Audiotrauma (label) – Interview bonus Obsküre #25

11 Oct 15 Audiotrauma (label) – Interview bonus Obsküre #25

Audiotrauma est le label dont Sylvain Coeffic assure aujourd’hui la direction artistique. www.obskuremag.net publie les mots restés inédits de l’entretien avec cet activiste des sons de synthèse parus dans Obsküre #25 (juillet > septembre 2015), alors que sa belle petite maison spécialisée en produits electro bien finis a publié le nouvel opus de Flesh (remarquable)… et s’apprête à sortir le prochain We Are The Alchemists (alias une collaboration Architect [soit Daniel Myer / Haujobb] vs Sonic Area vs Hologram_), plus la compilation digitale Patchwork of Traumas 2015 (avec Chrysalide, Flesh, Horskh, We Are The Alchemists, Hologram_, Sonic Area, 23:31…). Obstination et conviction mêlées, une affaire qui dure.

Obsküre Magazine : L’histoire d’Audiotrauma, qu’est-ce que c’est ? Ça vient d’où, ça part de quels désir en 2002, ça a existé à travers quelles personnes et pourquoi, concrètement, cela a-t-il muté ces deux dernières années ?
Sylvain Coeffic :
Je vais tenter d’être bref et de résumer cette aventure de treize ans en quelques lignes. Tout commence en 2002 à Strasbourg. Le contexte ne pouvait qu’aboutir à la naissance d’Audiotrauma : collectif composé, à l’origine, de six, huit amis devenus activistes sonores. Entre notre statut d’étudiants aux tendances anarchistes et libertaires, une situation politique nauséabonde et l’émergence des cultures digitales et électroniques, et le vent de liberté que ces cultures véhiculaient, le cocktail ne pouvait être que détonnant. S’exprimer par le bruit devient ainsi notre leitmotiv. Nous avons commencé par organiser des événements – soirées, concerts, happenings… – puis nous sommes tous, petit à petit, comme par évidence, passés derrière les machines, bercés par la douce utopie que notre son allait faire évoluer les consciences. Notre identité s’est forgée autour de projets comme Sonic Area, Chrysalide, Twinkle, Mind Necrosis Factor, Hologram_ et maintenant Horskh, 23:31 ou Flesh… Les huit premières années ont été magiques mais usantes… Organisant près d’une centaine de soirées, cinq festivals (N.D.L.R. : Noxious Art), sortant près de vingt-cinq albums, et sillonnant toute l’Europe pour prêcher la « résistance artistique par le bruit ». Puis la fougue de la jeunesse a laissé place à un âge plus mature ; et avec le temps, le collectif s’est dilué tout doucement au fil des changements de vie et des naissances. Je n’arrivais pas à accepter qu’Audiotrauma ne puisse être qu’une simple « crise d’adolescence artistique », qu’une page que l’on allait tourner avec l’arrivée de nos premiers cheveux blancs. Alors j’ai repris tout seul, avec l’accord de tout le monde, le drapeau pour essayer d’aller le planter encore plus loin. Certains membres du collectif comme Arco, Amnesy ou Chris, continuent de me donner un petit coup de main. Audiotrauma un jour, Audiotrauma toujours.

Sylvain Coeffic (Audiotrauma)

Sylvain Coeffic (Audiotrauma)

Quelles sont les difficultés que rencontre l’indépendance, aujourd’hui ? Comment « exister » et quel portrait ferais-tu de l’état du music business aujourd’hui ?
Tout d’abord, je me considère avant tout comme un artisan. Comme pour tout artisan, je pense qu’il est possible, même dans un « monde mondialisé », de passer au-delà des tendances économiques et industrielles, de survivre malgré elles… L’indépendance, dans ce climat, prend toute sa forme. Que ceux qui ont transformé la musique en un « simple » morceau de plastique, en un produit à économie d’échelle, jetable et cérébralement polluant crèvent. Nous nous en réjouissons tous. Nous ne faisons pas le même métier. Je crois pouvoir parler au nom de tous ceux qui comme moi font ce métier artisanal, quand je dis que nous nous adressons à un public impliqué, passionné, parfois nostalgique. Un public entier, conscient, et fidèle. Le lien qui nous unit à lui est d’autant plus fort. Ils savent tout ce qu’il y a derrière notre travail.

we-are-the-alchemists_cover-2015

Il est plus ou moins facile de dire ce qui, pour nous, caractérise un label : une culture forcenée du beat pour Hands, une technologie versatile et puissante chez Ad Noiseam, un mélange d’austérité et d’humour noir pour Cold Meat Industry… Définir le fond de la démarche pour Audiotrauma, qu’est-ce dire au regard de l’ouverture stylistique de vos sorties ? Le futurisme est-il point de convergence ?
Je crois que je me sens mieux et plus serein depuis que j’ai arrêté de me poser cette question. Encourageant chaque personne à se faire sa propre opinion, je n’y dérogerai pas ici. J’invite donc chaque lecteur, à venir visiter la page Bandcamp du label et de prendre un peu de temps pour écouter et ressentir les travaux des artistes que nous défendons. Il semble que, malgré les différences de styles, l’ensemble soit cohérent. Comme si nous partagions une certaine sensibilité philosophique et artistique et que les connections humaines se faisaient ressentir dans la musique.

Free digital sampler 2015

Free digital sampler 2015

Comment Audiotrauma a-t-il découvert le projet Flesh et qu’est-ce qui t’a fait les signer pour son premier album ?
C’est Bastien de Horskh qui m’a tout d’abord suggéré de découvrir Flesh. Puis, quelques semaines plus tard nous avons joué ensemble – Chrysalide et Flesh, mais aussi Horskh – à Besançon. Humainement et artistiquement séduit, je leur ai proposé naturellement de garder le contact. Et voilà, quelques mois plus tard, leur premier album arrive. C’est beaucoup de travail et d’angoisse, mais accompagner des artistes émotionnellement impliqués dans la gestation de leur(s) premier(s) opus et défendre une sensibilité artistique commune reste une expérience humaine très forte.

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> WEB OFFICIEL
www.audiotraumatik.com

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