Ataraxia

11 Fév 11 Ataraxia

En complément de l’interview parue dans Obsküre Magazine #2, suite de l’entretien réalisé le 30 octobre 2010 à Lyon lors du Dark Halloween Fest.

ObsküreMag : Lors du concert de ce soir, vous nous avez présenté des titres de votre dernier album, Llyr, dans lequel on retrouve encore une fois la thématique de l’eau, de la mer, c’est quelque chose qui a l’air de vous fasciner. D’où vous est venue l’envie de travailler sur ce thème ? Et quels sont les différents sens de ce mot « Llyr » ?

Francesca Nicoli : Cette thématique vient de mon intérêt pour la médecine naturelle. Je m’intéresse à l’homéopathie et à la façon dont les shamans à travers le monde essayaient de guérir l’âme avant la maladie. On a imaginé un de ces shamans, « Siquillat », c’est le titre d’une des chansons, qui se transforme pendant plusieurs vies en pierre, en montagne, en instrument de musique, en être humain, et qui essaie de soigner les gens qu’il rencontre dans son parcours, qui sont malades dans l’âme, ils ont perdu l’espoir dans le futur. Il y a aussi le thème de l’eau car la dernière chanson, « Borea », est liée à l’eau, et dans ce cas-là le shaman est un agent de la mer. Avec la mer, tu peux te soigner et ressentir les forces de la nature. « Llyr », vient aussi de la lyre, l’instrument de musique des poètes grecs qui l’utilisaient pour chanter et composer leurs poèmes. Il y a aussi un personnage de la mythologie celtique qui s’appelle Llyr.

Vous avez parlé des influences celtiques, les influences orientales elles sont aussi là. Ce lien entre l’Orient et l’Occident se traduit comment chez Ataraxia ?

Francesca : Pour moi il se traduit dans un endroit spécifique, c’est la Grèce. J’ai visité la Grèce et j’y ai habité pendant plusieurs années, c’est un endroit où je dois revenir chaque année pendant plusieurs semaines. J’y trouve la paix, la beauté, l’harmonie, dans certaines îles, certains endroits, temples ou lieux historiques. Musicalement, on ressent vraiment le lien entre l’Orient et l’Occident dans l’environnement. Aussi, le nom du groupe, Ataraxia, est un nom grec qui veut dire paix de l’âme, libre balance et bien être. La Grèce est également importante pour moi au niveau poétique, les poètes lyriques grecs comme Alcée ou Anacréon, c’est ma première inspiration.

Dans la discographie d’Ataraxia, vous avez fait des clins d’œil et des reprises. Ce soir, vous avez joué notamment « Gloomy Sunday », une superbe version en Italien, on se souvient de la reprise de Kate Bush aussi. À une période, on a pu ressentir des influences vocales comme celle de Diamanda Galàs. Y a-t-il des artistes qui vont ont aidé à trouver votre voix ?

Francesca : Diamanda Galàs était ma chanteuse préférée, en particulier dans la première période de ma vie. Elle avait cette voix si grave, si puissante, si tourmentée, si courageuse. Je l’ai vue il y a deux semaines en Italie, elle a joué et j’ai retrouvé toute sa force. Elle m’a vraiment inspiré. « Gloomy Sunday » c’est un morceau qu’on a repris récemment, j’ai écrit les paroles en italien et on l’enregistrera dans le nouveau album prévu pour septembre-octobre.

Il va aussi y avoir des rééditions.

Francesca : Saphir et Lost Atlantis sortent d’abord, Historiae au printemps avec des bonus tracks. Tous les albums sortiront de deux mois en deux mois parce qu’on a beaucoup de demandes venant de différents pays, Amérique Latine, Europe.

J’aimerais revenir sur des titres un peu à part dans la discographie d’Ataraxia, notamment un titre composé il y a quinze ans, « Spiritus ad Vindictam », extrêmement rituel qui quelque part annonçait l’album de 2007, Kremasta Nera. D’où était venu ce morceau ?

Francesca : C’est Giovanni qui joue le clavier, qui a inventé la mélodie, le rythme et aussi les paroles. C’est lui qui a tout fait. Moi j’ai improvisé la voix, j’avais beaucoup d’énergie, envie de crier, faire des choses bizarres. Il y a cet aspect rituel qui peut rappeler Kremasta Nera. C’est un disque que j’adore, ce temple des grands dieux, un temple où il faut se libérer de nous-même pour laisser émerger des énergies différentes.

Ces morceaux-là marchent d’ailleurs très bien sur scène. Il y a eu aussi l’album Paris Spleen qui était très différent dans votre discographie. Vous n’en avez pas joué ce soir est-ce que vous lui donnez une place particulière dans votre œuvre ?

Francesca : On le considère comme un side-project parce qu’on a travaillé avec sept/huit acteurs, c’était un spectacle live très riche, qu’il faut faire avec de la scénographie, des acteurs, c’est complexe et libératoire pour moi. On change complètement sur scène avec Paris Spleen et on continuera à faire ça parce que des organisateurs nous demandent ce genre de spectacles et on est en train d’enregistrer de nouveaux morceaux qui suivent un peu ce thème avec des mots de Baudelaire ou en anglais, et un peu plus sombre.

C’est vrai que la poésie française vous a beaucoup influencé. Votre rapport à la littérature, aux mots, est-ce que cela nourrit la création d’Ataraxia ?

Francesca : Soit la littérature soit la photographie et l’art en général. J’ai grandi en lisant des romans de la littérature anglaise, italienne, française, espagnole, allemande et chaque chose qui me touchait est entrée dans la musique, les chansons. Virginia Woolf, les maudits français, Mallarmé, Rimbaud, et ça continue parce que je trouve toujours des nouvelles choses. La poésie grecque. Et dernièrement, certains poètes de l’Amérique latine, il y a des femmes, dont quelques unes étaient suicidaires, qui ont écrit des choses fortes. J’ai trouvé des choses très belles dans le monde. Ces derniers temps, il y a beaucoup de gens qui viennent nous voir en concert et qui m’amènent des livres de poèmes.

Toutes ces langues, comment vous les avez apprises ?

Francesca : Le latin, l’anglais, et un peu l’allemand, je les ai étudiés à l’école. Le français, je dois dire que mon grand-père est de Toulon. Mon père me faisait lire Baudelaire, j’avais sept ans, je trouvais ça déjà très bien à l’époque (rires). J’aime beaucoup les langues et inventer des sons différents.

Qu’est-ce qui vous fascine dans les mythes païens ?

Francesca : La nature, c’est tout. Ma liaison très forte avec la nature, les éléments naturels. J’ai vécu beaucoup dans une maison à la campagne, entourée par un bois, et quand je suis là, je me sens libérée. J’ai envie de chanter. Tout change. Pour moi, c’est important de suivre le rythme de la nature et je suis un peu campagnarde dans l’âme. Je sens vraiment les changements de saisons. J’ai toujours vécu les jours particuliers de la mythologie celtique sans le savoir, j’ai vécu des expériences bizarres ces jours-là.

Sur le dernier album, il y a le titre « Quintaluna » qui représente bien Ataraxia, cette musique des arabesques, qui s’envole, et qui renvoie aussi à l’époque où vous travailliez autour de la renaissance italienne, du masque, ça vous a nourri pendant pas mal de temps. Qu’est-ce qui vous attirait dans le masque et l’imaginaire baroque ?

Francesca : L’Italie et la France sont les deux pays où la musique baroque s’est vraiment développée. On avait des maîtres de musique excellents, des compositeurs merveilleux. Mon père qui était maître de musique m’a fait écouté toutes ces choses. J’étais touché par cela, donc c’est sûrement pour cette raison. En plus, on avait un mime,  qui était avec nous avec des masques et des costumes, il faisait partie du groupe à part entière et il a influencé ce qu’on fait. Maintenant, on travaille avec des masques différents, en cuivre, en bois, un peu tribal. En Italie, on a des scénographies vraiment belles, mais qu’on ne peut pas amener partout. Elles sont plutôt liées à Kremasta Nera, à des ambiances païennes.

Il y aussi ce morceau « Gayatry Mantra » qui est un prière. En dehors du paganisme, est-ce que votre relation à la musique est une relation de communion avec quelque chose de supérieur, quelque chose de l’ordre de la croyance en fait ?

Francesca : Dans le pagansime, il y a aussi un lien avec une sorte de Dieu. C’est une force qui nous libère, qui nous fait nous sentir bien, accomplis. Je pratique du yoga et du mantra yoga et on chante avec plusieurs personnes des mantras très anciens, et je ressens des vibrations. Ça fait du bien. C’est un des mantras que je chante le plus, et aussi quand on fait la méditation, c’est très utile. Les rituels indiens, les premiers chrétiens, je sens des liens avec différentes fois et religions sans être dans une en particulier, c’est juste en ressentant les énergies.

Vous avez rendu hommage à Vivaldi et à des compositeurs classiques. Dans la musique classique quels sont les compositeurs qui vous ont le plus obsédé  et que vous portez toujours avec vous?

Francesca : Dans la musique baroque, j’aime beaucoup Scarlatti. Le film Tous les matins du monde et sa musique, c’est pour moi un chef-d’œuvre. Vittorio aime beaucoup Beethoven. Mon compositeur préféré c’est Erik Satie. J’en suis folle. Et j’aime aussi les russes, Stravinsky, Prokofiev.

À chaque fois que je vous ai vus en concert, c’était dans le cadre de festivals gothiques. Au début, on a pu vous rapprocher à Siouxsie & the Banshees. Quel est votre rapport à cette scène, vous venez de là ?

Francesca : Pas tous, moi et Vittorio oui. On est nés là, on a grandi là, avant un peu dans le punk. Ça nous est resté et on est fiers de ça parce qu’on est contents de faire des choses différentes avec ce public. Élargir un peu le point de vue, la vision de la musique, des choses.

Vous partez là pour le Mexique, quelle est la réception d’Ataraxia ailleurs dans le monde ?

Francesca : En Amérique Latine, c’est incroyable, ils sont très sensibles à la guitare classique et aux choses éthérées. On est arrivés à avoir 5000, 6000 personnes. On jouera dans un théâtre merveilleux, on a la presse nationale qui se déplace. On est allés en Chine récemment, on était étonnés, il y avait un public plutôt nombreux, des gens qui avaient toute la discographie. On aime tourner dans le monde, voir la réaction et revenir en Italie. On est aussi très contents ce soir, la Grèce et la France sont les pays de mon cœur, ça m’a fait vraiment plaisir de revenir à Lyon.

www.ataraxia.net

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1 commentaire

  1. Uau.. J’amie le grupe ataraxia. Votres musique son fantastiques et encantables!!

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