Benoît Minville – Interview Bonus Obsküre Magazine #27

27 Fév 16 Benoît Minville – Interview Bonus Obsküre Magazine #27

Supplément de notre entretien avec Benoît Minville publié dans Obsküre Magazine #27 autour du roman Rural Noir (Gallimard Série Noire), brillante plongée dans un univers campagnard et dans un monde de secrets, de violences, de justice personnelle et de culpabilité.

ObsküreMag : Tes influences sont avant tout littéraires ou aussi cinématographiques, musicales? L’histoire avec le Dalton m’a un peu rappelé Les Chiens de paille par exemple… Puis les scènes de bagarre ou les décors sont très visuels….
Benoît Minville : J’ai grandi dans les 80/90’s, décennie pop culture « cheesy » ou je passais mon temps à regarder des films pop-corn que je considère comme des chefs d’œuvre et à lire des séries noires et des Rivages noirs. J’ai cité Stand by me qui est pour moi une œuvre fondatrice de mon imaginaire que ce soit le film ou la nouvelle de Stephen King dont elle est issue mais il y a aussi les Goonies. Dernièrement des œuvres comme Mud ou Breaking Bad et Fargo m’ont énormément influencé. J’adore les écritures visuelles. En bouquin je voue un culte à Joe R.Lansdale qui manie le roman noir avec une rare maitrise, Les Marécages  et Sur le ligne noire sont d’immenses références auxquelles j’ajouterai des bouquins comme Le Mystère du lac de McCammon, Malataverne de Clavel. Il y a en moi un mélange des influences qui va de Melville, Verneuil, Simenon aux américains. Je m’intéresse à cette campagne ou les anciens ont vu grandir des jeunes vers la modernité et se prendre le chômage et le vide d’horizons. J’aime l’image des gens qui vivent en marge d’un certain système, ceux qui sont souvent vite jugés et communément appelés « Redneck » par « celui de la ville » qui ne voit en lui qu’un « bouseux » ou un type sans culture. Il y des fractures terribles dans notre pays, j’ai envie et besoin de parler d’eux.
La bêtise est partout, on la trouve aussi bien en ville qu’en milieu rural, mais comme il y a de moins en moins de monde à la campagne, elle peut donner l’image de ressortir plus facilement. Mes personnages, devenus adultes, sont des résignés qui n’attendent pas de miracles au niveau de l’Etat et du système mais qui en orgueilleux fidèles à leurs valeurs ont décidé de mener de front leur vie sans l’aide de personne.

Quant à ton choix de passer de la première personne pour les éléments passés à la troisième pour les événements présents?
En utilisant la première personne du singulier pour les évènements passés qui se déroulent en plein été j’avais envie d’embarquer le lecteur au cœur de la bande et d’en faire un membre à part entière. J’ai voulu rendre hommage à tous ces romans initiatiques ou d’apprentissage que je dévore depuis que je suis gamin et d’immerger complètement le lecteur avec un ton différent. Plus près des émotions et de la moelle de ce gang, dans le remous de ce qui va secouer la campagne paisible et le quotidien buissonnier de Romain. En terme d’écriture ce fut un vrai bonheur de pouvoir utiliser ce ton plus léger, grossier mais aussi incarné et absolu qui correspond aux émotions de l’adolescence.

Tu le situes comment ce roman par rapport à tes livres précédents. Tu voies une continuité ou c’est une nouvelle route que tu traces?
J’ai encore beaucoup d’histoires à raconter sur ce territoire, beaucoup de fictions en rapport avec l’actualité à poser au cœur de ces paysages. Je n’ai encore jamais écrit de roman purement urbain, ce qui m’intéresse, à l’instar des auteurs Nicolas Mathieu ou Franck Bouysse c’est de raconter la France Périphérique et rurale. C’est une démarche engagée et volontaire ou j’engage la fiction sur la voie que prend notre pays.

Quel serait pour toi le roman « rural noir » ultime? Celui qui représente bien le genre selon toi?
Marécages de Lansdale ou Sur la ligne noire du même « king of mojo storyteller ». Le meilleur…

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http://www.gallimard.fr/

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