Ataraxie – Interview bonus Obsküre Magazine #17

26 Sep 13 Ataraxie – Interview bonus Obsküre Magazine #17

www.obskuremag.net publie les extraits restés inédits de notre entretien avec Jonathan Théry et Frédéric Patte-Brasseur, respectivement chanteur / bassiste et guitariste de la force doom / death la plus écrasante de France : Ataraxie. C’est dans leur van, direction le Motocultor Fest et visiblement ravis de présenter à leur public L’Être et la Nausée, que les Rouennais se sont prêtés à nos questions.

Obsküre Mag : Dans quel état d’esprit vous sentez-vous à l’approche de la sortie de L’Être et la Nausée ? Êtes-vous pleinement satisfaits du résultat final ou estimez-vous que certaines choses auraient pu être améliorées, modifiées ?
Frédéric Patte-Brasseur : Pour notre part, nous sommes surtout impatients de voir l’album sortir et de pouvoir le défendre sur scène, c’est pour nous l’aboutissement de plusieurs années de travail. Le résultat final est largement à la hauteur de nos espérances, même si bien sûr, en réécoutant l’album, nous entendons toujours ici ou là quelques micro-détails qui auraient pu être améliorés… mais c’est le lot de beaucoup d’artistes, n’est-ce pas ?

anguishLe jeu de mots de « La Nausée » et de « L’Être et le Néant » ne laisse que peu de doutes sur le clin d’œil mais… pourquoi ce choix de titre d’album ? Pourquoi mettre en évidence Sartre et pas un autre auteur / philosophe ?
Jonathan Théry : Au moment de choisir un titre pour l’album, il était évident pour nous que celui-ci serait relié au courant littéraire qu’est l’existentialisme. Et de ce fait, au vu des thèmes abordés dans les paroles, L’Être et le Néant aurait été un titre parfait pour cet album. Néanmoins, cela n’était pas pensable, nous ne voulions pas d’un hommage à Sartre aussi évident. Après un court brainstorming, L’Être et la Nausée est donc venu plutôt naturellement ensuite. L’être place bien l’homme comme protagoniste principal tandis que la nausée fait référence au dégoût qu’on peut exprimer vis à vis de tout ce qu’on peut voire, entendre et vivre au quotidien : poids de la routine, bêtise de la masse, renouveau de l’obscurantisme, incapacité à tirer des leçons du passé ou l’absurdité de notre société. Que Sartre soit ainsi mis à l’honneur tient une peu du hasard car ses romans ne couvrent pas tous ces thèmes. Kafka, Kierkegaard ou Camus auraient très bien pu être également honorés.

cemetaryDe quelles manières la philosophie influence-t-elle votre musique et vous a aidé construire la thématique de L’Être et la Nausée ?
Treize ans auparavant, il était évident nos textes se devaient de posséder une certaine profondeur. À nos débuts, nous essayions de relier les textes au concept même d’Ataraxie, puis nous avons décidé d’aborder des thèmes proche du nihilisme et de l’existentialisme, plus proches de nos philosophies personnelles ainsi que de notre musique. En fait, il serait quelque part plus juste d’inverser le sens de ta question. Car en effet, dans Ataraxie, c’est la musique qui prime avant le reste, et tout en découle. C’est elle qui nous relie à la philosophie développée dans l’album.

D’un point de vue strictement émotionnel, y a-t-il deux ou trois moments forts que vous pouvez extraire de la phase de compositions et d’enregistrement de L’Être et la Nausée ? Des émotions puissantes ressenties pendant ces moments d’exaltation artistique qui auraient pu vous interpeller et que vous pourriez nous confier…
Frédéric Patte-Brasseur : Il y a bien sûr de nombreux moments émotionnels forts dans les phases de compositions et d’enregistrement d’un album.
Ces moments surgissent le plus souvent quand nous passons du stade de musiciens, de compositeurs, de producteurs de notre album à celui de simples auditeurs, c’est à dire quand nous cessons de penser notre musique pour nous laisser porter par elle. Sans aucun doute, les moments les plus exaltants auront été la première fois que nous avons pu écouter la version de préproduction de l’album, quand nous avons enfin touché du doigt comment il allait sonner ; et bien sûr, quand nous avons pu écouter pour la première fois l’album entièrement mixé et masterisé, dans sa version définitive. A ce moment, naît un mélange d’exaltation d’avoir pu achever une œuvre depuis longtemps débutée, d’impatience de pouvoir partager cette musique avec le reste du monde, et la fierté de pouvoir laisser une nouvelle trace artistique.

eglise copieÀ l’écoute de L’Être et la Nausée, j’ai l’impression que votre musique est de moins en moins mélodique, de moins en moins traversés par ces leads déchirantes qui semblaient totalement détachées de la masse sonore (très marquée sur Slow Transcending Agony, moins sur Anhédonie). La démarche est-elle volontaire ou s’inscrit-elle dans une évolution naturelle ?
Nous voyons les choses différemment : pour nous, notre musique est plus brute, plus lourde, plus « méchante » et « sauvage » si l’on peut dire. Pour autant, les éléments mélodiques n’ont pas disparu, il y en a même probablement autant qu’auparavant ; seulement ils sont aujourd’hui traités différemment de l’époque de Slow transcending Agony. En fait, ces leads ne sont plus détachés de la masse sonore… ils y participent. Il y a de très nombreux passages sur l’album où les guitares se complémentent, se répondent, bâtissent des ambiances en se mélangeant. C’est pour cette raison que les guitares leads ne sont plus mixées aussi en avant, et c’est une démarche totalement volontaire.

De cette évolution musicale, je distingue pour ma part une plus grande difficulté d’accès et des titres plus difficiles à appréhender. Partagez-vous mon opinion ?
Cela est probablement vrai. Nous avons évolué vers une musique composée de titres plus longs, une musique plus complexe, plus dense et indéniablement plus sombre qu’à nos débuts, et cela ne va pas sans un minimum d’efforts pour l’appréhender à sa juste valeur. Mais nous avons tendance à penser que les albums moins immédiats ont plus tendance à rester sur le long terme… qu’en penses-tu ?

pontPourquoi avoir choisi Sylvain Biguet pour mixer votre dernier album ? Il me semble plutôt éloigné de l’univers doom metal…
Ta question va nous permettre d’orienter la lumière vers Kris, notre ami guitariste de Huata, qui a pris une part très active dans la production de cet album. Au départ, nous avons enregistré l’album de notre autre groupe, Funeralium, au Worship Studio, le studio personnel de Kris. Vu la réussite de cette collaboration, il était plus que logique qu’Ataraxie devait enregistrer son album avec lui. Kris s’est alors impliqué dès la phase de préproduction de l’album, avec une idée très forte de la manière dont Ataraxie devrait sonner sur l’album, dont il a réalisé toutes les prises. Quand à Sylvain… c’est tout simplement un ami de longue date de Kris, avec qui il partage une certaine vision de la musique. En travaillant avec lui, nous étions sûr qu’il magnifierait le travail de Kris en lui apportant sa propre patte, ce qu’il a fait brillamment. Nous savons que d’avoir beaucoup travaillé avec la Klonosphere lui a probablement collé une étiquette, mais Sylvain est un ingé-son au sens noble du terme : C’est quelqu’un qui se met au service de la musique des groupes avec qui il travaille, et pas l’inverse.

Selon-vous, quels sont les comportements humains qui nous mèneront à notre perte ?
Nous n’allons probablement pas briller par notre originalité : l’absurdité qui régit le fonctionnement de notre société à l’échelle mondiale, le crétinisme, l’individualisme, la culture du vide, la non culture et la quête de pouvoir à n’importe quel prix devraient suffire à mener l’espèce humaine dans la tombe.

Terminons ainsi : quelles sont vos croyances personnelles sur cette mort qui fascine, terrifie et nous donne l’assurance d’une paix intérieure enfin trouvée ?
Comme le dit Tom G Warrior : Nihil Verum Nisi Mors. En tant qu’êtres vivants, c’est probablement une de nos seules certitudes. Rien ne sert d’en détourner le regard, de s’en affoler ou de s’en réjouir. Notre société moderne aimerait nous donner l’illusion de l’immortalité, mais c’est un leurre. Si chacun réfléchissait un peu sur ce sujet, peut-être l’humanité gagnerait-elle en sagesse ?

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