songs, je suis retourné dans mon paysage électronique et froid, et dur.

« Back to Nature » est un hommage magnifique à Fad Gadget. C’est intéressant d’avoir supprimé la forte mélodie qui suit le refrain pour ne garder que des accords et la voix. Quelle a été l’importance sonore et poétique de Frank Tovey ? Il chante un rapport à la nature un tantinet foutu, non ? Ce « Back to Nature » se fait sous un dôme, il mentionne avec ironie l’air empoisonné par les autoroutes sur « Wheels of Fortune »...
Fad Gadget a été un des musiciens dont la courte carrière m’a le plus influencé de par son style inimitable, son minimalisme et sa radicalité. Cette chanson est ma préférée de Frank Tovey et je trouvais pertinent de la reprendre au moment où l’homme achève de détruire sa planète, tout en y ajoutant une touche de lucidité sonore : cette voix sèche et funèbre à la fois (grave et médium).

Avec « Le Petit Chevalier », j’ai comme l’impression que ça fait des années que tu avais en tête de la reprendre et d’entendre ta fille la chanter, non ?
En fait j’avais déjà repris « Petit Chevalier » avec Lily dans aPPareil il y a trois ou quatre ans, elle l’avait chantée sur scène avec nous.

black-egg-melencolia

Je trouve qu’il y a plus de lien entre l’univers de Nico et le tien qu’entre le Velvet et toi (la mélancolie d’un côté, le bruitisme de l’autre).
Le Velvet bien sûr est une grande inspiration (par exemple, j’ai aussi repris le « White Light/White Heat » avec Die Puppe sur A Doll’s House) mais la fragilité de Nico et plus encore celle d’Ari en fait un univers à soi tout seul.

Et tu l’avais placée sur Melencolia, également. Malgré cette douceur, sur ce disque, deux titres (« Nation » et « Krieg », fabuleux) sont ressortis de mes premières écoutes du fait de leur violence.
« Krieg » et « Nation » ont été en fait écrit avant la plupart des titres de Melencolia (et j’aurais aimé que « Sigils » soit sur l’album mais bon, faute de place…). « Krieg » a une histoire particulière: j’ai commencé ce titre avec Norma Loy, il était alors à l’état embryonnaire et a donné « Speed Pills » [NDLR : sur l’album Un/Real, je l’ai affiné avec aPPareil et j’ai enfin trouvé sa version définitive avec « Krieg » par Black Egg. J’ai alors ajouté paroles et synthé (et Pedro a même mis un petit rythme additionnel), avec ces paroles « Krieg ist Trieb, Krieg ist Leben, Krieg ist Liebe » un peu Laibachien du coup, mais en suivant la logique de la Melencolia : Négativité de l’homme, stérilisation, guerre, des thèmes que poursuit « Nation » (prémonitoire de l’ignominie État Islamique par exemple, mais pas seulement, et à rebours évidemment en lecture de l’histoire)…

Melencolia est un disque que je perçois comme jusqu’au-boutiste.
Bien sûr Melencolia est jusqu’au-boutiste (et plus vénéneux que No Pussy Thieves [NDLR : album en collaboration avec Mnomized sorti en 2012 dont nous avions parlé]), mais je pense aller plus loin prochainement, même si j’ai peu de recul sur mon travail actuel (entre trois entités distinctes – au moins trois) et n’envisage que rarement les choses de cette manière. Mais oui, il y aura une suite logique à Legacy-Melencolia… Ce sera sans doute Extinction.

WEB OFFICIEL

Be Sociable, Share!

Laisser une réponse