Habitants – One Self

19 Août 18 Habitants – One Self

Ça vient de loin, et c’est en même temps une histoire récente. L’émergence du projet Habitants, en 2015, coïncide avec la suspension d’activité des réputés faiseurs d’ambiance The Gathering.
Or, ce nouveau collectif implique diverses personnalités associées à titre permanent ou temporaire dans cet autre parcours hollandais démarré en 1989 : un Gathering qui semble lui-même devoir reprendre vigueur en cette année 2018.
Conjonction des forces, émulation.

Le trio formé en noyau dur pour Habitants s’est délité à l’amiable : un temps envisagée, la participation d’Hans Rutten, batteur de TG et frère de René (membre originel du projet aux côtés de Gema Perez), a finalement été abandonnée. C’est au final Jerôme Miedendorp de Bie (Drive By Wire), recruté en 2017, qui tient les fûts et permet au groupe de finaliser One Self et de traduire sur scène les contenus originaux proposés par le quintette.

Les choses naissent d’une intention et d’une possibilité matérielle. La possibilité d’un premier album, pour Habitants, est passée par le crowdfunding : les adeptes de The Gathering forment une petite armée, et la personnalité simple des frères Rutten ajoutée à la force d’affection de tout un public pour l’entité TG, étaient à même, a priori, de favoriser l’expression du soutien public. Habitants a sagement tablé sur sa capacité de mobilisation, et c’est par le biais d’une campagne indieGOGO qu’a été rendue possible la sortie de One Self. Le niveau de participation a été à la hauteur, le groupe finançant la production en quelques jours.

Gema et René coécrivent. Avec leurs acolytes (parmi lesquels la bassiste Mirte Heutmekers), ils s’emploient sur cet ensemble inaugural à tisser un écheveau de guitares sensibles et aux couleurs typées. Artisanat de haut vol. Tout fan de TG prendra ses repères quasi-instantanément, c’est une évidence même s’il ne s’agit pas forcément d’offrir là substitut musical à The Gathering. Ce sont d’autres personnes, qui ont envie de produire ensemble, à un moment donné de leurs vies. Dès lors, une sensibilité s’exprime, pour le coup sans fard et avec grande sobriété : elle sert la musique de manière fort appropriée, et nous rappelle bien des choses si en même temps nous devons rester honnêtes. Cela, d’ailleurs, se ressentit très fort sur le premier – et somptueux – extrait : un « Meraki » resté au final le seul titre de l’album sur lequel apparaîtra la personne d’Hans.

L’ensemble des compositions de One Self est produit par René, et baigne dans une tonalité nostalgique. Parmi les thèmes que le groupe a pu exposer sommairement : le traumatisme et la solitude d’esprit face à un monde complexe et fragmenté. Habitants « explore la différence entre le délire et le rêve, le pouvoir de l’imaginaire », disent-ils eux-mêmes. Bel et ambitieux programme, que traduit un son expressif et émouvant, et dans lequel les guitares de Gema et René, magnifiquement complémentaires, jouent un rôle de coloration essentiel.
Il y a de vrais grands moments sur ce disque, au premier rang desquels « Jupiter », morceau sur lequel – comme sur la plupart des autres – la voix de Anne van den Hoogen (Rosemary & Garlic) fait des merveilles… comme elle pourrait le refaire, mais nous nous avançons bien trop, sur un disque de The Gathering si un jour le besoin s’en faisait ressentir. La personne d’Anne, ici responsable des textes, est effectivement la seconde (troisième, si l’on compte Hans) à pouvoir être raccrochée à l’histoire TG, puisqu’elle participa à la reconstruction de l’entité hollandaise sur l’album de sa « reconfiguration » : le disparate et inégal mais assez intéressant The West Pole (2009), qui donna à The Gathering de survivre au départ de sa chanteuse historique Anneke van Giersbergen. Anne, aujourd’hui, est devenue plus qu’un recours.

Habitants époque I (avec Hans Rutten)

L’ensemble de ce premier album, coton romantique à dominante cristalline en guitares, installe clair-obscur et spleen : matière de nature à parler aux connaisseurs des choses les plus sensibles et cinématographiques sorties sur 4AD dans les années 1980 et 1990. On ne parlait pas encore de shoegaze, à l’époque.
Un climat s’installe : le quintette contient ses éruptions, aboutissant ce faisant à un ensemble à l’esthétique affirmée et d’une maîtrise musicale confondante. Un vrai groupe : des gens qui jouent ensemble, au service de la musique. Alors, s’il manque à notre goût une pointe de nerf et quelques épaisseurs supplémentaires à l’ensemble – léger préjudice porté à une écoute embrassant l’ensemble – il n’en demeure pas moins qu’Habitants affiche force identité et pose jalon. Envoûtement au rendez-vous. Ce sont des repères connus, disséminés dans un paysage qui s’ouvre, jusqu’au bout, où tout se réduit alors. L’essentiel : un duo piano/voix, parfaite sortie (« Vince » : un retour au sommeil – et tout s’éteint).
Le style marque, et il va sans dire que la suite sera attendue. Les qualités naturelles d’Habitants ouvrent au collectif, à notre avis, une perspective aussi prometteuse que celles que connut The Gathering. Pour peu que les deux entités poursuivent leur développement sur le moyen terme, leurs échos mutuels, à la fois musicaux, historiques et humains (Frank Boeijen lui aussi a aidé pour One Self) font qu’ils pourraient s’unir indissociablement dans le rapport affectif des fans pour les travaux impliquant la personne de René Rutten.

> HABITANTS ONLINE
Site officiel
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Bandcamp (commandes de l’album en ligne)

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Note : 75%

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