B-Movie – Lust & Sound in West Berlin 1979-1989 – Interview Bonus Obsküre # 26

08 Nov 15 B-Movie – Lust & Sound in West Berlin 1979-1989 – Interview Bonus Obsküre # 26

Supplément de notre entretien publié dans Obsküre # 26 avec Klaus Maeck, l’un des trois réalisateurs du film B-Movie : Lust & Sound in West Berlin 1979-1989.

ObsküreMag : Klaus, cela fait longtemps que vous vous intéressez au cinéma. Vous avez par exemple été impliqué dans le film culte Decoder.
Klaus Maeck : Au tout début des années 80, j’ai commencé à tourner des films en Super 8 et j’ai eu de bons retours. J’avais eu l’idée de faire un film un jour. J’avais écrit ce scénario pour Decoder, d’abord tout seul puis plus tard nous sommes devenus une équipe de quatre. Nous avons eu des financements et c’est ainsi que nous avons pu faire ce film. En allemand on dirait que j’ai léché du sang, je suis devenu accro au cinéma, j’ai vraiment aimé cette expérience et j’ai eu envie de continuer, mais à cette époque, tout comme aujourd’hui, ce n’était pas simple d’obtenir des aides financières pour faire un film. J’ai donc été cantonné au business musical pendant vingt années de plus avant de me mettre à produire des films au début des années 2000.

09 Mark Reeder im MfS-Büro Ben Hardyment

Mark Reeder (crédit : Ben Hardyment)

Votre attraction envers le cinéma et le Super8 se ressent bien sûr dans B-Movie où vous avez travaillé entièrement à partir d’archives visuelles d’époque. Pouvez-vous revenir sur cette idée de faire un film basé sur les images d’autres films?
C’est très simple. Quand nous avons eu l’idée de faire un documentaire sur cette décennie et cette ville qu’était Berlin Ouest, nous ne voulions pas faire un autre documentaire avec des têtes qui parlent, des gens qui étaient là et qui sont encore en vie qui parlent des bons vieux jours. C’est tellement ennuyeux. Nous étions trois et au final nous avons décidé à la fois d’être réalisateurs et producteurs car il est difficile de séparer la production, le montage et la réalisation de ce genre de documentaire. L’un de nous trois est né dans les années 80 et je dirais qu’il a été une force directrice pour nous dire à nous, les réalisateurs plus vieux, Jörg Hoppe et moi même, que ce qui était important pour lui était de capter le sentiment de la vie dans la ville à l’époque, ce que l’on ne peut faire que par les images et le son, pas en écoutant des gens qui en parlent. C’était notre but. Bien sûr nous avions besoin de quelques commentaires en off et nous avions une variété de matériaux tellement riche que nous avons rassemblés sur plus de deux ans. Jörg Hoppe travaille pour la télévision musicale depuis trente ans, il avait beaucoup d’archives de vidéos musicales, d’interviews comme point de départ. Il fut aussi un membre actif de la scène berlinoise des années 80, comme je l’étais. Je ne savais pas quand nous nous sommes rencontrés que nous serions encore ensemble trente ans plus tard. Vu que nous connaissions les cinéastes de cette époque, nous les avons contactés et avons demandé qu’ils fouillent dans leurs archives pour retrouver des choses qui la plupart du temps n’avaient pas été numérisées. Nous cherchions une structure pour cette exploration archéologique. Il fallait filtrer et nous avons choisi Mark Reeder aussi car en tant qu’Anglais il avait un regard externe quant à cette ville allemande. Il était aussi intéressé par la musique même si ce n’était pas la musique à laquelle il s’attendait. Ce protagoniste nous a donné l’opportunité de raconter ces dix années dans la ville en relation avec sa propre vie car il était si actif dans ces différents domaines, en aidant les musiciens à enregistrer, partir en tournée, il jouait en tant qu’acteur dans des films underground et il travaillait aussi pour des émissions télévisées anglaises comme The Tube où il présentait la vie nocturne à Berlin. Reeder était pour eux un parfait présentateur.

Ça marche très bien, car en tant qu’Anglais nous avons cette immersion totale dans la ville. Mais pourquoi cette volonté de ne parler que de Berlin et pas de Hambourg, Cologne et les autres villes où il se passait aussi des choses.
Car Berlin est l’acteur principal de ce film, plus que Mark Reeder. Ce film ne parle pas de Mark Reeder ou du punk en Allemagne, c’est vraiment un film sur Berlin Ouest, cette ville entre des murs que l’on ne trouverait nulle part ailleurs dans le monde. Une ville encerclée de murs, qui avait une scène créative si vivante. C’était un melting pot d’artistes venant de partout. Tous les jeunes hommes qui voulaient échapper à l’armée déménageaient à Berlin. Beaucoup de jeunes hommes s’y retrouvaient et ceux qui ne veulent pas faire l’armée sont peut-être plus artistes que les autres. Puis la ville a attiré des artistes australiens, anglais ou américains comme Keith Harring, Tilda Swinton, Nick Cave qui ont trouvé une atmosphère dans la ville qui les a aidé dans leur carrière, comme David Bowie l’a fait dans les années 70. Le film commence quand David Bowie a déjà quitté la ville.

Combien de personnes étaient impliquées dans cette scène post-punk d’avant garde à Berlin?
C’était une petite scène mais ils collaboraient tous ensemble et il y a eu des projets sous différents noms. Au début, il y avait Einstürzende Neubauten et ces groupes de filles Mania D et Malaria! et quelques autres, mais c’était plus petit que ce que cela paraît de l’extérieur. Il y avait deux ou trois bars qui étaient des lieux de rendez vous où l’on pouvait rencontrer ces quelques centaines de gens. Mais chaque année, des visiteurs venaient d’autres villes et restaient parfois.

Cette atmosphère urbaine est assez bien représentée par la chanson d’Anne Clark qu’on attend dans le film, « Sleeper in Metropolis » : cette tristesse, la ville et cette volonté de combattre son désespoir. Quant au montage, c’est fascinant, cela a dû être des heures et des mois de montage. Déjà à l’époque de Decoder, vous étiez intéressé par les collages et Burroughs, et là on retrouve cette idée de collage mais avec la narration de Mark Reeder comme fil conducteur. Peut-on revenir sur le montage?
Cela a pris des mois, c’est difficile de dire combien de temps car en plein milieu du montage nous avons trouvé de nouveaux matériaux. Cela a dû prendre bien un an, le temps de monter et de trouver une structure. Le monteur Alexander von Sturmfeder mérite un gros crédit pour cela. Il a beaucoup d’expérience dans la vidéo musicale et cela se ressent. Mais nous savions que nous ne voulions pas faire une vidéo musicale de 90 minutes mais quelque chose pour le grand écran. Nous savions qu’il fallait de la narration et des pauses. Même s’il n’y a pas beaucoup de pauses et que tout va très vite, la narration aide à le voir comme un long métrage avec un début, un milieu et une fin. Structurer ce film fut vraiment difficile. Après les premières années de révolution artistique et musicale, très tôt les choses se sont effondrées. Montrer cela dans un film c’est toujours très difficile, quand les choses deviennent conventionnelles et pas aussi excitantes qu’elles l’étaient. Trouver et montrer cela n’est pas évident, mais très vite quelque chose de nouveau est arrivé. À la fin des années 80, la musique est devenue plus électronique. La première Love Parade fut un tout petit événement avec 150 personnes et quelques années plus tard, il y en avait des millions, c’était devenu un gros événement global et commercial auquel personne ne s’attendait, car cela aurait été impossible dans les année 80 car Berlin était une petit île pas si facile à accéder. Nous avons tourné quelques restitutions avec un double pour Mark Reeder. Il y avait des thèmes qu’il souhaitait aborder mais nous n’avions pas d’images. Comme pour Manchester et le premier disquaire chez qui il a travaillé. Pour d’autres reconstitutions, c’est juste Mark Reeder en train de marcher devant certains bâtiments. Et je sais que beaucoup déteste la NDW commerciale de Nena et Ideal mais nous avons décidé aussi de montrer cette face, avec cette première pop star allemande qui a marché à l’international, Nena. Ce n’était pas évident d’aborder cela tout en gardant le sujet de Mark Reeder.

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Mark Reeder avec Joy Division

Vous avez décidé de finir le film avec la Love Parade et l’arrivée de la techno. Pourquoi ce choix?
Cette période des années 80 était unique et après la chute du mur, la ville a changé. Je suis encore persuadé que c’est une des villes les plus intéressantes au monde. La joie d’un pays réunifié était inattendue. C’était un moment heureux, bien sûr. C’était intéressant de voir les mouvements qui sont apparus après la chute du mur bien que 90% des gens n’étaient pas nés à Berlin mais y sont venus. Beaucoup ont bougé à l’est car la vie était peu chère là bas. La location était pas chère, la nourriture aussi. Vingt-cinq ans plus tard, ces aires au milieu et à l’est de la ville sont les plus chères. Maintenant c’est adapté à la génération Easy Jet qui cherche à juste rester quelques jours. Nous avons aussi fait ce film pour montrer à ces nouvelles générations l’histoire récente de Berlin que l’on ne voit pas à la télévision.

Oui, c’est un vrai travail historique. Vous avez dit que vous n’aimiez pas tellement la nostalgie, mais si je vous demande ce qui reste du Berlin des années 80, s’il en reste quelque chose?
Pas une question facile. Ne pas être nostalgique veut dire que ce n’était pas mon idée, j’ai rejoint les autres réalisateurs. Car je préfère faire quelque chose de nouveau et de frais que de faire le portrait du passé. Mais l’idée de faire un film sur le Berlin des années 80 m’est devenue attirante car j’y ai été impliqué et car aucun film n’existait. Et les différents documentaires télé ne présentaient que des gens en train de parler du bon vieux temps. Faire quelque chose de différent était le but et la raison pour laquelle j’ai rejoint le projet. En faisant cela, j’ai rencontré beaucoup de vieux amis des années 80 et pour tout dire, rentrer à nouveau en contact avec certains d’entre eux fut très dur et décevant car ils demandaient de l’argent. Il y eut donc des aspects positifs et négatifs à revoir les vieux amis. Beaucoup essaient toujours de survivre en tant qu’artistes. J’aime les gens qui restent fidèles à leurs idéaux, pas comme le public punk que je pouvais avoir dans mon magasin dans les années 80. Ils étaient punks pendant trois ans avant de commencer de travailler à la banque. Trouver des gens d’il y a trente ans qui continuent à suivre leurs idéaux et qui font leur propre musique et leur art, c’était en revanche un aspect très positif.

En plus du film, il existe un livre, ainsi qu’une bande originale disponible en double CD ou vinyles. Toutes les informations ici : http://www.b-movie-der-film.de/b-kenner.html

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