Babel 17 – Interview bonus Obsküre Magazine #15

25 Mai 13 Babel 17 – Interview bonus Obsküre Magazine #15

www.obskuremag.net publie les passages restés inédits de notre entretien avec JeanJean et Vincent K. de Babel 17 pour leur nouvel album, Leviathan. La première partie de l’entretien est bien sûr (et que là !) dans Obsküre Magazine #15 (mai / juin 2013), en kiosques depuis le 9 mai.

Obsküre Magagazine : Avec Leviathan, j’imagine que vous vouliez faire référence à un titre de livre mais lequel?
JeanJean : Non, ce n’était pas du tout mon intention ! Mais j’avais déjà anticipé que les gens pourraient peut-être y voir une référence au Leviathan de Thomas Hobbes, paru en 1651, qui est un des livres de philosophie politique les plus connus. Le concept premier de ce Leviathan est que l’individu doit faire passer l’intérêt de son pays avant son  intérêt personnel, en échange de la protection du pays. C’est tout un programme, et je n’adhère pas forcément à cet idéal. Quoique, le morceau éponyme de l’album cadre bien avec le concept déshumanisé de Hobbes, c’est un genre de « tyrannie musicale »…
… Mais ma vision du « Leviathan » est tout autre : C’est avant tout le Monstre antique du chaos primitif, qui est souvent identifié à la « Bête de l’Apocalypse » Chrétienne… Une bête très gourmande, qui veut détruire le monde… ha ha ha ! « Leviathan » est également, selon certaines versions, le nom donné à un des démons principaux de l’enfer. Il était représenté au Moyen-âge sous la forme d’une gueule ouverte qui avale les âmes, symbolisant ainsi l’entrée des enfers. On utilise aussi le terme « Leviathan » en économie, et je pense actuellement que cela ne manque pas de pertinence…
Après, chacun peut interpréter ça comme il veut, par rapport à sa sensibilité, sa symbolique personnelle, sa religion et sa culture…

Au niveau du line-up, y a-t-il eu des changements. Est-ce que Babel 17 est devenu plus ou moins le projet solo de Jean Jean aujourd’hui?
JeanJean : Le dernier changement de line-up a été l’arrivée de Vincent K. (N.D.L.R. : ex-No Tears), que j’ai été débaucher début 2010… Avant, j’ai bidouillé seul de 2006 à fin 2009, à part pour le concert de la Locomotive en avril 2009 pour lequel j’avais invité un des membres originels de B17. (N.D.L.R. : Ce concert a d’ailleurs été filmé et monté par une équipe vidéo professionnelle, et devrait paraître prochainement sous forme de DVD chez Infrastition) L’album The Ice Wall (Infrastition) est paru en 2009 et je l’ai réalisé quasiment tout seul, du moins pour tout ce qui concerne la composition, l’écriture, et l’enregistrement des guitares, basse, synthés et voix…
A ce moment-là, il est vrai qu’on pouvait plutôt parler de projet solo, dans la mesure où je faisais tout moi-même… Par la suite, Murdock (N.D.L.R. : ex-membre de Babel 17, période 1992/1993)  a produit l’album, et a fait enregistrer des prises de vraie batterie par un batteur, ce qui changeait un peu de l’habituelle boîte à rythme… A laquelle je suis revenu depuis, pour le nouvel album Leviathan. Il est vrai que nous ne sommes que deux, ce qui fait quand même énormément de boulot pour moi… Sur chaque morceau, je joue le rôle de quatre, voire cinq musiciens/chanteurs ! Mais Vincent travaille aussi pour Babel 17 : sur l’album, il  joue de la basse, des synthés sur plusieurs morceaux, a fait quelques programmations, et a également réalisé la pochette du disque.
Vincent K : J’avais fait connaissance avec Jean Jean en 2007 à l’occasion de dates communes entre No Tears et Babel 17, puis il est revenu vers moi début 2010. Entre-temps, j’avais quitté No Tears, lancé mon propre projet solo The Disease et n’étais absolument pas certain d’avoir envie de rejouer en groupe, mais le courant est vite passé et on s’est fait les dents sur deux reprises de Joy Division avant de s’attaquer au nouvel album.

D’une certaine manière, ces nouveaux morceaux se rapprochent de la Black Session que vous aviez faite à l’époque de votre second album, où les guitares étaient plus en avant que sur les sessions studio où plus de places étaient laissées aux synthés et aux machines. Est-ce que ces morceaux se sont aussi nourris de vos dernières expériences live pour sonner plus brut?
JeanJean : Oui, nous avons testé tous les morceaux en Live, mais en fait ils sonnent encore plus bruts quand on les joue sur scène !! En studio, j’aime bien faire des trucs « posés », il faut que ce soit  propre… Sur scène, par contre, je me lâche plus ! En effet, sur Leviathan, les guitares sont plus en avant que précédemment, il faut dire que la plupart des morceaux ont été composés à la guitare, ceci explique cela… Il y a aussi plusieurs morceaux dans lesquels il n’y a pas de synthés du tout, par choix… Sur le morceau éponyme Leviathan, il n’y a pas de guitares du tout, par contre… Je crois que c’est le pire morceau sur lequel j’ai bossé de toute ma vie, le truc le plus aliénant et le plus hostile ! A propos de nos récentes expériences Live, plusieurs concerts ont été enregistrés en multipistes ces dernières années… J’ai récupéré les bandes et j’ai longuement bossé pour les faire sonner, avec en toile de fond l’idée de faire un album Live ! Je viens de finir une première version de ce projet, il y a quelques jours, je pensais appeler ce disque : Exhibition – 17 Live tracks. J’ai toujours rêvé de faire un album Live de Babel 17, car en général les versions Live sont toujours plus teigneuses que les versions studio… Cet album Live comprendra 17 titres du groupe. Je ne sais malheureusement pas où ni quand ça paraîtra, si toutefois ça sort un jour… Cela finira peut-être juste comme un bootleg !

Je dois avouer que la couverture m’a fait un peu crisser des dents. Était-ce en référence au Filth des Swans? D’où est venue l’idée?
JeanJean : A la base, on était partis sur une autre idée, un peu plus artistique, disons… Puis, j’ai envoyé une photo à Vincent, qui m’a dit qu’elle avait provoqué un déclic en lui, et qu’il avait une idée… Quand j’ai vu le résultat, les premières secondes j’ai pensé : « Oh non, c’est trop horrible, ça va pas le faire, personne ne voudra acheter ça ! » Puis, j’ai pensé à la musique, à tout ce qui se dégage de l’album, tout en fixant l’image de la cover, et deux minutes après j’étais convaincu que c’était la pochette qu’il nous fallait pour cet album ! La photo originale a été prise par Daniel Gouyette, qui est un bon pote, et qui a fait beaucoup de choses pour nous… Je ne pense pas que la pochette soit consciemment une référence aux Swans… Qui restent quand même malgré tout une source d’inspiration pour nous.
Vincent K : Je me suis rendu compte après coup de cette similitude avec Filth, mais c’est une coïncidence. J’avais fait une série d’essais jusque là assez peu concluants, puis JeanJean m’a envoyé cette photo de Daniel me faisant immanquablement penser à nos discussions autour du Leviathan, que ce soit d’un point de vue politique comme théologique. Certains détails m’ont par ailleurs rappelé le film de S-F du même nom, où des manipulations génétiques viraient à la « The Thing »… Et je me suis remis au travail tout en écoutant l’album en même temps. Ceci explique sans doute cela!

Je me souviens de votre première reformation au Chantier Musical en 2006 où la setlist était constituée quasi exclusivement de vieux titres. Le Babel 17 d’aujourd’hui a-t-il laissé la nostalgie derrière lui?
JeanJean : On sait faire de la « jolie musique atmosphérique un peu tristounette », ce qui ne veut pas dire qu’on a forcément envie de faire ça toute notre vie… Au Chantier Musical, en effet, on n’a joué que des vieux titres, pour une simple raison : on n’avait pas de nouveaux morceaux à l’époque, et puis on s’était reformés un mois avant ce concert, c’était donc pour rejouer nos vieux morceaux… Dans notre set live actuel, on ne joue plus que deux morceaux de l’ancienne époque. Je n’ai pas envie de jouer en boucle les vingt mêmes chansons pour le reste de ma vie… Non, je ne suis pas nostalgique, je vais de l’avant, sans trop me retourner sur le passé !

Vous n’avez jamais caché que vos références se trouvaient dans la coldwave et le rock gothique du début des années 80. Pensez-vous que ces modes d’expression ont gardé une pertinence aujourd’hui? Que pensez-vous du succès d’un groupe comme Frustration?
JeanJean : Une pertinence, je ne sais pas ! Ce sont mes références, car c’est lié à ma jeunesse, à tout ce que j’ai vécu… Honnêtement, je pense que la coldwave, le gothique et le post-punk sont à l’heure actuelle des styles de musique assez marginaux, écoutés principalement par quelques quadras et quinquagénaires… Je ne vois pas beaucoup de petits jeunots qui viennent me brancher sur le post-punk, même s’il y en a quelques-uns que ça intéresse, bien sûr… A part Frustration, je ne vois pas beaucoup de groupes qui enthousiasment les foules dans ce milieu : le fait est qu’ils tournent énormément, mais la réponse du public est bien là, il se passe toujours quelque chose dans un concert de Frustration… Je suis très content que ça marche pour eux ; Fabrice, leur chanteur, est un vieux pote… Cela fait plus de trente ans qu’on se connaît, depuis le lycée, en fait ! On a joué ensemble dans le groupe Zurück Placenta, à la fin des 80’s / début des 90’s… Je jouais dans B17 et en même temps dans ZP, de 1988 à 1992. Fabrice est la première personne qui m’a fait écouter Joy Division en 1982, j’avais 16 ans.
Vincent K : Le contexte ayant enfanté le post-punk et la coldwave est malheureusement plus que jamais d’actualité. Après, Jean comme moi avons d’autres influences mais nous les avons mises en veilleuse sur cet album pour éviter de diluer son énergie.

En termes de production, il me semble aussi que Leviathan possède le meilleur son que vous ayez jamais eu. Pouvez-vous nous parler de ce travail en particulier?
JeanJean : L’album a été enregistré au « B17 Studio Somewhere », comme d’habitude, c’est-à-dire en grande partie chez moi, et aussi chez Vincent K… C’est moi qui ai fait l’ingé-son pour l’enregistrement des prises de son, comme d’hab, et j’ai vraiment travaillé dur pour améliorer la qualité des prises de son par rapport à l’album précédent, en bon adepte du D.I.Y. que je suis… Si les prises sonnent, c’est déjà une grosse partie du boulot qui est faite… Ensuite, nous avons mixé les morceaux avec un ingénieur du son professionnel, Dominique Bataille, au Battlefield Studio, à la campagne, en une dizaine de jours. Dominique a fait un gros boulot, en particulier pour faire sonner mes progra de B.A.R comme une vraie batterie, c’est vrai que c’est bluffant, tu l’as dit toi-même, plus haut…
Vincent K. : Pour ma part, je n’étais guère dépaysé, la méthode d’enregistrement étant la même qu’au temps de No Tears où l’éloignement géographique imposait à chaque membre d’enregistrer ses propres prises. Ensuite JeanJean a fait un excellent travail de montage et de pré-mixage en vue de tester les morceaux sur scène avant de rentrer en studio.
JeanJean : Globalement, je suis plutôt satisfait du résultat final de l’album : « Leviathan », un album qui ne manque pas de mordant… rires !!

Babel 17 leviathan

> SORTIE
– BABEL 17 – Leviathan (Infrastition) (2013)

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