Valnoir revient sur ‘Le Nouveau RDV’ (France Inter) – émission sur la Corée du Nord

16 Sep 17 Valnoir revient sur ‘Le Nouveau RDV’ (France Inter) – émission sur la Corée du Nord

L’artiste graphique Valnoir (Metastazis) [photo : Lauréline Mangin] revient juste de Corée du Nord.
Bien connu des milieux metal en raison de multiples productions graphiques (notamment pour Ulver, Paradise Lost ou encore Alcest –
n’ayant qu’une page, on ne vous fait pas l’intégrale), Valnoir faisait partie des invités du Nouveau Rendez-Vous de France Inter, pour l’émission en date du jeudi 14 septembre 2017.
Une expérience radiophonique sur laquelle Valnoir revient pour Obsküre, alors qu’il a présenté lors du dernier Etrange Festival le film Liberation Day, qui retrace la visite des industrieux Laibach en cette fameuse République Populaire, vous étiez au courant bien sûr, Démocratique.

Le thème de l’émission de France Inter était : « La Corée du Nord fera t-elle sauter la planète ? ».
Ca tombait presque bien. Valnoir revenait juste d’un art-trip au pays de Kim Jong-un, à propos duquel il s’est exprimé sur son Facebook. Il ne semble d’ailleurs pas près d’oublier l’expérience vécue in situ (essais militaires au programme – boom !) et évoque durant ce Nouveau Rendez-Vous la soumission extrême de la population à son système militaro-politique.

Depuis que l’émission a été diffusée, la tension s’est maintenue voire aggravée entre Corée du Nord et communauté internationale. L’ONU sort les sanctions face à un Etat discourant sur un objectif d’auto-nucléarisation assez peu sécurisant pour ses voisins. Ce samedi 16 septembre, et alors qu’un nouveau tir de missile Hwasong-12 est passé au-dessus du Japon vendredi, le dirigeant nord-coréen (cité par l’agence locale KCNA) présente son pays comme proche de la détention de l’arme nucléaire. Kim Jong-un fonde cette volonté : il y a nécessité d’atteindre un « équilibre des forces » entre son Etat et les USA. Les Japonais doivent être ravis, et il sera intéressant de suivre la réaction politique et diplomatique de la Chine dans cette affaire.

Nous en sommes là au moment où Valnoir revient sur L’Etrange Festival et Le Nouveau Rendez-Vous.

REECOUTEZ l’EMISSION

Présents sur le plateau :
Christophe Bourseiller (édito)
Laurent Goumarre (animation)
Juliette Morillot – auteur de La Corée du Nord en 100 questions (Editions Tallandier)
Pierre Haski – journaliste français, cofondateur et collaborateur du site Rue89
Valnoir – artiste graphique metal
Pierre Rigoulot – historien français spécialisé dans l’histoire du mouvement communiste

Valnoir – Arc de Triomphe @ Pyongyang – Corée du Nord (2017)

« Le hasard fait étrangement les choses. La première française de Liberation Day, le documentaire sur le concert de Laibach en Corée du Nord en 2015, avait été programmée le lendemain de mon retour de Pyongyang, pour un autre projet d’échange culturel terminé en quasi-débâcle.
Il faut dire que nous étions partis à une demi-douzaine d’artistes pour expérimenter les réactions de collègues Nord-Coréens face à nos expérimentations. Pour ce faire, j’avais entre autres emmené une gourde de sang et une bonne poignée d’ossements humains sous forme de poussière et de doigts.
Accueil tiède.
Travailler avec la Corée du Nord n’est évidemment jamais simple – où serait le plaisir ? – mais dans un contexte de menace de conflit nucléaire, ça devient carrément dantesque. À côté, je ne dirais pas que l’organisation du concert des Slovènes à Pyongyang par saint Morten Traavik, qui est l’homme derrière tout ces coups d’éclat / d’obus, avait été de la tarte aux pruneaux ; mais avec la quantité nécessaire de lubrifiant, ça avait fini par passer. Au final, nos coopérateurs locaux y avaient quand même mis du leur. Car sorti de quelques projections vidéo et de deux reprises de standards locaux jugés trop ‘Mikepatton-esques’ par la censure, le groupe avait quand même pu entonner ses plus beaux hymnes. Et ce devant 1500 Coréens médusés, et un ambassadeur de Syrie visiblement peu goûteur de musique industrielle, à en juger par son départ de la salle en trombe sur un
‘cette musique est une torture !’. Et le mec s’y connait. »

On revient forcément de tout, alors Valnoir est revenu de Corée du Nord.
C’est pile le moment pour lui de présenter le film sur l’exploration nord-coréenne de Laibach à L’Etrange Festival. Strange, isn’t it ?

« Je refous à peine un pied en France il y a de ça quelques jours, du totalitarisme ras le gosier, et embrassant notre démocratie vaguement en paix. À peine le temps de fredonner une Marseillaise que je me retrouve sur la scène de l’Étrange Festival pour une brève présentation de Liberation Day, fresque documentaire épique de 90 minutes, retraçant toute l’aventure de Laibach en RPDC.
Sans parler d’une salle comble, la représentation est un succès très honnête, et l’audience compte dans ses rangs Christophe Bourseiller, rare défenseur du courant industriel sur les ondes nationales, et acteur au CV étourdissant. Ce dernier, visiblement tombé sous le charme latin de votre serviteur, me convie pour la semaine suivante à son émission sur France Inter. Un beau direct, donc, devant environ 500 000 auditeurs et en présence de trois ‘experts’ de la question nord coréenne. »

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La suite sera moins à la hauteur de ce qu’il espérait. Tout le monde n’est pas fan de musique industrielle, et les mots de Valnoir disséminent particules de déception. Une expérience radiophonique, dans ses propres termes, « un brin frustrante, puisque le tiers de l’émission qui devait être consacré aux échanges culturels et à Laibach a été vampirisé par les ‘experts' ».

« Ambiance feutrée de la Maison de la Radio, je sers des pinces dont celle de Jean-Jacques Beneix, on me fait poser mon cul et c’est parti pour quarante-cinq minutes de débat. On me promet un tiers de l’émission consacré aux échanges culturels avec la Corée et au concert de Laibach. Un premier tiers est consacré à la menace nucléaire, où je la ramène pas où peu, n’ayant pas d’expertise à fournir. Je laisse les specialistes échanger. Puis pause, et on embraye sur Laibach. Bourseiller s’enflamme, son collègue Laurent Goumarre moins, taxant Laibach de groupe douteux, le mec tombant pile là où on l’attend. On me passe le crachoir, j’attaque – mais pas pour longtemps, puisque Goumarre decide de faire passer le joint à la suite du parterre.
Le soucis c’est qu’un journaliste ‘expert’ qui a l’occasion de faire sa dance, une fois que tu lui file le micro, il arrive plus à le lâcher! Il peut parler de lui, la ramener ! En plein soleil ! Qu’il ait autorité ou pas sur la question, à lui la couverture ! Les minutes s’égrènent durant lesquelles ce beau monde parle de tout sauf du sujet, refusant de passer la parole – et paf, rideau. J’aurai parlé une minute et quelques. J’aurais dû jouer le même jeu, et forcer le passage. Je suis trop poli. Clairement, Christophe Bourseiller était le seul à en avoir quoi que ce soit à carrer. Qu’est ce qu’on en a à brasser de l’art et de la culture au final ?
Expérience frustrante donc, de débutant au sein de la sirupeuse et âcre communauté des auteurs journalistes politiques enflés d’eux-mêmes, largement plus soucieux de placer leur point de vue bien definitif pour gratter trois ventes, que de garder les yeux et esgourdes ouverts sur ce qui les entoure. »

Le bruissement des médias n’est pas tout, il vaut mieux oublier.
« Tout cela n’a au final que peu d’importance. Ce qu’il faut retenir, c’est que travailler en coopération avec l’Etat le plus fermé des deux hémisphères est une mission qui exige du fanatisme et de la diplomatie ; que selon le contexte, cette mission s’avère réaliste ou non et que chaque centimètre de terrain pris est une victoire. Je retiendrai également qu’un essai nucléaire procure les mêmes effets qu’un tremblement de terre de force 4,5 ainsi que d’une prise massive de laxatif. En vous remerciant. »

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