Atari Teenage Riot – interview bonus

04 Avr 15 Atari Teenage Riot – interview bonus

Nouveau retour pour Atari Teenage Riot. Un trio, une fois de plus (Rowdy, Nic et Alec), dont le leader Alec Empire impose un état d’esprit agressif et revanchard. Les musiques puisent dans l’héritage, créant un album très composite, parfois délicieusement rétro. Comme un nouveau départ ? Eh bien… oui, et ce dès le choix du titre ! En bonus à notre interview du #24, voici quelques autres réflexions digitales et humaines…

Sylvaïn Nicolino : Pourquoi avoir appelé ce sixième album Reset
Alec Empire : Reset, c’est le bouton de l’ordinateur Atari ST que nous utilisons et qui remet tout à zéro. Alors que nous travaillions sur l’album, j’ai pensé que ce serait une belle vision métaphorique de l’époque. Par exemple, les religieux qui se battent entre eux pour des choses qui se sont produites il y a plus de mille ans. Nous vivons aujourd’hui, nous allons de l’avant. Nous devons dépasser des problèmes qui datent de plusieurs siècles.

Pourquoi y a-t-il eu deux sorties différentes pour ce disque, d’abord au Japon, puis dans le monde ?
Nous commençons toujours par sortir l’album au Japon. C’est juste qu’avec internet, maintenant, tout le monde le sait. La plupart des artistes internationaux font ça car les imports sont moins chers en provenance du Japon et qu’il y a les piratages chinois. Alors tu sors le disque en premier, comme ça, il ne peut être tué dans l’œuf… Nous avions une tournée programmée et c’était mieux pour nous d’avoir ce support, mais tu sais, on reste une petite équipe qui fait souvent la fête, alors, comparés aux gros groupes sur des grosses structures… Pour nous, c’est un pied après l’autre, pourquoi faire en deux semaines ce qu’on peut faire en six mois ? Rions un peu…

La musique est toujours dynamique avec cette pointe d’atmosphères plus sombres représentées ici par « Transducer » ou « Street Grime ». Est-ce que vous pensez que le digital hardcore sonne mieux avec un peu de douceur ?
D’abord, on fait la musique qu’on veut, nous ne réécrivons pas la même chanson encore et encore. Nous apportons les influences que chacun de nous a eues avec ses projets solo, du coup, réfléchir en genre musicaux et se demander si c’est mieux ou pas ne peut plus s’appliquer à ATR. Quand les gens ré-écoutent les débuts d’ATR, comme « Death Star » ou « Redefine The Enemy » [deux titres de 1997, présents sur The Future of War], ils se rendent compte que ces aspects que tu soulignes ont toujours été là. C’est juste qu’aujourd’hui, on les développe plus.

Tout de même, la musique d’ATR’s est bien plus écoutable désormais, si je me réfère à votre 60 Second wipe out, aux concerts de 1999 ou même à tes prestations solos de 2002. Mais elle a toujours en elle cet élément attrayant. Sur l’album, chaque titre a sa propre surprise, « Cra$h » étant l’un de mes préférés. Tu l’as dit, chacun de vous a une solide expérience, alors comment faites-vous pour inviter ces différences quand vous composez ou quand vous enregistrez ?
La différence dont tu parles, c’est le bruit produit par Nic Endo, qu’elle n’utilise que peu sur Reset. C’est drôle quand des anciens fans disent qu’ATR était meilleur avec Hanin Elias et Carl Crack alors que l’unique différence musicale sont les cassures rythmiques d’Alec Empire et le bruit blanc de Nic Endo. C’est important de comprendre que chaque nouvel album n’est pas vécu comme une direction, mais comme une suite d’ajouts à l’arsenal d’ATR. Ceci signifie que Nic et moi, nous continuons à travailler sur ces sons plus difficiles d’accès, mais que, cette fois, ils n’allaient pas coller à l’esprit de Reset. Reset, pour nous, est bien plus lié à notre premier album, Delete Yourself. Et c’est lié à la fraîcheur qu’apporte Rowdy dans le groupe.

« Erase your Face » sonne très vieille SF, c’est brumeux et en même temps terriblement concret, comment résistes-tu à la montée d’un possible pessimisme ?
Mais je ne suis pas pessimiste, je m’oppose à l’obscur tout le temps ! Je trouve que c’est mieux d’essayer de se battre plutôt que de fuir. « Erase Your Face » décrit le sentiment de vivre sous des radars dans notre société. Cette tension perpétuelle, de ne pas se sentir en sécurité, d’être toujours sur ses gardes. C’est drôle et excitant !

Justement, y a-t-il eu un plaisir particulier à enregistrer « New Blood » ? La musique ne cesse de s’aérer durant tout le morceau et c’est lié à cette volonté de prise en mains, non ?
Cette chanson est bourrée de références aux Anonymous, la face Robin des Bois de l’activisme pirate. Malheureusement, c’est la face plus Joker que Batman qui a le dessus dans ce mouvement, alors il faut encore évoluer. C’est le sujet de ce titre, c’est un classique de ATR dans ses gênes musicaux, si on prend comme référence une collusion entre « Speed » [morceau de 1995, premier album] et « Too Dead For Me » [morceau de 1999, présent sur 60 Second wipe out].

Et penses-tu que le « deep web » est une partie de la solution ?
C’est une chance ! Nous avons tous besoin d’un nouveau départ. Les espoirs et les idéaux qui sont nés avec internet ont été court-circuités par les gouvernements. Nous devons construire quelque chose de neuf, qui respecterait la vie privée et la libre expression, quelque chose qui encouragerait et récompenserait la créativité au lieu de la bazarder.

Les écoles, les livres, les web-documentaires et les rencontres alternatives ne pourraient-elles pas aussi aider à lutter ?
Nous avons besoin d’échanger l’information, nous sommes dans une situation qui est nouvelle : plus personne n’a toutes les solutions en mains. Partager nos expériences et nos idées est fondamental aujourd’hui. Mais la plupart des gens n’ont pas encore compris à quel point cela les concerne et c’est le plus grand défi à relever.

 

SORTIE : ATARI TEENAGE RIOT
Reset
(Digital Hardcore Rec/La Baleine ) (2015)
WEB OFFICIEL
http://www.atari-teenage-riot.com/

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