Artus Films – Interview Bonus Obsküre Magazine # 25

29 Juil 15 Artus Films – Interview Bonus Obsküre Magazine # 25

Dans notre numéro #25 d’Obsküre Magazine, nous avons souhaité marquer le coup des dix ans d’un des éditeurs DVD les plus excitants de l’hexagone : Artus. Non contents de nous faire découvrir de nombreuses perles oubliées du cinéma Bis, Thierry Lopez et Kévin Boissezon confirment, avec la publication de Joe d’Amato, le réalisateur fantôme de Sébastien Gayraud et Vingt ans de western européen d’Alain Petit, leur volonté de développer la partie beaux livres initiée avec GORE : Dissection d’une collection de David Didelot. Suppléments de notre entretien.

Obsküre Mag : Quels furent les premiers films qui vous ont marqué quand vous étiez petits?
Kévin Boissezon : Les dents de la mer. Je devais avoir 7 ou 8 ans et j’avais l’impression que le requin venait m’attaquer tous les soirs dans ma chambre
Thierry Lopez : Quelques images de La vengeance de Siegfried, New-York ne répond plus… Question horreur, j’ai été littéralement traumatisé par L’exorciste, vu trop tôt à l’âge de 12 ans.

Quand est née votre passion pour le cinéma?
K.B : On avait au collège un professeur de français qui organisait le mardi soir, une fois par mois, après l’école, des projections dans un cinéma du centre ville. Il passait des classiques : Fenêtre sur cour, C’était demain
T.L : A l’adolescence. J’ai toujours baigné dans le fantastique et le bizarre, mais surtout en littérature, illustration et bande dessinée. J’aimais bien le cinéma, mais sans plus. Ma passion a vu le jour lorsque j’ai pu écumer les vidéoclubs de Béziers.

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La découverte des cinémas de genre s’est faite par quel biais pour vous?
K.B : Un peu avec ce professeur mais surtout avec ma grand-mère qui ne ratait aucune émission de La dernière séance. Et aussi Cinéma de quartier on avait Canal + à la maison.
T.L : Vidéoclubs bien sûr. Mais aussi grâce à l’émission Cinéma de Quartier. Ma grande sœur était abonnée à Canal. Je fouillais Télé K7 tous les lundi matin, et lui communiquais ma liste de films à enregistrer. Tous ces films géniaux du mercredi matin y figuraient. Sur des cassettes 240 minutes, pour qu’elle puisse enregistrer les VF et VOST à la suite. Merci, ma sœur !

Vous vous connaissez depuis longtemps mais vos parcours ont été fort différents. En quoi vos personnalités se complètent-elles selon vous?
K.B : On se connait depuis quasiment la naissance. On a fait la maternelle, le primaire… C’est donc une relation d’amitié et on se connait bien.
T.L : Depuis le temps que l’on se connaît, on a vu et vécu tellement de choses ensemble que l’on a pas mal de référents communs. Et on se comprend très vite.

Votre catalogue est notamment très riche en références italiennes, et en particulier votre collection gothique tout à fait remarquable, sans parler des fumetti, westerns, polars, etc. Cette volonté de vous focaliser en grande partie sur l’Italie venait-elle d’un manque, de goûts personnels, de rencontres?
K.B : Je laisse Thierry répondre c’est le responsable éditorial.
T.L : Force est de constater qu’en matière de Cinéma Bis, les Italiens ont été les meilleurs, sinon les plus prolifiques. Ils ont touché à tous les genres depuis la fin des années 50. Leur production est si riche qu’il n’y a qu’à puiser dedans. Mais nous avons ouvert nos éditions également à l’Espagne et l’Angleterre. Et, dans une moindre mesure, à l’Allemagne, la Russie, la Finlande…

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Pour effectuer ce travail de recherche historique, vous êtes accompagnés de quelques encyclopédies vivantes comme Alain Petit, David Didelot, Curd Ridel ou encore Eric Peretti. Interviennent-ils dans les choix des films? Parleriez-vous d’un esprit de famille?
K.B : C’est sûr. La société nous a permis de rencontrer ces personnes avec qui on prend du plaisir à travailler, et je pense que c’est réciproque. Ce sont devenus des amis.
T.L : Complètement, j’aime l’aspect artisanal et l’esprit de famille. Alain Petit me conseille presque depuis le début, et nous fait part de toutes ses savoureuses anecdotes. Curd Ridel me guide pour le Western, et, je l’espère, le Polar. L’enregistrement d’un bonus est une entrevue entre passionnés, et c’est toujours un réel plaisir.

J’ai parlé de l’Italie mais vous avez en fait publié des films de toutes nationalités. Cette volonté englobante vient-elle d’un appétit boulimique ou d’une ouverture d’esprit qui cherche à montrer la richesse de ce que l’on a nommé le cinéma d’exploitation?
K.B : Il a fallu s’élargir, sinon on aurait pas fait long feu.
T.L : Il y a, en effet, peut-être un peu de boulimie… Je suis désespéré quand je vois le nombre de vieux films, Bis ou non, qui n’ont pas eu les gloires d’une belle édition vidéo, rien que pour le cinéma européen. Il faudrait le temps, la main d’œuvre, et la trésorerie qui va avec, pour pouvoir éditer 200 films par an… Sérieusement, nous essayons un peu tous les genres. Et comme, de nos jours, il ne faut pas négliger l’aspect commercial, si un film se vend bien, cela nous incitera à explorer davantage ce genre-là.

Quelle est votre relation d’ailleurs à des termes comme « Bis » ou « exploitation »?
K.B : C’est-à-dire ?
T.L : Au risque de décevoir certains, je fais un distingo entre le cinéma « conventionnel » et le Bis. Pas de hiérarchie ni de préférence, mais un distingo. A l’un l’artistique, à l’autre l’artisanal. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir de l’artistique dans le Bis, loin de là. En revanche, j’ai horreur du terme « exploitation », qui a trop de consonance, à mon goût, avec capitalisme, industrie, pépettes… C’est associé à la production américaine pour moi.

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Votre travail est également exemplaire quant à la qualité des copies proposées dans vos DVDs, toujours en VO et en VF, suivez-vous des règles strictes quant aux critères de sélection des films, la qualité des images, etc.?
T.L : Bien sûr. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’exiger le meilleur matériel auprès des ayants droits, ou bien de sélectionner les films en fonction des dernières restaurations effectuées. Certains vendeurs nous proposent même la primeur pour certains films devant bénéficier d’une restauration.

Quels sont certains des titres dont vous êtes les plus fiers d’avoir sortis?
K.B : Leolo, même si la copie n’est pas superbe le film est monumental. Le boulanger de l’empereur, l’empereur du boulanger car c’est le premier, et on était parti en République Tchèque pour ramener la Béta.
T.L : Le renne blanc, toujours ! Blanche-Neige, le prince noir et les sept nains, La vengeance de Lady Morgan, Vierges pour le bourreau

Les best-sellers?
K.B : La sorcière sanglante et le coffret Destination Mars sont épuisés. Sinon c’est Fort invincible.

Êtes-vous vous-mêmes du type collectionneurs et quelles sont les pièces de vos collections auxquelles vous tenez le plus?
K.B : Paradoxalement je ne le suis pas.
T.L. : Ouh là, oui, plutôt… Des films, bien sûr, surtout les classiques, de 1895 à 1979 (en gros, hein. J’en ai, postérieurs aux 70’s, mais beaucoup moins…), du cinéma populaire, des films d’auteurs, de l’animation… Des livres, surtout de la littérature populaire et jeunesse. De la BD, classique et petits formats. Fort heureusement, j’ai beaucoup de place dans ma maison.

Artus Films - Blanche neige le prince noir et les 7 nains leolo-aplat

Vous vous êtes spécialisés dans des genres fictionnels populaires, mais j’ai l’impression que vous êtes aussi attirés par de formes de cinémas plus arty, subversives, voire aux documentaires-choc, et notamment Kévin qui a travaillé sur l’ouvrage La mort en direct de Sarah Finger consacré aux snuff movies. En quoi consistait cette collaboration? Gardez-vous un goût pour la transgression?
K.B : J’ai fait mon mémoire de maitrise en sociologie sur la légende urbaine des Snuff-movies. La fac de Montpellier est spécialisée dans la sociologie de l’imaginaire. Sarah m’a contacté pour que nous fassions du mémoire un livre. Quand j’ai travaillé sur les snuffs j’ai découvert un cinéma underground que je ne connaissais même pas. Grâce notamment à des associations comme Sin’art. J’ai quand même toujours était intéressé par ce qui choque ou provoque des sensations. J’aime bien quand c’est immoral et amoral

Vu que vous participez à des salons, quel est en général le public d’Artus?
K.B : Surtout des collectionneurs qui sont fans de films de genre et de culture populaire. Il me semble.
T.L : C’est vrai que le Cinéma Bis, tout comme le Fantastique, entraîne des fans complétistes et jusqu’au-boutistes. Un fan de Western italien connaîtra le moindre rôle secondaire ; un fan de Paul Naschy pourra vous dire combien de fois ce dernier a endossé le costume de Waldemar Daninsky. C’est un monde à part, d’où mon distingo. A la fac de cinéma, je tentais vainement de trouver un directeur de recherche pour mon mémoire sur un sujet fantastique. On me rétorquait qu’aimer ce genre de cinéma corrompait le discernement…

L’année dernière, vous avez élargi les horizons de Artus, notamment avec la création d’une partie maison d’édition qui a publié le livre GORE – Dissection d’une collection de David Didelot mais vous vous êtes aussi lancés dans la production de film (Bad Trip 3D). Cela faisait-il partie d’une évolution logique selon vous?
K.B : Bad trip 3D, c’est le troisième long-métrage d’un ami à nous de Montpellier, Frédéric Grousset, nous avions un peu d’argent et son idée de faire un foundfootage tourné en 3D était super intéressante. C’était un défi technique qui finalement marche très bien. On devrait sortir le film vers octobre en salle.
T.L : La production, ce n’est pas forcément une évolution logique, cela s’est fait un peu par hasard.

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Vous continuez aujourd’hui le travail éditorial avec deux livres, l’un de Sébastien Gayraud sur Joe d’Amato, l’autre d’Alain Petit sur le western italien. On reste dans le domaine italien et un cinéma qui vous intéresse mais qu’est-ce qui vous a motivé à publier ces ouvrages?
T.L : Peut-être le vide autour de ces sujets sur support écrit. Toujours le parallèle et la complémentarité avec nos films et suppléments. Un souci de cohérence enfin.

L’avenir d’Artus vous l’envisagez comment? Autant le numérique n’arrive pas vraiment à remplacer les livres mais pensez-vous que le DVD a encore de belles années devant lui?
K.B : Je pense que le dvd ou autres supports physiques existeront toujours. Il faut quelque chose de concret et notamment pour les collectionneurs. Il va aussi y avoir un problème de stockage. C’est quand même plus sûr d’avoir le dvd que la version digitale dans je ne sais quel nuage.
T.L : Grosse et lourde question. J’ai bien peur que le temps nous soit compté. Il va arriver un moment où la chaine DVD n’existera plus, ou, en tout cas, pas suffisamment pour que cela reste rentable. Et c’est effrayant, au regard de tous les films qui hibernent.

Pour finir, quelles sont vos passions en dehors du cinéma?
K.B : Passions, il faut pas exagérer. Mais j’aime bien la bande-dessinée, surtout les grands formats, l’histoire, la musique, je suis très ouvert mais pas la dance et autres conneries insipides, un peu les jeux vidéos mais quand il y a un réel travail artistique comme soldats inconnus d’Ubi soft Montpellier … et le rugby. C’est un peu la région puisque j’habite à côté de Béziers.
T.L : BD, illustration, et livres. Et… les jolies filles. Oups…

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Thierry Lopez & Kévin Boissezon

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